Laissez-passer

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Les migrants, à Calais et Paris

Ils ont fui des pays en guerre (Iran, Irak, Afghanistan, Erythrée, Somalie...) pour rejoindre leur Eldorado : l'Angleterre. Mais leur rêve échoue à Calais, dernier point de passage avant la terre promise et entonnoir où des centaines de migrants se retrouvent bloqués. Selon la Coordination française pour le droit d'asile (CFDA), ils seraient entre 1000 et 1500 le long du littoral de la Manche. Des hommes pour la plupart, parfois très jeunes. Depuis la fermeture du centre de Sangatte en novembre 2002, ils sont condamnés à dormir dehors.


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mardi 12 janvier 2010

« Il a fallu les convaincre un par un pour qu'ils viennent »

La scène est irréelle : sur une sono crachant à fond Billy Jean, de jeunes afghans dansent le moon walk de Michael Jackson au milieu des anciennes écuries du Comptoir général. «Ils en ont tellement besoin», soupire une bénévole d’Emmaüs. Depuis samedi, Olivier Laffon, propriétaire de ce lieu privé situé quai de Jemmapes, met à disposition ses locaux pour loger les migrants qui campent le long du canal Saint-Martin.

Les lits de camp Comptoir général

Moments de détente Danses

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« La France n'appartient pas à Eric Besson »

Atiq RahimiHorrifié par les conditions dans lesquels quelque 150 Afghans campent sous les ponts de Paris, alors que le thermostat descend jusqu’à moins 10°C la nuit, Atiq Rahimi a lancé, la semaine dernière, un appel pour réclamer des solutions d’hébergement urgentes pour ces réfugiés, dont plusieurs sont mineurs. Près d’un millier de personnes ont déjà signé ce texte (1). Dimanche soir, des centaines de personnes se sont rassemblées à l’appel d’Emmaüs et des Enfants de Don Quichotte pour lancer une semaine de mobilisation. Pour l’instant, les migrants ont trouvé refuge dans un lieu privé (lire ci-contre) et après ? La lutte ne fait que commencer, nous dit Atiq rahimi, pas vraiment en faveur d’un devoir de réserve pour les Prix Goncourt...

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lundi 11 janvier 2010

Afghans : expulsion suspendue à Roissy

Les trois Afghans qui devaient être renvoyés ce matin vers la Grèce, n’auront finalement pas été expulsés, ayant refusé d’embarquer à bord de l’avion pour Athènes. Sous le coup de la procédure Dublin II, ils devaient être réadmis dans ce premier pays traversé de l’Union européenne. Comme leurs sept compatriotes également retenus au centre de Vincennes dans l’attente de leur expulsion, ils comparaissaient aujourd'hui devant la cour d’appel du juge des libertés. A l’heure actuelle, le juge a rendu son ordonnance pour trois d’entre eux, décidant de les libérer pour procédures irrégulières, puisque tous ont été arrêtés lors d'une convocation piège en préfecture.

L’appel du prix Goncourt Atiq Rahimi pour les Afghans de Paris

«Il y a certainement eu une époque où on appelait un immigré un homme. Même s’il était sans papier.» Ému du sort fait à ses compatriotes afghans dormant dans les rues de la capitale, le prix Goncourt 2008 a saisi sa plume pour lancer un vibrant appel aux autorités.

Rassemblement dimanche soir pour les Afgans de ParisChaque soir, dans la neige et le froid, 150 à 200 migrants, afghans pour la plupart, dorment sur les bords du canal Saint-Martin. Devant les eaux prises par la glace, ils n’ont souvent qu’un maigre feu pour se réchauffer. Certains sont mineurs, d’autres demandeurs d’asile. «Ils sont jeunes, certains ont à peine quinze ans, aucun plus de trente, écrit Atiq Rahimi. La France, c’est-à-dire nous, les poursuit comme des criminels. Menottes, avion : c’est aux barbus qu’on les remet puisque les intégristes sont les seuls à leur ouvrir les bras.» Lancé jeudi sur internet, son appel a déjà recueilli plus de 500 signatures, dont celle de Marjane Satrapi, Carole Bouquet, Charlotte Rampling, Patrice Chéreau ou encore Charlotte Gainsbourg. Hier, en fin d’après-midi, des centaines de personnes se sont réunis sous un pont du canal Saint-Martin pour lancer un appel à la mobilisation.

