Laissez-passer

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jeudi 2 septembre 2010

« Ca fantasme plus, ça se cause ! »

Les prises de paroles viennent de se terminer mais plusieurs groupes, dispersés sur la place, poursuivent le débat. Une femme hausse la voix. Bruno Piriou écoute, puis reprend sa conversation : «C’est bien, ça discute». Le conseiller général (PCF) de l’Essonne est à l’origine de cette initiative originale : une réunion publique entre Roms du campement de Moulin Galant et les riverains de ce quartier de Corbeil-Essonnes. Quelques deux cents habitants ont fait le déplacement : famille roms, riverains, associatifs, politiques et badauds.

Dans un coin, la conversation s’envenime. Une brochette de riveraines, bras croisés sur le ventre : « C’est des conneries tout ça ! ». « On habite au bord de l’Essonne, on paye une taxe de rivière et eux, ils jettent tout dans l’eau, crache Stéphanie, 38 ans. Au minimum, il faudrait qu’ils soient propres. » De quoi irriter Carole, une autre riveraine, pas vraiment du même avis : « On a jamais eu de souci, c’est les conditions dans lesquelles ils vivent qui sont inadmissibles ! ». Son mari, Abdoulaye, « malien et fier de l’être », renchérit : « Comment peuvent-ils avoir le droit de venir ici mais pas de travailler ? Ca me révolte, c’est vraiment l’Europe des riches ».

Stéphanie tente de calmer le jeu. Cette institutrice de 38 ans, est venue à la réunion parce qu’elle se sentait « concernée », elle a des enfants roms dans sa classe, souvent « très appliqués et attentifs », mais qui « parfois disparaissent du jour au lendemain ». « Il y a des nuisances pour les voisins proches, c’est évident, constate t-elle. C’est justement ça qu’il faudrait essayer de résoudre et c’est seulement par le dialogue qu’on avancera. »

Un dialogue qui parait presque impossible quand chacun campe ainsi sur ses positions. Un échec, cette première réunion ? Pas selon Bruno Piriou, ravi, au contraire, de ces débats. « Les Roms et les riverains ne se rencontrent jamais, donc ça fantasme : « ils salissent tout, ce ne sont presque pas des êtres humains, etc ». Ce soir on a gagné en considération humaine, les habitants de Moulin Galant ont rencontré des êtres humains et regardez, ça se cause ! ».

Deuxième objectif pour le conseiller général : trouver une solution pour que les Roms puissent quitter le campement insalubre dans lequel ils vivent depuis quatre ans. « Dans une ville où Serge Dassault peut dépenser des millions pour acheter des voix, on peut leur trouver un terrain » ironise l’élu, adversaire de l’avionneur richissime aux municipales de 2008. L’élection avait été annulée, tout comme la suivante et les Corbeil-essonnois attendent toujours la date d’un prochain vote.

Avec sa barbe poivre et sel et son verbe haut, Robert Nagy ne passe pas inaperçu au milieu de la place du Moulin Galant. « Vous savez pourquoi la mairie veut pas nous donner de poubelles ? demande t-il, sur le ton de la devinette. Comme ça, après, ils peuvent venir et dire : « Regardez la misère, regardez la saleté ». Tout cela n’est qu’un jeu. » La ville de Corbeil a saisi la justice pour obtenir l’expulsion du camp. Le jugement doit être rendu à la fin du mois.

Article publié dans l'Humanité du 2 septembre

mercredi 1 septembre 2010

« Les Roms ne vont pas refaire leur vie ici avec 300 euros »

ENTRETIEN. Depuis le 28 juillet, près d’un millier de Roumains et de Bulgares ont été reconduits dans leur pays par les autorités françaises. Une accélération qui porte à 8 300 le nombre de reconduites à la frontières dans ces deux pays depuis le début de l’année. A Bucarest, l’ONG Romani Criss, qui défend les droits des Roms depuis 1993, s’inquiète des répercussions de ces «rapatriements» en Roumanie, pays qui compte la plus forte minorité rom en Europe. Rencontre avec l’une de ses fondatrices, Nicoleta Bitu.

Comment les Roms expulsés de France sont-ils accueillis en Roumanie ?

