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Tunisiens de Lampedusa

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mercredi 5 octobre 2011

« J’entends encore le cri des morts »

Devant la maison incendiée, des mots et des fleurs ©Marie Barbier
C’est un récit terrifiant qui hante leurs nuits, devenues blanches. Youcef, Hassem et Habib, trois Tunisiens rescapés de l’immeuble incendié de Pantin, ne sont pas près d’oublier cette journée du mercredi 28 septembre. Il est un peu moins de six heures du matin quand le feu attaque la bâtisse d’un étage. Lorsqu’il est éteint par les pompiers une heure et demie plus tard, six migrants sont décédés dans des conditions atroces. Quatre Tunisiens sont morts carbonisés ; deux Égyptiens, asphyxiés.

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Claude Guéant poursuivi pour homicide involontaire ?

D’après les premiers éléments de l’enquête, une bougie serait à l’origine de l’incendie accidentel du squat de Pantin. Mais parmi les rescapés, nombreux sont ceux à ne pas croire à cette version. « Ca ne tient pas debout, explique ainsi Habib, jeune Tunisien de 19 ans (lire ici). Les flammes faisaient quatre mètres de haut dès le début ». Un autre rescapé tunisien, Youcef, raconte que « l’égyptien dormait toujours avec des bougies » dans ce squat qui n’avait ni eau, ni électricité, « mais les flammes sont allées trop vite, en cinq minutes elles touchaient le plafond ».

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jeudi 29 septembre 2011

« Les gens hurlaient et tapaient sur la tôle »

Ils avaient rejoint la France dans l’espoir d’une vie meilleure, six migrants, probablement tunisiens et égyptiens, sont morts hier à Pantin (Seine-Saint-Denis), brûlés dans l’incendie d’un immeuble insalubre.

Le feu a pris peu avant six heures du matin dans cette petite maison d’un étage, au milieu d’une impasse du quartier Hoche. « J’ai entendu des gens hurler et taper sur de la tôle, j’ai d’abord cru à une bagarre, raconte Farouck Ferchuchi, quinquagénaire voisin et lui-même Tunisien. Je suis sorti, il y avait des flammes de dix mètres de haut. »

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vendredi 26 août 2011

« Botzaris36 » interpelle les candidats

Ils ne lâchent rien, surtout pas leur clavier. Le Collectif Botzaris36 continue sa web campagne pour trouver des solutions décentes à la trentaine de migrants tunisiens contraints de dormir dans le parc des Buttes Chaumont (Paris 19e) depuis leur expulsion du 36 rue Botzaris, le 16 juin dernier (lire ici et ici). Si certains ont réussi à trouver des solutions un peu moins précaires, une dizaine dorment encore dans le parc.

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vendredi 15 juillet 2011

Le mystère des archives du 36 rue Botzaris

Le 36, rue Botzaris, à ParisC’est une villa cossue en face du parc des Buttes-Chaumont, dans le 19e arrondissement de Paris. Un bâtiment en pierre de deux étages, aux fenêtres grillagées, qui accueillait officiellement jusqu’en janvier dernier un « centre culturel tunisien ». Derrière ses volets fermés, se trouvait en réalité le siège du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le tout-puissant parti de l’ancien despote tunisien Zine el-Abidine Ben Ali. Aujourd’hui, le 36, rue Botzaris et ses archives très convoitées se retrouvent au coeur d’une affaire digne des romans d’espionnage.

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Du virtuel au réel, la solidarité s’organise pour les migrants de Botzaris36

On a souvent glosé sur l’égotisme des réseaux sociaux, cloîtrés dans leur monde virtuel. L’histoire du mot-clef (ou hashtag en langage Twitter) «Botzaris36» montre que les internautes peuvent passer de l’autre coté de l’écran et mouiller leur chemise. «Botzaris36» est créé sur le site de microblogging début juin, alors qu’une poignée de Tunisiens occupent ce bâtiment, siège du RCD en France. Dès leur expulsion des lieux, le 16 juin, une tweet-campagne se met en place pour venir en aide à la trentaine de migrants - dont au moins trois mineurs - condamnés à dormir dehors, dans le parc des Buttes-Chaumont.

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jeudi 23 juin 2011

Les « fantasmes sécuritaires » de l'Europe mettront-ils fin à la libre circulation ?

La France et l’Italie ont-elles anticipé le vote par le sommet européen aujourd’hui du rétablissement des contrôles aux frontières à l’intérieur de l’espace Schengen ? C’est ce qu’affirment deux associations, le Gisti et l’Anafé qui ont réalisé une mission d’observation à la frontière franco-italienne mi-avril.