La déclaration d'Atiq Rahimi, Prix Goncourt 2008, dimanche soir :



Celle d'Augustin Legrand, porte-parole des Enfants de Don Quichotte :



Enfin, la prise de parole de Didier Cussernes, d'Emmaüs :

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mercredi 6 janvier 2010

S'aimer au temps des charters

Cette histoire est tellement incroyable qu'elle pourrait devenir un film ou un livre. En attendant, elle est sur internet avec le blog http://verybegood.blogspot.com. L'histoire est celle de ma collègue Anne Roy, spécialiste ès prisons à l'Huma. En reportage à Calais quelques semaines après le démantèlement de la jungle, elle rencontre Hanan, un Afghan en exil depuis plusieurs années. Depuis, ils s'aiment. Leur histoire d'amour est belle, mais difficile aussi. Alors que les charters d'Afghans se multiplient, Hanan doit chaque jour passer à travers les mailles du filet. Il a déjà été placé une fois en rétention et sauvé in extremis. Depuis, il porte au dessus de la tête la menace d'un arrêté de reconduite à la frontière. Il risque l'expulsion à tout moment. Ce quotidien, Anne a voulu le raconter dans ce blog. Pour parler du casse tête administratif de vouloir demander l'asile en France, du harcèlement policier et, plus largement, de toutes les situations irréelles dans lesquelles ils se sont retrouvés. Si Hanan était de nouveau placé en rétention, seule une large mobilisation pourrait le sauver du "retour forcé". Cette belle histoire est donc à raconter au plus grand monde.

mardi 17 novembre 2009

Démantèlement du campement de Loon-Plage

Les forces de l’ordre ont procédé, ce matin, au démantèlement du campement de migrants de Loon Plage, près de Dunkerque. D’après les associations présentes, une cinquantaine de migrants ont été arrêtés avant que grues et bulldozers ne détruisent les abris de fortune.

Les associations (Mrap, LDH, Salam...) dénoncent une opération inutile qui « continuera de véhiculer une triste image de notre « identité nationale », synonyme de répression aveugle, d’exclusion, d’atteinte répétée aux droits de l’homme ».

Lire aussi le reportage à Loon plage en septembre dernier :
Une jungle qui en cache d'autres

jeudi 12 novembre 2009

Kit de survie hivernal pour les exilés afghans

REPORTAGE. Ils repartent radieux, enfilant leurs nouveaux gants et essayant les sacs à dos, dans lesquels sont immédiatement cachés les duvets neufs, à l’abri des regards envieux. Mardi après-midi, les associations humanitaires organisaient, à Calais et Paris, des distributions de matériel de survie pour les migrants à la rue. Près de la gare de l’Est, dans le 10e arrondissement de la capitale, ils sont des centaines à attendre patiemment leur tour. «On leur donne des sacs de couchage et des sacs à dos, explique Laura Brav, coordinatrice de la mission France de Médecins sans frontières, qui soupire : «Ce n’est pas du tout une solution, il leur faudrait un hébergement.» Actuellement, ils seraient entre 250 et 300 migrants dans le 10e arrondissement de Paris, Afghans dans leur très grande majorité. Jean-Michel Centres, du Collectif des exilés du 10e, comptabilise une trentaine de demandeurs d’asile et une dizaine de mineurs à la rue. La saturation des dispositifs d’accueil les contraint à dormir dehors, alors que les nuits s’allongent et se refroidissent.

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"Nous jouons avec nos vies"

PORTRAIT. Un large sourire illumine son visage. Soutenu par de grands yeux noirs malicieux. Ahmed a quinze ans et un visage de poupon chinois. De la minorité ethnique des Hazaras, sa famille a fui l’Afghanistan en 2001 pour se réfugier au Pakistan. Il y a deux mois, il donne 5000 euros à un passeur pour rejoindre l’Europe. «C’est tout ce que j’ai pu payer, dit-il. Je savais que je jouerais avec ma vie».

