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Migrants de Calais

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mercredi 22 septembre 2010

« Il ne fait pas bon avoir une gueule d'Afghan à Calais »

Francis Gest Francis Gest, l'un des fondateurs du collectif d'aide aux migrants C'Sur (Collectif de soutien d'urgence aux réfugiés de Calais) revient sur la situation dans le Calaisis, un an après le démantèlement de la « jungle ».




Mais où sont passés les migrants (1'20) ?

En août 2009, an mois avant le démantèlement du principal campement des migrants par Eric Besson, on estimait le nombre de migrants présents à 1200. Aujourd'hui, ils ne seraient plus que 300. L'opération médiatique du ministre de l'Immigration aurait donc réussie ? Point du tout, répond Francis Gest qui table plutôt sur la politique européenne de fermeture des frontières :

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lundi 20 septembre 2010

Migrants fantômes à Calais

Retour à Calais, un an après le démantèlement médiatique de la « jungle ».

le port de Calais, passage obligé pour l'Angleterre ©Marie Barbier

Dans les rues de Calais, les migrants ont disparu. Volatilisés. C’est à peine si l’on croise, parfois, deux ou trois Soudanais. Eric Besson aurait donc réussi. Le 22 septembre 2009, le ministre de l’Immigration détruisait la « jungle » de Calais, principal campement des Afghans à la périphérie de la ville. Il fallait, assurait alors le ministre de l’Immigration, « casser le principal outil de travail des filières clandestines dans la région ». Casser, détruire, démanteler… Ainsi, la politique de l’anéantissement serait gagnante.

Il ne reste rien de l'ancienne jungle de Calais, démantelée il y a un an et aujourd'hui un terrain vague ©Marie Barbier

Restes de l'ancien campement sur le terrain de la jungle démantelée ©Marie Barbier

La réalité est beaucoup plus sordide. Les migrants sont toujours là, mais réduits à l’invisibilité. Traqués par la police, ils sont des ombres qui se terrent dans des squats et des campements encore plus précaires.

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samedi 18 septembre 2010

Je n’ai rien vu à Calais

Comment vous raconter ce qui se passe à Calais ? Comment vous intéresser à une situation qui n’intéresse plus ou prou ? Je reviens de deux jours de reportage dans cette petite ville du Nord, la nausée et la honte au bord des lèvres.

A Calais, j’ai rencontré la belle Léa, érythréenne de 17 ans, qui tente de rejoindre sa sœur à Londres ; Mustapha, darfouri de 24 ans au sourire majestueux, qui voudrait demander l’asile en France ; Ali, soudanais de 24 ans et sa soif insatiable d’apprendre le français.

A Calais, j’ai vu des jeunes hommes et des jeunes femmes qui ont fuit leurs pays en guerre et que l’Etat français, cinquième puissance mondiale, ne veut pas accueillir. Pire : elle les traite comme des animaux, les chassant jour après jour.

A Calais j’ai vu des demandeurs d’asile, des mineurs, des malades dormir à la rue, dans des parcs ou des squats insalubres. J’ai entendu ces gens me raconter les raids policiers plusieurs fois par jours, pour les déloger, les apeurer, les faire fuir.

A Calais, j’ai vu des bénévoles épuisés par cette constante pression policière qui détruit en quelques heures le travail de plusieurs semaines.

A Calais, ne n’ai pas suivi le conseil de Marguerite Duras : «Il faut éviter de penser à ces difficultés que présente le monde, quelquefois. Sans ça, il deviendrait tout à fait irrespirable».

A Calais, plus personne ne respire.

dimanche 11 juillet 2010

A Beauvais, la solidarité s'organise pour éviter un « mini-Sangatte »

Camping municipal de Beauvais ©Pierre Pytkowicz

Condamnés à dormir à la rue faute de places d’hébergement, des demandeurs d’asile se sont installés dans le camping municipal de Beauvais, avec le soutien des associations.

REPORTAGE. Sur une belle pelouse onduleuse, quatorze tentes, de tailles et couleurs différentes, s’étalent au soleil. Rien ne distingue ces guitounes des autres toiles de vacanciers. Si ce n’est, justement, que pour ces campeurs, l’endroit n’a rien d’une villégiature. Depuis le 1er juillet, une vingtaine de demandeurs d’asile dorment au camping municipal de Beauvais (Oise) ; dernière solution trouvée par les associations pour éviter à ces hommes et à ces femmes de dormir sous les ponts.