Ces «rapatriements» sont très médiatisés ici. Il y avait beaucoup de journalistes à la descente des avions. Les roms se sont sentis agressés par les médias, le climat était très tendu. Du coup, nous les associations on a eu du mal à les approcher. Ils sont donc repartis seuls vers Bucarest, où ils ont pris des bus pour rentrer chez eux. Cette question est très récente en Roumanie. C’est seulement il y a un mois, sur pression de la France, que le ministère du Travail roumain a nommé un secrétaire d’État chargé de la question des roms, Valentin Mocanu.

Dans quelles conditions ces Roms vivent-ils en Roumanie ?

Ils n’appartiennent pas tous au même groupe social. Entre eux, ils sont très différents. Certains vivent bien, ils font partis de la classe moyenne plutôt pauvres. Ils se sont retrouvés au chômage et ont donc choisi d’immigrer. D’autres sont vraiment très pauvres. Tous ne sont pas discriminés mais ceux qui le sont ont des problèmes d’accès au travail, à la santé, à la justice. Sans parler des abus de la police à leur égard. Il existe aussi de graves conflits entre roms et non-roms.

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mardi 31 août 2010

La justice annule des arrêtés de reconduite à la frontière de Roms

Le tribunal administratif de Lille a annulé hier sept arrêtés de reconduite à la frontière pris par la préfecture du Nord à l’égard de Roms qui avaient été évacués jeudi d’un terrain entre Mons et Villeneuve d’Ascq (Nord). Vendredi, une première décision d’annulation de reconduite à la frontière avait été prise par le tribunal administratif de Lille pour quatre Roms, qui avait réfuté l’argument de trouble à l’ordre public invoqué par la préfecture. Selon l’avocat des sept roms, Maître Norbert Clément, «la préfecture avait à nouveau invoqué le trouble à l’ordre public comme motif, y ajoutant cette fois un motif de salubrité, mais le tribunal administratif de Lille a une nouvelle fois confirmé la jurisprudence de vendredi».

Le tribunal s’est appuyé sur un arrêt rendu par la cour d’appel de Versailles en juillet 2009, selon lequel l’occupation illégale d’un terrain communal ou privé «ne suffit pas à caractériser l’existence d’une menace à l’ordre public». La préfecture a décidé de ne pas faire appel.

jeudi 26 août 2010

Les traumatismes de la «chasse aux roms»

«Absurdes», «inutiles», «coûteuses» et «traumatisantes». Les associations membres du collectif Romeurope, qui présentaient hier leur rapport annuel sur la situation des Roms migrants en France, n’ont pas caché leur colère contre les expulsions vers la Roumanie et la Bulgarie. Hier encore, en pleine visite de deux ministres roumains à Paris, la France a renvoyé par avion quelque 250 Roms vers la Roumanie, le gouvernement voulant «accélérer» ces reconduites, malgré la vague de critiques.

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mardi 24 août 2010

« Je ne peux pas cautionner cette politique »

Anne-Marie GouvetENTRETIEN. Après le Père Arthur qui a renvoyé, dimanche dernier, sa médaille du mérite au ministre de l’Intérieur, c’est Anne-Marie Gouvet, médecin anesthésiste, qui a annoncé hier sa décision de renoncer à la légion d’honneur pour protester contre la politique mené par le gouvernement français à l’égard des Roms. Cette sexagénaire engagé dans l’humanitaire depuis trente ans a écrit au président de la république pour refuser ses honneurs.

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dimanche 22 août 2010

Un prêtre rend sa médaille du mérite en soutien au Roms

La une de la Voix du Nord du 23 août«Aujourd’hui, Monsieur le ministre, je déclare forfait, je n’ai plus la force, si ce n’est de pleurer.» Le père Arthur, prêtre lillois engagé dans la défense des Roms, a écrit au ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, pour lui renvoyer sa médaille de l’Ordre national du mérite.

Membre de la communauté assomptionniste, Arthur Hervet, 71 ans, avait été nommé Chevalier de l’Ordre du Mérite en 2008 par Brice Hortefeux, alors ministre de l’Immigration. C’est en arrivant à Lille il y a deux ans que le prêtre a découvert la situation des Roms migrants. Depuis, avec son association La pierre Blanche, il tente d’améliorer leurs conditions de vie, fournissant vêtements, nourriture et même caravanes à ces familles démunies.