De fait, son odyssée ressemble à un jeu de roulette russe. A la frontière irano-turque, il craint les gardes frontières qui «vous tirent dessus». Il rejoint la Grèce à bord d’une petite embarcation, de nuit, sans lumière et sur une mer démontée. «Autour de moi, beaucoup sont tombés à l’eau et sont morts». En Grèce, on le met dans un conteneur à bord d’un navire pour rejoindre l’Italie : deux jours et trois nuits sans pouvoir bouger, sans nourriture ni toilettes. «A l’arrivée, on a dû m’aider pour sortir, je ne pouvais plus bouger.»

Ahmed monte ensuite dans un train pour Paris, où il est arrivé il y a quatre jours. Sa première nuit dans la ville lumière, il la passe sous un pont du canal Saint-Martin sans manteau, ni couverture : «Je tremblais tellement de froid que je n’ai pas dormi». Depuis deux jours, Ahmed est pris en charge par une association qui lui paye l’hôtel.

Quand on lui demande s’il a peur des charters, Ahmed répond dans un sourire : «Nous avons tous très peur d’être déportés. Nous venons de pays dangereux où nous avons vendu toute notre vie pour payer le voyage. Nous avons joué nos vies pour venir ici.».

jeudi 22 octobre 2009

A Nîmes, un peu de chaleur après la jungle

REPORTAGE. Penchés sur des cahiers d’écoliers, ils recopient minutieusement. «Je, tu, il, elle…» Les regards sont concentrés, les écritures appliquées. Mansour Saljoqi, de l’association des Afghans de Montpellier, écrit sur le tableau : «Je mange une pomme». Dix-neuf voix répètent en chœur. «Je vais à Kaboul». L’un d’eux s’amuse : «Je ne vais pas à Kaboul!». Apprentissage de la négation et petits moments de joie, rares et précieux. Depuis trois semaines, ces migrants expulsés de la «Jungle» de Calais et recueillis par les communautés catholiques et protestantes de Nîmes, se reconstruisent, tout doucement.

L'apprentissage des chiffres :

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mercredi 21 octobre 2009

De Kaboul à Nîmes, via Calais

PORTRAIT. Recruté comme kamikaze, Aziz a fui l’Afghanistan, pensant trouver refuge en France.

En pleine destruction de la jungle, son regard vert nous avait troublé. Il disait son incompréhension, sa tristesse. Sa barbe poivre et sel étonnait : que faisait cet homme à la peau burinée comme celle d’un marin, au milieu de ces jeunes migrants ? A Nîmes, où il a atterri depuis, Aziz (1) nous a raconté son incroyable histoire.

Il parle avec ses mains en regardant l’interprète. Ses phrases sont longues et détaillées. Aziz veut tout dire. Né il y a une quarantaine d’années dans un village du sud de l’Afghanistan, il a onze ans quand les soviétiques débarquent. La famille fuit vers le Pakistan pour un exil qui durera plus de vingt ans. Aziz grandit dans un camp de réfugiés près de Peshawar, où il rencontre sa femme. Ils doivent attendre 2008 avant de remettre les pieds dans leur pays. Quelques semaines plus tard, les talibans l’enlèvent.

Il va rester plus de trois mois dans un camp de recrutement forcé, où le seul divertissement consiste en des vidéos de propagande : opposants égorgés, kamikazes encensés… S’il se transforme en bombe humaine, on lui promet 10 000 dollars pour sa famille. Pour s’en sortir vivant, il prend les talibans au mot, rencontre le chef et accepte une mission : se faire exploser dans une voiture. Il demande des cours de conduite. C’est pendant l’un d’entre eux qu’il réussit à s’enfuir. La traque commence. Réfugié dans les montagnes d’abord, il prend contact avec un passeur qui lui promet « la France ou l’Autriche » pour 11 500 euros. Arrivé à Paris, il est orienté vers Calais. « On choisit pas vraiment où on va, dit-il. C’est ce qu’on entend. » Il va rester cinq mois dans la jungle avant sa destruction. Le passage vers l’Angleterre ne l’intéresse pas. Il se rend au commissariat pour demander l’asile. Réponse des policiers : « On vous donne 2500 euros si vous acceptez de rentrer en Afghanistan ». Sorti du commissariat, il est retourné se terrer dans la jungle.

