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Travailleurs en lutte

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vendredi 8 janvier 2010

Galette VIP

Il y avait foule mercredi, rue du Regard, pour la rencontre entre les artistes et les travailleurs sans papiers. « Nous sommes là pour faire passer le message au plus haut : donnez-leur des papiers ! » a déclaré Josiane Balasko, entourée de Juliette Binoche, Antoine de Caunes, Guy Bedos, Yvan Attal, Jean-Paul Hichon, entre autre personnalités. Dans une cour surpeuplée de grévistes et de journalistes les artistes ont chacun à leur tour exprimé leur solidarité avec les 6000 travailleurs sans-papiers en grève depuis le 12 octobre. «Il faudra bien trouver une solution, a tonné Raymond Chauveau de la CGT. Et elle est du côté du gouvernement.» Depuis bientôt trois mois, les sans-papiers occupent près de 2000 entreprises pour exiger une circulaire de régularisation. Enfin Modibo Traoré, porte-parole des grévistes, a lancé : « La lutte est dure mais nous obtiendrons nos papiers, transmettez ce message partout : nous travaillons ici, nous payons nos impôts, nous voulons rester en France. »

Reportage sonore (4') :

Avec (par ordre d'apparition) : Richard Moyon, du Réseau éducation sans frontières ; Josiane Balasko, comédienne ; Raymond Chauveau, de la CGT ; Laurent Cantet, réalisateur de Entre les murs, palme d'or 2008 ; Juliette Binoche, comédienne ; Modibo Traoré, porte parole des travailleurs sans papiers, lui-même en grève devant le Monoprix du boulevard Saint-Denis à Paris.

Musiques : 100 % VIP, Philippe Katerine (Barclay Records) ; Star Scat, Caravan Palace (Wagram).

Lire aussi :
Les people partis, les sans-papiers évacués ?


mercredi 6 janvier 2010

Solidaires des grévistes

Dans un silence assourdissant, plus de 6000 sans-papiers font grève et occupent, depuis bientôt trois mois, leur lieux de travail pour exiger une circulaire de régularisation. Lilian Thuram, Laurent Cantet, Antoine de Caunes ou encore Guy Bedos se rendront aujourd’hui sur l’un des piquets de grève parisien pour partager une galette des rois avec les grévistes et marquer ainsi leur soutien. Nous avons demandé à ces personnalités pourquoi elles soutiennent ce mouvement.

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mercredi 30 décembre 2009

Un sage chez les sans-papiers

PORTRAIT. Hier, ouvrier chez Renault Billancourt, aujourd'hui travailleur intérimaire sans papiers exploité, Le vieux Doucouré occupe depuis deux mois l'ancien Hôtel Majestic, à Paris.

le vieux Doucouré Doucouré, jeune Carte d'identité consulaire

Reportage sonore* (4') :



Avec mille précautions, il étale sur la table des documents jaunis. Pour un sans-papiers, Doucouré ne manque pas de paperasse : carte d’identité consulaire, certificat de formation professionnelle, attestation de visite médicale, déclarations d’impôts... Sur les photos d’identité en noir et blanc des années 70, un jeune malien de vingt ans à la coupe afro, tout juste débarqué à Paris, vous sourit. Quarante ans plus tard, Doucouré a le même sourire généreux ; un collier de barbe blanche orne désormais son visage. A 61 ans, il est le doyen des 6000 travailleurs sans papiers en grève depuis la mi-octobre pour obtenir une circulaire de régularisation. « Dans la culture africaine, la parole des anciens est très respectée, il est le sage », explique Maryline Poulain, de l’association Autremonde, qui soutient de mouvement. Le comité des délégués CGT l’a nommé coordinateur du mouvement, un titre honorifique qui en dit long sur son aura.

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mardi 29 décembre 2009

Deux maîtres-chiens sans papiers de la SNCF en grève de la faim

Quatorze mois de lutte et rien. Pas un bout de papier en vue. Depuis octobre 2008, Boubacar Diarra et Sekou Bah se battent, avec trente-six autre maîtres-chiens sans papiers de la SNCF, pour obtenir leur régularisation. Les autres ont reçu la précieuse carte de séjour; eux rien. Pourtant, comme leurs anciens collègues, ces deux Maliens, âgés respectivement de 33 et 28 ans, travaillaient depuis des années pour Vigimak, sous traitant de la SNCF chargés d’assurer la sécurité dans plusieurs gares parisiennes. Leur action collective avait permis de lever le voile sur des conditions de travail indignes : cumulant plusieurs services, ces maîtres-chiens travaillaient jusqu’à trente jours par mois pour un salaire d’environ 900 euros.

