L'aventure malienne commence au 103, rue la Fayette à Paris. Tous les
matins, dès 8 heures, les 1300 intérimaires sans papiers en grève se réunissent
dans le sous-sol de cette agence Manpower pour faire le point sur leur
lutte : nombre de Cerfa récupérés (promesses d'embauche), entreprises
contactées, argent collecté... Après quatre mois de lutte, leur détermination
est incroyable.
Je n'y suis pas pour un reportage, mais pour une prise de contacts. Je pars
au Mali dimanche : association malienne des expulsés, excision ou anciens
combattants, il y a de quoi dire et écrire. J'aimerais aussi parler de la grève
des travailleurs sans papiers en France, savoir comment elle est perçue dans ce
pays d'où sont originaires la très grande majorité des grévistes. Pour cela, il
me faut trouver des familles à Bamako qui accepteront de me parler.
Les grévistes se montrent d'abord réticents. « Ca se passe pas comme ça
au Mali, tu peux pas débarquer chez les gens que tu connais pas, m'explique
l'un d'eux. Il faudrait que tu y ailles avec quelqu'un ». Aïe, ça commence mal.
Méfiants, ils voudraient savoir ce que j'attends d'eux. J'explique : «6000
travailleurs sans papiers sont actuellement en grève en France. Si on retire
les chinois qui sont 700, ceux qui restent sont essentiellement Maliens. Il y a
donc quelque 5000 Maliens qui ont lancé, en France, une grève inédite. Je
voudrais savoir comment ce mouvement est perçu au Mali. Les médias en
parlent-ils ? Qu'en pensent les familles ?»
Rassurés et même flattés, les numéros de téléphones bamakois pleuvent.
Celui-ci à un grand frère, celui-là sa femme, lui sa soeur. En partant, tous me
gratifient d'un grand sourire et d'un « Bon retour à Bamako ! »