Les prises de paroles viennent de se terminer mais plusieurs groupes, dispersés sur la place, poursuivent le débat. Une femme hausse la voix. Bruno Piriou écoute, puis reprend sa conversation : «C’est bien, ça discute». Le conseiller général (PCF) de l’Essonne est à l’origine de cette initiative originale : une réunion publique entre Roms du campement de Moulin Galant et les riverains de ce quartier de Corbeil-Essonnes. Quelques deux cents habitants ont fait le déplacement : famille roms, riverains, associatifs, politiques et badauds.
Dans un coin, la conversation s’envenime. Une brochette de riveraines, bras croisés sur le ventre : « C’est des conneries tout ça ! ». « On habite au bord de l’Essonne, on paye une taxe de rivière et eux, ils jettent tout dans l’eau, crache Stéphanie, 38 ans. Au minimum, il faudrait qu’ils soient propres. » De quoi irriter Carole, une autre riveraine, pas vraiment du même avis : « On a jamais eu de souci, c’est les conditions dans lesquelles ils vivent qui sont inadmissibles ! ». Son mari, Abdoulaye, « malien et fier de l’être », renchérit : « Comment peuvent-ils avoir le droit de venir ici mais pas de travailler ? Ca me révolte, c’est vraiment l’Europe des riches ».
Stéphanie tente de calmer le jeu. Cette institutrice de 38 ans, est venue à la réunion parce qu’elle se sentait « concernée », elle a des enfants roms dans sa classe, souvent « très appliqués et attentifs », mais qui « parfois disparaissent du jour au lendemain ». « Il y a des nuisances pour les voisins proches, c’est évident, constate t-elle. C’est justement ça qu’il faudrait essayer de résoudre et c’est seulement par le dialogue qu’on avancera. »
Un dialogue qui parait presque impossible quand chacun campe ainsi sur ses positions. Un échec, cette première réunion ? Pas selon Bruno Piriou, ravi, au contraire, de ces débats. « Les Roms et les riverains ne se rencontrent jamais, donc ça fantasme : « ils salissent tout, ce ne sont presque pas des êtres humains, etc ». Ce soir on a gagné en considération humaine, les habitants de Moulin Galant ont rencontré des êtres humains et regardez, ça se cause ! ».
Deuxième objectif pour le conseiller général : trouver une solution pour que les Roms puissent quitter le campement insalubre dans lequel ils vivent depuis quatre ans. « Dans une ville où Serge Dassault peut dépenser des millions pour acheter des voix, on peut leur trouver un terrain » ironise l’élu, adversaire de l’avionneur richissime aux municipales de 2008. L’élection avait été annulée, tout comme la suivante et les Corbeil-essonnois attendent toujours la date d’un prochain vote.
Avec sa barbe poivre et sel et son verbe haut, Robert Nagy ne passe pas inaperçu au milieu de la place du Moulin Galant. « Vous savez pourquoi la mairie veut pas nous donner de poubelles ? demande t-il, sur le ton de la devinette. Comme ça, après, ils peuvent venir et dire : « Regardez la misère, regardez la saleté ». Tout cela n’est qu’un jeu. » La ville de Corbeil a saisi la justice pour obtenir l’expulsion du camp. Le jugement doit être rendu à la fin du mois.
Article publié dans l'Humanité du 2 septembre
ENTRETIEN. Après le Père Arthur qui a
renvoyé, dimanche dernier, sa médaille du mérite au ministre de l’Intérieur,
c’est Anne-Marie Gouvet, médecin anesthésiste, qui a annoncé hier sa décision
de renoncer à la légion d’honneur pour protester contre la politique mené par
le gouvernement français à l’égard des Roms. Cette sexagénaire engagé dans
l’humanitaire depuis trente ans a écrit au président de la république pour
refuser ses honneurs.
«Aujourd’hui, Monsieur le ministre, je
déclare forfait, je n’ai plus la force, si ce n’est de pleurer.» Le père
Arthur, prêtre lillois engagé dans la défense des Roms, a écrit au ministre de
l’Intérieur, Brice Hortefeux, pour lui renvoyer sa médaille de l’Ordre national
du mérite.