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mercredi 23 décembre 2009

Solidarité « massive » autour des travailleurs sans papiers

A l’approche de Noël, le piquet de grève des travailleurs sans papiers de la Porte des Lilas a des allures de fêtes. Des deltaplanes chatoyants ornent les arbres ; de faux tournesols égaillent les barrières et un sapin de Noël a même trouvé sa place sous une poulie. Depuis la mi-octobre, vingt-cinq grévistes vivent ici, jour et nuit. Anciens ouvriers du chantier du tramway, ils occupent leur lieu de travail : une portion du trottoir du boulevard des maréchaux. Des conditions de grève extrêmement difficiles, qui ont été un peu adoucies par une solidarité rapidement mise en place : le syndicat Solidaires a donné des tentes ; la mairie du 19e a posé des toilettes ; la ville de Paris, un algéco avec un chauffage. Et tous les jours, les riverains se relaient pour apporter nourriture, bois pour se chauffer, vêtements ou tout simplement quelques billets.

Casque de moto sur la tête, Michel a fait une halte en moto pour donner dix euros : « C’est malheureux que je doive donner de l’argent, lâche t-il. C’est l’état qui devrait organiser ça, c’est comme pour les restos du cœur. » Le quinquagénaire ne cache pas que ce don représente aussi « un acte politique » : « Sarkozy construit une France a deux vitesses : survie pour les uns, bling bling pour les autres ». Son billet de dix euros arrive à point pour remonter le moral des grévistes : ce matin, pour la première fois depuis le début du mouvement, la caisse de solidarité était vide. « Nous avions plus d’argent au début », soupire Moussa Camara, leur porte parole, qui rappelle que cet argent leur sert chaque jour à acheter de quoi se nourrir. Plus la lutte est longue, plus le risque d’isolement s’accroît… L’aide morale est aussi décisive. « Tous les soirs, ils restent avec nous jusqu’à une ou deux heures du matin », ajoute Moussa

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mardi 22 décembre 2009

A Ménilmontant, en attendant l'évacuation

Devant l'agence d'intérim, lundi matin


REPORTAGE. «Dès matin bonne heure là, faut pas s’énerver.» Ibrahim Ndiaye, délégué des travailleurs sans papiers de Multipro, tente de calmer les esprits déjà bien échauffés en ce lundi matin. La secrétaire de l’agence d’intérim ne l’écoute pas, trop occupée à crier. Outre les trente-cinq grévistes, une trentaine de membres du comité de soutien se sont donné rendez-vous devant l’agence pour y attendre le patron. Ce dernier, «en déplacement», ne viendra pas. La secrétaire : «Je ne parlerai qu’au délégué CGT». «Je suis délégué Solidaires» répond Sébastien Chatillon. «Moi aussi je suis solidaire, mais je veux parler à la CGT» réplique la furie !

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dimanche 29 novembre 2009

Des milliers de manifestants contre l'immigration jetable

Aux cris de «On reste ici, on vit ici, régularisation de tous les travailleurs sans papiers», 10 000 personnes (2700 selon la police) ont manifesté cette après-midi à Paris, entre le jardin du Luxembourg et le ministère de l'Immigration, à l'appel du collectif Unis contre une immigration jetable. Les travailleurs sans papiers, en grève depuis le 12 octobre, constituaient l'essentiel du cortège.


vendredi 27 novembre 2009

"Nous voulons cotiser" crient les sans-papiers

L'association Femmes égalité

Nous voulons cotiser

Ils sont venus en nombre avec drapeaux, banderoles et percussions. Hier, alors que Xavier Darcos réunissait la commission nationale de lutte contre le travail illégal, 400 salariés sans papiers manifestaient près du ministère pour exiger leur régularisation. Majoritairement originaire d’Afrique noire, mais aussi d’Asie et du Maghreb, ils brandissent des pancartes : «Nous voulons cotiser, nous voulons être déclarés». «C’est bien la première fois dans ce pays que des travailleurs manifestent pour dire qu’ils veulent cotiser!» s’amuse Raymond Chauveau, coordinateur CGT du mouvement.