Il y a là des Nigérians, des Congolais, des Angolais ; artistes, intellectuels, opposants politiques qui ont fui les persécutions et pensaient trouver en France, « patrie des droits de l’homme » comme ils l’appellent, l’asile. Ainsi, Pitchen Sokolo, artiste peintre et sculpteur, dénonçait, à travers ses œuvres, les lobbies du tabac au Congo Kinshasa. Mis en prison, il a été torturé avant de réussir à s’enfuir. Arrivé à Beauvais, il a dormi deux mois dehors. « Je suis parti brutalement pour sauver ma vie, raconte-t-il, derrière ses petites lunettes rondes. En tant qu’intellectuel, je m’attendais à ce que la France soit une terre d’asile. » Raté.

« Les blancs ne sont pas des gens bien »

Raté aussi pour Philomène qui, elle, a quitté le même pays le 26 juin dernier. Violée par un militaire qu’elle a dénoncée, elle dit : « Je ne peux pas retourner là-bas, ils vont me tuer ». Pourquoi, comment, parcoure-t-on la moitié du globe pour se retrouver à Beauvais ? Un « monsieur » l’a amenée ici, elle ne sait pas pourquoi. Avant d’être logée au camping, elle a dormi sous un pont. « Il y a beaucoup d’insécurité. Les blancs ne sont pas des gens bien, on ne peut pas laisser des gens dormir comme ça. » Et de s’inquiéter : « Le camping est ouvert deux mois, après on va aller où ? »

Camping municipal de Beauvais ©Pierre Pytkowicz Camping municipal de Beauvais ©Pierre Pytkowicz

Camping municipal de Beauvais ©Pierre Pytkowicz Camping municipal de Beauvais ©Pierre Pytkowicz

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mardi 4 mai 2010

« Notre système d'accueil des demandeurs d'asile marche sur la tête »

La Coordination française pour le droit d’asile lance un cri d’alarme : le système d’accueil des demandeurs d’asile est au bord de l’explosion. Des manifestations étaient organisées hier à Paris, Angers, Marseille et Nice.
Pour Gérard Sadik, coordinateur de la commission asile à la Cimade, c’est le système entier qui doit être réorganisé. 

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lundi 11 janvier 2010

Afghans : expulsion suspendue à Roissy

Les trois Afghans qui devaient être renvoyés ce matin vers la Grèce, n’auront finalement pas été expulsés, ayant refusé d’embarquer à bord de l’avion pour Athènes. Sous le coup de la procédure Dublin II, ils devaient être réadmis dans ce premier pays traversé de l’Union européenne. Comme leurs sept compatriotes également retenus au centre de Vincennes dans l’attente de leur expulsion, ils comparaissaient aujourd'hui devant la cour d’appel du juge des libertés. A l’heure actuelle, le juge a rendu son ordonnance pour trois d’entre eux, décidant de les libérer pour procédures irrégulières, puisque tous ont été arrêtés lors d'une convocation piège en préfecture.

mercredi 6 janvier 2010

S'aimer au temps des charters

Cette histoire est tellement incroyable qu'elle pourrait devenir un film ou un livre. En attendant, elle est sur internet avec le blog http://verybegood.blogspot.com. L'histoire est celle de ma collègue Anne Roy, spécialiste ès prisons à l'Huma. En reportage à Calais quelques semaines après le démantèlement de la jungle, elle rencontre Hanan, un Afghan en exil depuis plusieurs années. Depuis, ils s'aiment. Leur histoire d'amour est belle, mais difficile aussi. Alors que les charters d'Afghans se multiplient, Hanan doit chaque jour passer à travers les mailles du filet. Il a déjà été placé une fois en rétention et sauvé in extremis. Depuis, il porte au dessus de la tête la menace d'un arrêté de reconduite à la frontière. Il risque l'expulsion à tout moment. Ce quotidien, Anne a voulu le raconter dans ce blog. Pour parler du casse tête administratif de vouloir demander l'asile en France, du harcèlement policier et, plus largement, de toutes les situations irréelles dans lesquelles ils se sont retrouvés. Si Hanan était de nouveau placé en rétention, seule une large mobilisation pourrait le sauver du "retour forcé". Cette belle histoire est donc à raconter au plus grand nombre.

mardi 17 novembre 2009

Démantèlement du campement de Loon-Plage

Les forces de l’ordre ont procédé, ce matin, au démantèlement du campement de migrants de Loon Plage, près de Dunkerque. D’après les associations présentes, une cinquantaine de migrants ont été arrêtés avant que grues et bulldozers ne détruisent les abris de fortune.

