
Condamnés à dormir à la rue faute de places d’hébergement, des
demandeurs d’asile se sont installés dans le camping municipal de Beauvais,
avec le soutien des associations.
REPORTAGE. Sur une belle pelouse onduleuse, quatorze
tentes, de tailles et couleurs différentes, s’étalent au soleil. Rien ne
distingue ces guitounes des autres toiles de vacanciers. Si ce n’est,
justement, que pour ces campeurs, l’endroit n’a rien d’une villégiature. Depuis
le 1er juillet, une vingtaine de demandeurs d’asile dorment au camping
municipal de Beauvais (Oise) ; dernière solution trouvée par les
associations pour éviter à ces hommes et à ces femmes de dormir sous les
ponts.
Il y a là des Nigérians, des Congolais, des Angolais ; artistes,
intellectuels, opposants politiques qui ont fui les persécutions et pensaient
trouver en France, « patrie des droits de l’homme » comme ils
l’appellent, l’asile. Ainsi, Pitchen Sokolo, artiste peintre et sculpteur,
dénonçait, à travers ses œuvres, les lobbies du tabac au Congo Kinshasa. Mis en
prison, il a été torturé avant de réussir à s’enfuir. Arrivé à Beauvais, il a
dormi deux mois dehors. « Je suis parti brutalement pour sauver ma vie,
raconte-t-il, derrière ses petites lunettes rondes. En tant qu’intellectuel, je
m’attendais à ce que la France soit une terre d’asile. » Raté.
« Les blancs ne sont pas des gens bien »
Raté aussi pour Philomène qui, elle, a quitté le même pays le 26 juin
dernier. Violée par un militaire qu’elle a dénoncée, elle dit : « Je
ne peux pas retourner là-bas, ils vont me tuer ». Pourquoi, comment,
parcoure-t-on la moitié du globe pour se retrouver à Beauvais ? Un
« monsieur » l’a amenée ici, elle ne sait pas pourquoi. Avant d’être
logée au camping, elle a dormi sous un pont. « Il y a beaucoup
d’insécurité. Les blancs ne sont pas des gens bien, on ne peut pas laisser des
gens dormir comme ça. » Et de s’inquiéter : « Le camping est
ouvert deux mois, après on va aller où ? »