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jeudi 26 novembre 2009

Une circulaire contre la libre-circulation

Un chantier Bouygues à la défense lundi, une agence d’intérim à Orléans mardi, une entreprise de nettoyage à Vitry hier... Depuis le début du mouvement des travailleurs sans papiers, le 12 octobre dernier, chaque jour apporte son lot de nouvelles occupations, portant à près de 5500 le nombre de grévistes. Face à l’ampleur de ce mouvement, la réponse du ministre de l’Immigration hier parait pour le moins mesurée...

Eric Besson a présenté hier la nouvelle circulaire d’application de la loi du 20 novembre 2007 sur la régularisation par le travail. Alors que Nicolas Sarkozy a encore répété en conseil des ministres qu’il ne procéderait «jamais» à des mesures de régularisations massives, le ministre de l’Immigration s’est surtout appliqué à montrer à quel point ses mesures ne concernaient que peu de salariés : «Il ne s’agit en aucun cas d’une régularisation massive. Il n’y a pas de modification des principaux critères de l’admission exceptionnelle au séjour».

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mercredi 25 novembre 2009

Vers une loi sanctionnant les employeurs de sans-papiers

Eric Besson a présenté ce midi l’avant projet de loi sur la «lutte contre l’emploi des étrangers sans titre de séjour». Il s’agit de la transposition dans le droit français de la directive européenne dite «sanction». Comme le prévoit déjà le code pénal, un employeur embauchant un travailleur sans papiers risquera cinq ans d’emprisonnement et 15000 euros d’amende. Son établissement pourra subir une fermeture administrative «proportionnée à l’ampleur des faits constatés» pour une durée ne pouvant excéder six mois. Le projet oblige aussi les employeurs à payer aux sans papiers les «arriérés qui leurs sont dus», sans préciser de quelles taxes il s’agit. Le ministre a aussi déclaré que cet avant projet de loi retranscrirait dans le droit national les directives «retour» et «cartes bleues» sans apporter plus de précisions.

mardi 24 novembre 2009

Les propositions de Darcos ne convainquent pas

Plusieurs associations et syndicats (CGT, CFDT, Cimade, RESF...) dénoncent les propositions du ministre du Travail de «fermer administrativement» les entreprises employant des sans-papiers. Cette fermeture «représenterait une sanction collective à l’égard de tous les travailleurs, déclarés ou non», écrivent-ils dans un communiqué commun, et serait «inadmissible, en particulier dans la situation économique et sociale actuelle». Par ailleurs, l’inspecteur du travail (PS) Gérard Filoche souligne l’infaisabilité de cette mesure : «Nous sommes 450 inspecteurs du travail pour... 17 millions de salariés et 1.2 million d’entreprises» et demande l'application des sanctions légales actuelles.

lundi 9 novembre 2009

Un journal pour les travailleurs sans papiers

Premier numéro de IciLe premier numéro d'Ici, journal gratuit de soutien au mouvement des travailleurs sans-papiers est distribué depuis samedi. Tiré à 50 000 exemplaires, ce titre de huit pages couleurs avec photos réalisé par des bénévoles sera distribué par les grévistes eux-mêmes. Vendredi, selon la CGT, plus de 5 000 travailleurs sans papiers étaient en grève dans 1 253 entreprises et occupaient une quarantaine de sites, essentiellement dans le BTP, le gardiennage et la restauration pour demander une circulaire élargie permettant leur régularisation.

Le CGT fait partie d'un collectif de onze associations et syndicats, dont la Ligue des droits de l'Homme, Solidaires et la FSU, qui a écrit le 1er octobre dernier au premier ministre François Fillon pour demander une nouvelle circulaire définissant "des critères améliorés, simplifiés, appliqués sur l'ensemble du territoire national" pour régulariser ces sans-papiers. Quatre réunions de travail ont déjà eu lieu entre les représentants syndicaux et le ministère de l'Immigration.

mercredi 4 novembre 2009

Un gréviste menacé d'expulsion

«Ici, tu travailles comme un esclave jusqu’à la retraite». Enfermé depuis quinze jours au centre de rétention de Vincennes, Ibrahima Dramé n’a rien perdu de sa fougue de travailleur en lutte. Mi-octobre, lors du lancement du mouvement des travailleurs sans papiers, nous avions rencontré ce Malien de 31 ans sur le piquet de grève de la Fédération Nationale des Travaux Publics, dans le 8e arrondissement. Après une semaine d’occupation, Ibrahima est arrêté à Belleville lors d’un contrôle d’identité. «Je suis enfermé comme un prisonnier» soupire t-il. Ibrahima connaît les lieux : à l’été 2008, il était retenu au CRA de Vincennes lors de son incendie. Il est témoin assisté dans l’enquête actuellement en cours.