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jeudi 19 août 2010

Paris expulse les Roms sous les hués

Circulez, y’a rien à voir. Alors que le gouvernement communique à tout va sur les évacuations de campements, c’est en toute discrétion hier, que quatre-vingt treize Roms ont été rapatriés vers la Roumanie à bord de deux vols réguliers depuis les aéroports de Lyon Saint-Exupéry et Roissy Charles de Gaulle. Un autre vol devrait décoller aujourd’hui avec « une centaine de personnes » à bord et le dernier prévu - pour le moment - devrait partir le 26 août.

Une discrétion inhabituelle qui pourrait s’expliquer par le flot de critiques tombant de toutes parts depuis l’annonce de ces rapatriements.

Pour Malik Salemkour, du collectif Romeurope, ces retours forcés ont déjà prouvé leur inefficacité :

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mercredi 18 août 2010

Les Roms de la plaine

Le camp © Pierre Trovel

Reportage audio (2'08) :



Avec, par ordre d'apparition : Nicoletta et son accordéon ; Anne Laforgue, du comité de soutien aux familles Roms ; Christophe Cusol, délégué national de l'Union française des associations tsiganes ; Adriana.

Nicoletta et son accordéon © Pierre Trovel

Dans l'église-caravane © Pierre Trovel

Il faut parcourir plusieurs centaines de mètres, sur un chemin de terre rendu boueux par les pluies des derniers jours, avant d’apercevoir les premières caravanes. Au milieu de l’immense plaine de Triel-Chanteloup (Yvelines), une centaine de Roms sont installés depuis novembre 2007. Loin, bien loin, des premières habitations : sur les hauteurs qui entourent la plaine, se dressent les communes de Triel-sur-Seine, Chanteloup-les-Vignes et Carrières-sous-Poissy. Même isolés, les Roms ne sont pas les bienvenus ici. Il y a deux mois, des pelleteuses ont procédé à l’encerclement du camp : de profonds fossés ont été creusés, des monticules de terre élevés, la terre labourée. « Officiellement, c’est pour éviter que les déchets ne s’étalent sur toute la plaine, soupire Anne Laforgue, du Collectif de soutien aux familles roms. Ca fait des mois qu’on demande des bennes à ordures, on a eu que trois poubelles, c’est dérisoire».

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lundi 16 août 2010

Le préfet du Loiret veut expulser plus vite que son ombre

En quarante-huit heures, Amadou D., orléanais de 31 ans, a vu sa vie basculer pour se retrouver sur le tarmac de Roissy, menacé d’un retour forcé vers le Sénégal. Le 11 août au matin, cet étudiant en master de biochimie, en France depuis huit ans et en concubinage avec une Française, se rend à la gendarmerie, où il est convoqué. «Un véritable guet-apens», tonne son avocat, Sileymane Sow, pour qui cette convocation-piège est d’autant plus scandaleuse que son client, sous le coup d’une obligation de quitter le territoire, a fait confiance aux autorités.

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jeudi 12 août 2010

Des charters pour les Roms

Le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, a annoncé en début d'après-midi le démantèlement, en quinze jours, de «quarante camps illégaux de Roms». 700 personnes ont été arrêtées d'après le ministre et devraient être expulsées vers la Roumanie ou la Bulgarie. En liaison avec le ministre de l’Immigration, des vols seront «spécialement affrétés» à cette fin. Le 28 juillet, Brice Hortefeux avait annoncé que la moitié des 300 camps illégaux seraient démantelés dans les trois mois.

L'aide médicale d'État bientôt payante ?

La déclaration est passée presque inaperçue. Le 16 juin dernier, alors qu’elle est auditionnée par le Sénat dans le cadre du rapport de gestion pour l’année 2009, la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, déclare : «Je ne suis pas contre une participation forfaitaire du bénéficiaire adulte de l’AME et je compte la proposer dans le prochain projet de loi de finances », soit dès 2011.

Créée sous la IIIe République en 1893, l’Aide médicale d’État a été rénovée en 2000, la majorité de ses bénéficiaires étant alors réorientés vers la couverture maladie universelle (CMU). Depuis, l’AME est exclusivement réservée aux étrangers en situation irrégulière gagnant moins de 634 € par mois. En clair : les sans-papiers pauvres, qui sont 210 000 à en bénéficier aujourd’hui. Trop, selon Roselyne Bachelot qui dénonce la «spectaculaire augmentation des dépenses» de cette aide (300 millions d’euros de plus entre 2007 et 2010, d’après le ministère). En cause, explique la ministre : «l’évolution du nombre des bénéficiaires, (due) notamment à l’augmentation de 20 % des déboutés du droit d’asile qui deviennent éligibles à l’AME», «l’augmentation des séjours pour pathologies graves» ou encore «l’amélioration de la gestion des droits par les établissements de santé et l’assurance maladie» (sic). La solution ? Faire payer les bénéficiaires de l’AME grâce à une «contribution forfaitaire».

