REPORTAGE. Au bout d’un couloir aux murs délabrés, le
directeur du centre ouvre une porte en soupirant : dans cet ancien bureau
il a réussi à tasser six matelas. «Normalement, je n’ai pas le droit
d’accueillir plus de dix-neuf mineurs, précise Dominique Habiyaremye. Mais
quand se présente un gamin de treize ans à la rue, vous choisissez vite entre
humanité et légalité.»
Comme les autres structures d’accueil de mineurs isolés étrangers, le centre
du Kremlin-Bicêtre, géré par Enfants du
monde-Droits de l’homme (EMDH) sous contrat avec l’État, manque cruellement
de moyens. Pour la capitale ce dispositif, dit Versini, compte 120 places. Un
chiffre nettement insuffisant face à l’afflux croissant de jeunes migrants.
Plusieurs dorment chaque soir à la rue, faute de place. Pour répondre à
l’inquiétude des associations, le ministère a créé un groupe de travail et
présentait hier ses premières mesures.
Reflets des conflits et de la misère du monde, le centre du Kremlin-Bicêtre
accueille aussi bien des Afghans qui ont fui la guerre que des Éthiopiennes
livrées aux réseaux de prostitution. Tous ont parcouru des milliers de
kilomètres, seuls, pour rejoindre l’Europe. EMDH est chargé de les mettre à
l’abri, théoriquement pour une durée de quinze jours, avant leur prise en
charge par l’aide sociale à l’enfance. Voilà pour la théorie. Dans la pratique,
les services de l’état, totalement saturés, bloquent à tous les étages.
«Certains sont là depuis quatre ou cinq mois, témoigne Dominique Habiyaremye.
Cette période d’attente est très dure à gérer pour eux. Ils n’ont qu’une
envie : aller à l’école et se poser enfin quelque part».