
INTERVIEW. Son film Les mains en l’air, actuellement en salles, prend fait et cause pour une fillette tchétchène menacée d’expulsion. Romain Goupil revient sur son soutien au sans-papiers, égratigne la gauche et les « Français de sang bleu ».
Les mains en l’air est-il un film militant, engagé pour les sans papiers ?
Romain Goupil. Non. J’aborde ce problème dans Mourir à trente ans : un film militant n’est que l’illustration d’un discours, son but est de rassurer ceux qui sont d’accord avec vous. Ca n’a aucun intérêt d’un point de vue cinématographique et ça oblige à une syntaxe nulle : gros plan pour démontrer, plan pour expliquer. C’est un film de rassurance : qui ne sert qu’à rassurer ceux qui militent et ont l’impression d’être des milliers. Le terme « engagé » vient d’une époque révolue, la guerre froide, quand les intellectuels faisaient abstraction de leur travail pour s’engager dans un camp ou dans l’autre. Vous deveniez compagnon de route du Parti communiste, vous deviez avaler des couleuvres, vous taire sur la Hongrie et dénoncer la guerre du Vietnam. Un intellectuel doit rester critique, douter. Ce qu’explique Edgar Morin dans Autocritique. C’est en lisant ce livre que j’ai arrêté de militer quand j’étais môme, alors que j’étais très engagé. Mon ambition est de créer de la réflexion. Les mains en l’air n’est pas un film engagé, mais politique, au sens noble du terme.
« Sans-papiers ?
Pour lutter contre les idées reçues ». Ed. Utopia, 2010, 77 pages, 3
euros.
« Mais d’où venez-vous ? », Sylvie
Granotier et Michèle Lesbre, Seuil, 15€, 169 p.

Cette France-là est d'abord un
objet : un beau livre noir de 450 pages. Auto édité par le 