(1) Le prénom a été modifié

vendredi 25 septembre 2009

Et maintenant, un charter pour Kaboul

Pour ceux qui avaient encore un doute, Nicolas Sarkozy a confirmé l'information mercredi soir : « Avec les Anglais, nous organiserons le retour des personnes en situation irrégulière ». Autrement dit, une partie des Afghans arrêtés mardi matin lors du démantèlement de la « jungle » de Calais pourraient bien être expulsés. Soit vers la Grèce, en vertu de la directive Dublin II qui oblige le premier pays européen traversé à gérer les demandes d'asile, soit directement... en Afghanistan.

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Une jungle qui en cache d'autres

REPORTAGE. A Loon-Plage se dresse l'un des dix-neuf campements de migrants répertoriés le long du littoral de la Manche. Démantelé il y a deux mois, il a été reconstruit depuis.

A perte de vue, le plat pays. Et des vagues de dunes pour dernier terrain vague, aurait dit le grand Jacques. Contrairement à la « jungle » de Calais, démantelée avec pertes et fracas mardi matin, celle de Loon-plage, à quelques kilomètres de Dunkerque, se situe en pleine campagne. Ce campement sauvage sert de refuge à une soixantaine de migrants - principalement Afghans, Irakiens et Iraniens. Depuis la fermeture du centre de la Croix-Rouge de Sangatte (Pas-de-Calais), en novembre 2002, ces installations sauvages se sont multipliées le long du littoral de la Manche. La semaine dernière, les associations comptabilisaient dix-neuf « jungles » connues, de Saint-Malo à Roscoff.

Celle de Loon-Plage, édifiée il y a déjà plusieurs années, est régulièrement démantelée par les forces de l'ordre. La dernière destruction au bulldozer date de juin : comme à Calais cette semaine, le campement avait été entièrement rasé.


La destruction de la "jungle" de Loon-Plage le 17 juin dernier

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mardi 22 septembre 2009

Dernière nuit dans la jungle de calais

REPORTAGE. Comme annoncé, le principal campement de clandestins de la ville du Pas-de-Calais a été démantelé. Résultat : 276 arrestations, dont une moitié de mineurs. Le récit, heure par heure.

2h35. Il fait nuit noire dans la « jungle » de Calais. Un grand feu de bois réchauffe les bénévoles venus apporter leur soutien aux migrants alors que le démantèlement du campement est annoncé pour l’aube.

3h20. Autour du feu, une dizaine d’Afghans décidés à ne pas dormir offre le thé. Pourquoi restent-ils alors que les forces de l’ordre doivent débarquer dans quelques heures ? Safioula, 16 ans, explique qu’il reste pour le passeport. « Mais c’est faux ! », s’irrite Sylvie Copyans de l’association Salam, qui explique qu’une rumeur a circulé ses derniers jours, promettant des papiers à ceux qui resteraient dans la jungle.

4h20. Une cinquantaine de personnes se réchauffent autour du feu. Parmi eux, quatre jeunes filles d’une vingtaine d’années, bénévoles de Salam à Dunkerque. « Nous avons trois petites jungles là-bas, explique Jessica. Tous les deux mois, la police détruit tout au bulldozer, les migrants ne peuvent même pas récupérer leurs affaires. Ils sont arrêtés par la police et relâchés douze heures après ».

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« C’est notre maison ici, on n’a pas d’autres endroits où aller »

REPORTAGE. Il a une douzaine d’années. Virevoltant sur sa balançoire, il rit en essayant de toucher les feuilles des arbres. Derrière lui, se dressent des cabanes de bric et de broc. A ses pieds, les broussailles sont jonchées de détritus. Scène ordinaire dans la « jungle » de calais qui vit peut être ses dernières heures. Mercredi dernier, le ministre de l’Immigration, Eric Besson a annoncé le démantèlement de ce campement de migrants afghans avant la fin de la semaine. L’intervention des forces de l’ordre pourrait se faire aujourd’hui même, à six heures du matin.

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Les associations dénoncent une « fausse solution »

Dans une déclaration commune, les associations de soutien aux migrants dans le Calaisis (C’Sur, Salam, Secours catholique…) se déclarent «convaincues que le plan gouvernemental de destruction des jungles est inefficace et aggrave la situation».

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