La France et l’Italie sont alors dans une cynique partie de ping-pong avec les migrants tunisiens arrivés depuis quelques semaines sur l’île de Lampedusa. C’est à qui récupérera la patate chaude... Le 5 avril, l’Italie marque un point en annonçant la délivrance de titres de séjour « à titre humanitaire » aux « citoyens de pays d’Afrique du nord », leur permettant de se déplacer dans l’espace Schengen. Colère de la France, qui accuse l’Italie de ne pas avoir contrôlé efficacement ses frontières externes et établie des critères supplémentaires, notamment de ressources, pour franchir la frontière entre les deux pays.

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dimanche 29 mai 2011

De Tunis à Barbès, avec Hakim, sous les banderoles

©Frédéric Poussin
Hakim a des fourmis dans les jambes. Il sautille, avance vite, s’impatiente. Ce jeune tunisien, fraîchement débarqué en France, veut bien expliquer sa présence au milieu du défilé parisien, mais voudrait aussi rejoindre ses «copains» pour «manifester». De Barbès à République, samedi après-midi, le Collectif des Tunisiens de Lampedusa - comme ils se sont appelés - ne passe pas inaperçu dans le cortège. Slogans criés haut et fort, drapeaux sur la tête et dans les mains, chants révolutionnaires hurlés à tue tête... Les Tunisiens sont dans la place.

©Frédéric Poussin©Frédéric Poussin

©Frédéric Poussin ©Frédéric Poussin

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vendredi 27 mai 2011

Pour les migrants de Lampedusa : la mort, l'enfermement ou l'expulsion

Des tombes de migrants morts en mer, dans le cimetière de Lampedusa ©Marie Barbier
Dans le petit cimetière de Lampedusa, à côté des gigantesques caveaux italiens, douze croix sont plantées dans un carré de terre. De simples morceaux de bois, ornés de roses en plastique. « Ce sont des Tunisiens, explique une jeune femme toute de noire vêtue. Les Lampedusains ont mis les fleurs. » Les tombes indigentes et anonymes de douze migrants repêchés au large de l’île. Pour combien restés au fond de la Méditerranée ? Ils seraient 1200 morts en mer depuis janvier, d’après les estimations du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). 1200 corps engloutis par cette eau turquoise, qui hantent l’île comme des fantômes. Les touristes ont déserté les clubs de plongée, par peur de se retrouver face à leurs dépouilles.

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mardi 10 mai 2011

Au 51, avenue Simon Bolivar, les « flics se sont fait plaisir »

Devant le 100, rue de la Fontaine au roi
Devant le gymnase de la Fontaine-au-roi (Paris 11e), où plus d’une centaine de Tunisiens ont trouvé refuge depuis samedi, les visages sont tendus, les traits fatigués. Sur la porte, une affiche prévient : « Entrée interdite aux journalistes, policiers, partis politiques ». Parce qu’« ils ne disent pas la vérité » explique l’un des Tunisiens assis sur une chaise, sans que l’on sache vraiment de quelle catégorie il parle.

Les rumeurs circulent avec une liberté que leur envierait n’importe lequel de ces migrants. Celle du jour : des policiers, venus le matin même, leur auraient donné 24 heures pour quitter les lieux. A la mairie de Paris, on infirme cet ultimatum : « Les négociations sont en cours pour trouver une solution adaptée à chacun ».

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mercredi 4 mai 2011

Les Tunisiens du 19e violemment évacués

Devant le 51 avenue Simon Bolivar, hier ©Marie Barbier

Peu avant quatorze heures aujourd'hui, les forces de l’ordre sont intervenues au 51 avenue Simon Bolivar, dans le 19e arrondissement, pour évacuer les jeunes migrants tunisiens qui occupaient cet immeuble depuis lundi. « Il y avait un énorme dispositif de police, complètement disproportionné, raconte Omeyya Seddik, de la Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR) . Ils ont défoncé la porte et passé à tabac les Tunisiens et leurs soutiens. C’était très violent. »

Selon la préfecture de police, 148 personnes ont « été emmenées dans des commissariats pour des vérifications d’identité ». Leur sort devait être décidé à l’issue de ces vérifications. En fin d’après-midi hier, quelques soutiens avaient été libérés, mais on ne savait toujours pas ce qu’il allait advenir des Tunisiens arrêtés.

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« Les brûleurs de frontières, grands incompris de l’immigration »

Virginie Lydie Qui sont ces migrants tunisiens récemment arrivés en France ? Ni persécutés, ni miséreux, pourquoi quittent-ils leur pays ? Clandestins clochardisés ici, ils font figure d'aventuriers au Maghreb où on les appelle les harragas, ceux qui brûlent les frontières. Virginie Lydie les a rencontrés en Tunisie. Elle publie un ouvrage (1) très documenté sur ces grands incompris de l’immigration.

