Depuis une semaine, il est là tous les jours, dès six heures du matin, « au cas où la police arriverait ». Laurent Cantet, Palme d'or du festival de Cannes pour son film « Entre les murs », se dit prêt à « faire tampon entre les forces de l'ordre et les grévistes » sans papiers de la rue du Regard (Paris 6e), menacés d'une évacuation imminente. « La grève est un droit constitutionnel qui n'est pas négociable », dit-il. Le réalisateur n'est pas le seul à s'être positionné. En quelques jours, un impressionnant mouvement de solidarité s'est constitué autour de ce piquet de grève.
Parmi la centaine de signataires du texte « Le piquet de grève de la rue du Regard est sous notre protection » figurent les cinéastes Jacques Audiard, Abdelatif Kechiche et Bertrand Tavernier ; les comédiens Yvan Attal, Josiane Balasko et Isabelle Carré ; les politiques Pierre Laurent (PCF), Harlem Desir (PS), Olivier Besancenot (NPA), Jean-Luc Mélanchon (PG), Noël Mamère (Verts) ou encore les syndicaliste Francine Blanche (CGT) et Annick Coupé (Solidaires). « Le gouvernement fait systématiquement expulser les grévistes (50 opérations à ce jour), écrivent-ils. C'est, de fait, vouloir leur interdire l'exercice de leur droit de grève en les privant de lieu où l'exercer ». Et de promettre : « Si la police intervenait, nous nous engageons à faire le maximum pour nous rendre sur place pour protester, témoigner du caractère déshonorant de ces méthodes et proclamer notre solidarité avec ces travailleurs en lutte ».
Au 8 de la rue du Regard, la vie suit son cours. Depuis le 7 décembre, 250 travailleurs sans papiers du bâtiment occupent, jour et nuit, ces locaux. Leur lutte s'inscrit dans le cadre d'un vaste mouvement de grève qui réunit quelque 6000 grévistes en Ile de France et exige une circulaire de régularisation avec des critères simplifiés. Dans la cour à moitié protégée par un préau, certains terminent de déjeuner, d'autres commencent leurs ablutions, tandis que quelques uns prient dans un coin. « Nous comptons quelques intérimaires, mais la majorité d'entre nous sommes de travailleurs isolés », explique Sissoko Ousmane, délégué des grévistes. Éparpillés au sein de leurs entreprises, ces travailleurs se sont regroupés pour occuper le bâtiment du fond d'assurance formation des salariés de l'artisanat et du BTP (Faf-Sab). Ce dernier se considérant occupé illégalement a fait appel à la justice, qui lui a donné raison. Mardi 2 février, le tribunal de grande instance de Paris a donné l'ordre aux grévistes de déguerpir. Depuis mercredi, 14 heures, les forces de l'ordre peuvent évacuer le piquet de grève à n'importe quel moment.
Dans le hall, un tableau de présence assure une présence, 24 h / 24 du comité de soutien. Membre de ce dernier, Jean-Paul précise qu'en cas d'alerte, une centaine de personnes sont prêtes à se rendre immédiatement sur place pour aider les grévistes dans le cadre d'une « résistance passive ». Sissoko confirme : « On se sera pas violents. Nous on ne cherche pas la bagarre, mais on ne se laissera pas expulser comme ça ».
Article paru dans l'Humanité du 9 février

En 1940, des
pasteurs du Sud-Ouest de la France lancent un appel : des réfugiés de
l’Allemagne nazie sont enfermés dans des camps. Comment entrer dans ces camps
pour les aider ? Geneviève Jacques nous raconte comment Madeleine Barot,
première secrétaire générale de la Cimade, réussit à tromper les autorités pour
pénétrer et s’installer à l’intérieur de ces camps
d’internement :
Ils sont venus avec leurs badges magnétiques.
Dessus : leur nom d’emprunt, une photo d’identité et, à côté du logo
Bouygues, écrit en lettres violettes : « Assemblée nationale ».