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mercredi 11 août 2010

Les dossiers de la Seni en préfecture

Les travailleurs sans papiers de l’entreprise de nettoyage Seni, au Kremlin-Bicêtre ont déposé cet après-midi leurs dossiers de demande de titre de séjour à la direction départementale de l’emploi du Val-de-Marne. Fin juillet, ils avaient levé leur piquet de grève après l'assurance d'obtenir des certificats d'embauche de la direction. Deux de leurs dirigeants ont été renvoyés en justice, au début du mois, pour emploi d’étrangers sans titre de travail, travail dissimulé et exploitation de vulnérabilité. Ils ont plaidé coupables et devraient être jugés en septembre à Créteil.

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Grève au Kremlin
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Les sans-papiers parisiens sans ministère

Constitution des dossiers, place de la République @Marie Barbier

Preuves de présence...@Marie Barbier

«Ceux qui sont convoqués cette semaine passent en premier !» crie un homme à la cantonade. Depuis le début de la semaine, le square Henri Christiné, sise au milieu de la place de la République à Paris se transforme, chaque après-midi, en bureau pour le moins précaire du Collectif des sans-papiers de Paris (CSP 75). Entre 14 heures et 17 heures, les pelouses se couvrent de documents : relevés de compte, déclaration d’impôts et autres papiers indispensables pour une demande de titre de séjour.

Samedi dernier, à 8h30, les quelques 3000 sans-papiers qui occupaient depuis un an les locaux de la Caisse primaire d’assurance maladie, rebaptisés « Ministère de la régularisation de tous les sans papiers », rue Baudelique (Paris, 18e), ont évacué les lieux dans le calme. La préfecture de police de Paris leur avait laissé jusqu’à 10 heures pour partir volontairement, suite à une décision de justice qui ordonnait l’évacuation de ces locaux promis à une «phase de restructuration complète» : création d’un établissement d’hébergement pour personnes âgées, d’un centre de rééducation, d’une crèche et de logements sociaux.

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mercredi 28 juillet 2010

Madalina-Maria, mère de famille rom, veut sortir de la spirale infernale

Elle n’a rien. « Pas un centime », dit-elle dans un Français approximatif. Mais elle ne demande rien. La mendicité, Madalina-Maria Candoi a décidé d’en sortir. Mais comment faire seule, avec deux enfants, sans rien ? Une amie lui a acheté quelques couches pour la petite, un paquet de gâteaux sur la table sera certainement le seul repas de la journée. Et après ? Elle hausse les épaules, la jeune femme vit au jour le jour depuis son retour en France il y a deux semaines, après avoir été expulsée vers la Roumanie. Son dénuement rappelle des temps passés, quand les œuvres sociales n’existaient pas. Seule aide qui nous rappelle que nous sommes bien au XXIe siècle : depuis deux semaines, Madalina-Maria est logée par le Samu social.

Madalina-Maria Candoi et son fils © Pierre Pytkowicz

Madalina-Maria Candoi et son fils © Pierre Pytkowicz

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lundi 26 juillet 2010

Le conseil d’état épingle l’Ofpra

En novembre 2009, le conseil d’administration de l’Office français des réfugiés et apatrides (Ofpra) ajoutait sur sa liste des pays d’origine dits « sûrs » la Turquie, la Serbie et l’Arménie. Une décision qui fit l’effet d’un petit séisme pour les associations de soutiens aux réfugiés. Désormais, les ressortissants de ces pays souhaitant demander l’asile en France verraient leur demande traitée en accéléré et pourraient être expulsés avant même une éventuelle décision en appel.

Jugeant scandaleuse cette décision, dix associations (1) avaient déposé un recours devant le Conseil d’État demandant l’annulation de la liste de dix-sept pays. La haute juridiction vient de leur donner en partie raison : dans une décision du 23 juillet, elle demande à l’Ofpra de retirer cinq pays de la liste : Arménie, Madagascar, Turquie, Mali et Sénégal.

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