Qui sont ces harragas ?

Virginie Lydie. Des Maghrébins qui ont envie de faire quelque chose de leur vie. Des garçons, entre 15 et 30 ans. Ils ne peuvent pas avoir de visas, donc ils partent avec les moyens du bord, en bateau. Littéralement, « harragas » signifie « ceux qui brûlent » : les frontières, leurs papiers, leur identité et, parfois, leur vie lors d’un naufrage ou de longues années de clandestinité. Ces jeunes ne sont pas dans une logique suicidaire, mais ils sont tout de même prêts à mourir pour quitter la vie qu’ils mènent.

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vendredi 29 avril 2011

Traque et matraque pour les Tunisiens

Au square de la Villette, mercredi ©Pierre Pytkowicz

À Marseille, à Nice et à Paris, les arrestations massives de Tunisiens récemment arrivés en France se sont multipliées ces derniers jours. À Paris, après les arrestations de mardi soir, qui avaient vu une soixantaine de migrants placés en garde à vue pour «infraction à la législation au séjour» ; les interpellations se sont poursuivies mercredi soir, principalement dans le 19e arrondissement. L’opération s’est déroulée vers 21 heures porte de la Villette, alors que la Croix-Rouge procédait à une distribution de repas chauds. D’après Omeyya Seddik, administrateur de la Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR) cité par l’AFP, sur les 100 ou 200 «jeunes migrants» présents, «presque tout le monde» a été embarqué après avoir fini de manger.

L’avocate Samia Maktouf chiffre à une centaine le nombre d’interpellés juste pour la nuit de mercredi à jeudi. Certains auraient été libérés après s’être vu notifier des arrêtés préfectoraux de reconduites à la frontière (APRF) avant d’être relâchés. Un nombre indéterminé aurait été placés au centre de rétention administrative de Vincennes, dans l’attente de leur expulsion vers la Tunisie ou l’Italie. «C’est une situation complètement absurde, tonne l’avocate. Ils n’ont pas de laissez-passer consulaires parce que les autorités tunisiennes ont autre chose à faire, donc ils ne pourront pas être expulsés.»

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mercredi 27 avril 2011

A Paris, le jasmin a l'odeur des menottes

Mercredi, au square de la Porte de la Vilette ©Pierre Pytkowicz
« La police : le soir, le matin, tout le temps ! » Hier, dans le square de la porte de la Villette où plusieurs centaines de Tunisiens ont trouvé refuge depuis leur arrivée à Paris, les esprits étaient encore échauffés par les nombreuses arrestations des dernières heures.

Dans la nuit de mardi à mercredi, une soixantaine de personnes, en majorité des Tunisiens récemment arrivés en France, ont été placées en garde à vue à Paris et en Seine-Saint-Denis. L’opération policière, qui s’est déroulée dans les 10e, 18e, 19e et 20e arrondissements de Paris, avait pour « visée d’établir un diagnostic de (leur) situation » a osé expliquer la préfecture de police de Paris.

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«Paris et Rome sont dans une conjoncture de myopie politique»

Fabio LibertiAlors qu'un sommet franco-italien se tenait hier à Rome sur la question épineuse de l'immigration, entretien avec Fabio Liberti, directeur de recherche italien à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) à Paris.

Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi se sont prononcés hier en faveur d’un rétablissement des contrôles aux frontières dans l’espace Schengen. Cela signifie t-il la fin de ces accords ?

Fabio Liberti. Je ne crois pas à la fin de l’espace Schengen : quel dirigeant européen pourrait prendre la responsabilité de tuer ce qui symbolise l’esprit européen ? Les gouvernements français et italien sont dans une conjoncture de myopie politique : Berlusconi se sent obligé de ménager la Ligue du nord et Sarkozy a peur de se faire dépasser sur la droite par Marine Le Pen. Donc, on assiste à des prises de position assez démagogiques, comme cette nouvelle exception aux accords de Schengen. On a déjà assisté au rétablissement des frontières nationales, dans le cas d’événements sportifs ou de manifestations. Ces exceptions ont été prévues pour contrer les black-blocks et les hooligans. On ajoute une troisième catégorie de « méchants » : les migrants clandestins. Il faut rappeler que l’Italie est passée de quasiment zéro étranger dans les années 90 à quatre millions aujourd’hui. L’entrée de 25 000 migrants tunisiens ne représente donc pas un « tsunami humain », contrairement à ce qu’a dit Silvio Berlusconi.

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