"Nous jouons avec nos vies"
Par Marie Barbier le jeudi 12 novembre 2009, 07:00 - A Calais et Paris - Lien permanent
PORTRAIT. Un large sourire illumine son visage. Soutenu par de grands yeux noirs malicieux. Ahmed a quinze ans et un visage de poupon chinois. De la minorité ethnique des Hazaras, sa famille a fui l’Afghanistan en 2001 pour se réfugier au Pakistan. Il y a deux mois, il donne 5000 euros à un passeur pour rejoindre l’Europe. «C’est tout ce que j’ai pu payer, dit-il. Je savais que je jouerais avec ma vie».
De fait, son odyssée ressemble à un jeu de roulette russe. A la frontière irano-turque, il craint les gardes frontières qui «vous tirent dessus». Il rejoint la Grèce à bord d’une petite embarcation, de nuit, sans lumière et sur une mer démontée. «Autour de moi, beaucoup sont tombés à l’eau et sont morts». En Grèce, on le met dans un conteneur à bord d’un navire pour rejoindre l’Italie : deux jours et trois nuits sans pouvoir bouger, sans nourriture ni toilettes. «A l’arrivée, on a dû m’aider pour sortir, je ne pouvais plus bouger.»
Ahmed monte ensuite dans un train pour Paris, où il est arrivé il y a quatre jours. Sa première nuit dans la ville lumière, il la passe sous un pont du canal Saint-Martin sans manteau, ni couverture : «Je tremblais tellement de froid que je n’ai pas dormi». Depuis deux jours, Ahmed est pris en charge par une association qui lui paye l’hôtel.
Quand on lui demande s’il a peur des charters, Ahmed répond dans un sourire : «Nous avons tous très peur d’être déportés. Nous venons de pays dangereux où nous avons vendu toute notre vie pour payer le voyage. Nous avons joué nos vies pour venir ici.».