En France depuis cinq ans, Ibrahima était embauché dans une entreprise de désamiantage. Le 22 octobre, lorsqu’il est présenté devant le tribunal administratif, il porte le t-shirt : «Ils bossent ici, ils vivent ici, ils restent ici!». Ce qui n’empêche pas le juge de confirmer l’arrêté de reconduite à la frontière et de le programmer sur un vol vers Bamako, le 4 novembre à 16h40. Dernier espoir pour Ibrahima : que le consulat du Mali ne délivre pas de laissez-passer, indispensable à son expulsion. Depuis le début du mouvement, cinq grévistes ont été arrêtés et placés en rétention. L’un d’eux a été libéré, un autre, syndiqué à la CGT depuis 2007, était programmé pour une expulsion hier au soir.

jeudi 29 octobre 2009

Régularisations : Besson doit revoir sa copie

Saisi d’un recours par le Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti), le Conseil d’Etat a annulé, la semaine dernière, la circulaire du 7 janvier 2008 qui précisait les conditions de régularisation par le travail. Le Gisti avait saisi le Conseil d’Etat sur l’ensemble des textes mettant en place l’immigration choisie qui organise un « régime à plusieurs vitesses » selon Serge Slama de l’association juridique : « si vous êtes Algérien ou Roumain, ça n’est pas le même régime qui s’applique », puisque ces textes définissent des listes de métiers en fonction des origines. Saisie sur cette question par la Cimade, la Halde avait reconnu, dans une décision du 15 septembre 2008, qu’il existait un risque de sélection des travailleurs sur « une base ethnique ». Le Conseil d’Etat a, en revanche, rejeté les requêtes du Gisti, validant ainsi le principe de l’immigration choisie, à une exception prêt : cette circulaire du 7 janvier 2008. Le Conseil d’Etat estime que le gouvernement ne peut « sans méconnaître la loi, restreindre les conditions » de régularisation.

Cette décision intervient alors que plus de 4100 travailleurs sans-papiers sont actuellement en grève dans toute l’Ile-de-France pour exiger justement une nouvelle circulaire qui définisse des critères simplifiés de régularisation par le travail. A la CGT, on prend donc acte de cette annulation : « Puisqu’il n’y a plus de circulaire, que le gouvernement se saisisse de cette occasion pour en écrire une nouvelle ! » répond Francine Blanche, secrétaire confédérale de la CGT qui rappelle que des négociations ont commencé la semaine dernière entre ministère de l’Immigration, associations et syndicats pour définir une nouvelle circulaire « avec des critères simplifiés, améliorés et appliqués sur l’ensemble du territoire ». La CGT se félicite aussi que cette décision intervienne maintenant et non il y a quelques mois, puisque le syndicat avait profité de la brèche ouverte par cette circulaire pour obtenir la régularisation de 2500 travailleurs sans-papiers, lors d’un premier mouvement de grèves et d’occupations à l’automne 2008.

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mardi 27 octobre 2009

Sans-papiers, l'arme de la grève

La scène se déroule près de la gare Saint-Lazare à Paris. Depuis le 12 octobre, quelque cinq cents travailleurs sans papiers occupent une agence d’intérim, rue de Rome. Comme effrayés de leur propre audace, ils parlent peu et refusent de donner leur nom. Arrive un groupe d’une vingtaine d’hommes, gilet fluo sur le dos. Ce sont les maîtres-chiens de la SNCF, qui se sont battus pendant onze mois pour obtenir leur régularisation (lire le portrait ci-contre). Eux sont rompus aux journalistes et à la prise de parole en public. Sidibé Lacina, leur délégué, lance à la cantonade : « Nous sommes des anciens sans-papiers, comme vous. Aujourd’hui nous sommes régularisés et nous venons vous soutenir. Il faut vous accrocher! ». Timides applaudissements. Cette rencontre entre deux mondes en dit long sur le chemin parcouru par les travailleurs sans papiers. Sortis de l’ombre en avril 2008, avec la première vague de grèves et d’occupations, ils sont de nouveau des milliers à se jeter dans une longue et difficile bataille.

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