Les associations (Mrap, LDH, Salam...) dénoncent une opération inutile qui « continuera de véhiculer une triste image de notre « identité nationale », synonyme de répression aveugle, d’exclusion, d’atteinte répétée aux droits de l’homme ».

Lire aussi le reportage à Loon plage en septembre dernier :
Une jungle qui en cache d'autres

jeudi 12 novembre 2009

"Nous jouons avec nos vies"

PORTRAIT. Un large sourire illumine son visage. Soutenu par de grands yeux noirs malicieux. Ahmed a quinze ans et un visage de poupon chinois. De la minorité ethnique des Hazaras, sa famille a fui l’Afghanistan en 2001 pour se réfugier au Pakistan. Il y a deux mois, il donne 5000 euros à un passeur pour rejoindre l’Europe. «C’est tout ce que j’ai pu payer, dit-il. Je savais que je jouerais avec ma vie».

De fait, son odyssée ressemble à un jeu de roulette russe. A la frontière irano-turque, il craint les gardes frontières qui «vous tirent dessus». Il rejoint la Grèce à bord d’une petite embarcation, de nuit, sans lumière et sur une mer démontée. «Autour de moi, beaucoup sont tombés à l’eau et sont morts». En Grèce, on le met dans un conteneur à bord d’un navire pour rejoindre l’Italie : deux jours et trois nuits sans pouvoir bouger, sans nourriture ni toilettes. «A l’arrivée, on a dû m’aider pour sortir, je ne pouvais plus bouger.»

Ahmed monte ensuite dans un train pour Paris, où il est arrivé il y a quatre jours. Sa première nuit dans la ville lumière, il la passe sous un pont du canal Saint-Martin sans manteau, ni couverture : «Je tremblais tellement de froid que je n’ai pas dormi». Depuis deux jours, Ahmed est pris en charge par une association qui lui paye l’hôtel.

Quand on lui demande s’il a peur des charters, Ahmed répond dans un sourire : «Nous avons tous très peur d’être déportés. Nous venons de pays dangereux où nous avons vendu toute notre vie pour payer le voyage. Nous avons joué nos vies pour venir ici.».

jeudi 22 octobre 2009

A Nîmes, un peu de chaleur après la jungle

REPORTAGE. Penchés sur des cahiers d’écoliers, ils recopient minutieusement. «Je, tu, il, elle…» Les regards sont concentrés, les écritures appliquées. Mansour Saljoqi, de l’association des Afghans de Montpellier, écrit sur le tableau : «Je mange une pomme». Dix-neuf voix répètent en chœur. «Je vais à Kaboul». L’un d’eux s’amuse : «Je ne vais pas à Kaboul!». Apprentissage de la négation et petits moments de joie, rares et précieux. Depuis trois semaines, ces migrants expulsés de la «Jungle» de Calais et recueillis par les communautés catholiques et protestantes de Nîmes, se reconstruisent, tout doucement.

L'apprentissage des chiffres :

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mercredi 21 octobre 2009

De Kaboul à Nîmes, via Calais

PORTRAIT. Recruté comme kamikaze, Aziz a fui l’Afghanistan, pensant trouver refuge en France.

En pleine destruction de la jungle, son regard vert nous avait troublé. Il disait son incompréhension, sa tristesse. Sa barbe poivre et sel étonnait : que faisait cet homme à la peau burinée comme celle d’un marin, au milieu de ces jeunes migrants ? A Nîmes, où il a atterri depuis, Aziz (1) nous a raconté son incroyable histoire.

Il parle avec ses mains en regardant l’interprète. Ses phrases sont longues et détaillées. Aziz veut tout dire. Né il y a une quarantaine d’années dans un village du sud de l’Afghanistan, il a onze ans quand les soviétiques débarquent. La famille fuit vers le Pakistan pour un exil qui durera plus de vingt ans. Aziz grandit dans un camp de réfugiés près de Peshawar, où il rencontre sa femme. Ils doivent attendre 2008 avant de remettre les pieds dans leur pays. Quelques semaines plus tard, les talibans l’enlèvent.

