« On veut réprimer pour l'exemple »
Par Marie Barbier le jeudi 11 février 2010, 08:00 - Rétention et zones d'attente - Lien permanent
Un « simulacre » de justice, une « caricature », comparable au procès d'Outreau... Les avocats des incendiaires présumés du centre de rétention de Vincennes ont exprimé hier leur stupéfaction après les réquisitions du ministère public. Mardi, à la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris, le procureur de la République, Gilbert Flam, a requis de la prison ferme contre tous les prévenus (de six mois à trois ans selon le « degré d'implication »). Des peines extrêmement lourdes, justifiées selon le procureur par des faits et gestes clairement visibles sur les enregistrements des caméras de vidéosurveillance du centre de rétention administrative (CRA) au moment de son incendie le 22 juin 2008.
Dénonçant une « réquisition politique », les avocats de la défense continuent de répéter, comme il le font depuis le début du procès, qu'ils n'existent aucune preuve contre leurs clients. « Il n'y a aucun élément à charge, s'indigne l'avocate Mylène Stambouli. Les images (de la vidéosurveillance, NDLR) ne montrent rien, les policiers disent qu'ils n'ont rien vu. Nous en sommes exactement au même point qu'au début de l'instruction. On veut réprimer pour l'exemple, pour casser toute volonté de révolte. »
Les avocat se sont également étonnés que le procureur réclame dans son réquisitoire une expertise technique a postériori, alors que la défense n'a cessé de demander un complément d'information sur la rapidité avec laquelle le feu avait pu détruire ces deux bâtiments. Ayant claqué la porte de ce procès « inéquitable », les avocats n'ont pu répondre à ce réquisitoire. « Nous ne sommes pas là pour accompagner nos clients à l'échafaud » a conclu Irène Terrel, pour qui les dix accusés sont des « boucs émissaires ».
Le jugement a été mis en délibéré au 17 mars. La défense espère une relaxe et, dans le cas contraire, fera appel du jugement.
Article paru dans l'Humanité du 11 février