Il va rester plus de trois mois dans un camp de recrutement forcé, où le seul divertissement consiste en des vidéos de propagande : opposants égorgés, kamikazes encensés… S’il se transforme en bombe humaine, on lui promet 10 000 dollars pour sa famille. Pour s’en sortir vivant, il prend les talibans au mot, rencontre le chef et accepte une mission : se faire exploser dans une voiture. Il demande des cours de conduite. C’est pendant l’un d’entre eux qu’il réussit à s’enfuir. La traque commence. Réfugié dans les montagnes d’abord, il prend contact avec un passeur qui lui promet « la France ou l’Autriche » pour 11 500 euros. Arrivé à Paris, il est orienté vers Calais. « On choisit pas vraiment où on va, dit-il. C’est ce qu’on entend. » Il va rester cinq mois dans la jungle avant sa destruction. Le passage vers l’Angleterre ne l’intéresse pas. Il se rend au commissariat pour demander l’asile. Réponse des policiers : « On vous donne 2500 euros si vous acceptez de rentrer en Afghanistan ». Sorti du commissariat, il est retourné se terrer dans la jungle.

(1) Le prénom a été modifié

vendredi 25 septembre 2009

Et maintenant, un charter pour Kaboul

Pour ceux qui avaient encore un doute, Nicolas Sarkozy a confirmé l'information mercredi soir : « Avec les Anglais, nous organiserons le retour des personnes en situation irrégulière ». Autrement dit, une partie des Afghans arrêtés mardi matin lors du démantèlement de la « jungle » de Calais pourraient bien être expulsés. Soit vers la Grèce, en vertu de la directive Dublin II qui oblige le premier pays européen traversé à gérer les demandes d'asile, soit directement... en Afghanistan.

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Une jungle qui en cache d'autres

REPORTAGE. A Loon-Plage se dresse l'un des dix-neuf campements de migrants répertoriés le long du littoral de la Manche. Démantelé il y a deux mois, il a été reconstruit depuis.

A perte de vue, le plat pays. Et des vagues de dunes pour dernier terrain vague, aurait dit le grand Jacques. Contrairement à la « jungle » de Calais, démantelée avec pertes et fracas mardi matin, celle de Loon-plage, à quelques kilomètres de Dunkerque, se situe en pleine campagne. Ce campement sauvage sert de refuge à une soixantaine de migrants - principalement Afghans, Irakiens et Iraniens. Depuis la fermeture du centre de la Croix-Rouge de Sangatte (Pas-de-Calais), en novembre 2002, ces installations sauvages se sont multipliées le long du littoral de la Manche. La semaine dernière, les associations comptabilisaient dix-neuf « jungles » connues, de Saint-Malo à Roscoff.

Celle de Loon-Plage, édifiée il y a déjà plusieurs années, est régulièrement démantelée par les forces de l'ordre. La dernière destruction au bulldozer date de juin : comme à Calais cette semaine, le campement avait été entièrement rasé.


La destruction de la "jungle" de Loon-Plage le 17 juin dernier

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mardi 22 septembre 2009

Dernière nuit dans la jungle de Calais

REPORTAGE. Comme annoncé, le principal campement de clandestins de la ville du Pas-de-Calais a été démantelé. Résultat : 276 arrestations, dont une moitié de mineurs. Le récit, heure par heure.

2h35. Il fait nuit noire dans la « jungle » de Calais. Un grand feu de bois réchauffe les bénévoles venus apporter leur soutien aux migrants alors que le démantèlement du campement est annoncé pour l’aube.

3h20. Autour du feu, une dizaine d’Afghans décidés à ne pas dormir offre le thé. Pourquoi restent-ils alors que les forces de l’ordre doivent débarquer dans quelques heures ? Safioula, 16 ans, explique qu’il reste pour le passeport. « Mais c’est faux ! », s’irrite Sylvie Copyans de l’association Salam, qui explique qu’une rumeur a circulé ses derniers jours, promettant des papiers à ceux qui resteraient dans la jungle.

4h20. Une cinquantaine de personnes se réchauffent autour du feu. Parmi eux, quatre jeunes filles d’une vingtaine d’années, bénévoles de Salam à Dunkerque. « Nous avons trois petites jungles là-bas, explique Jessica. Tous les deux mois, la police détruit tout au bulldozer, les migrants ne peuvent même pas récupérer leurs affaires. Ils sont arrêtés par la police et relâchés douze heures après ».

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« C’est notre maison ici, on n’a pas d’autres endroits où aller »

REPORTAGE. Il a une douzaine d’années. Virevoltant sur sa balançoire, il rit en essayant de toucher les feuilles des arbres. Derrière lui, se dressent des cabanes de bric et de broc. A ses pieds, les broussailles sont jonchées de détritus. Scène ordinaire dans la « jungle » de calais qui vit peut être ses dernières heures. Mercredi dernier, le ministre de l’Immigration, Eric Besson a annoncé le démantèlement de ce campement de migrants afghans avant la fin de la semaine. L’intervention des forces de l’ordre pourrait se faire aujourd’hui même, à six heures du matin.

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