Stéphanie tente de calmer le jeu. Cette institutrice de 38 ans, est venue à la réunion parce qu’elle se sentait « concernée », elle a des enfants roms dans sa classe, souvent « très appliqués et attentifs », mais qui « parfois disparaissent du jour au lendemain ». « Il y a des nuisances pour les voisins proches, c’est évident, constate t-elle. C’est justement ça qu’il faudrait essayer de résoudre et c’est seulement par le dialogue qu’on avancera. »

Un dialogue qui parait presque impossible quand chacun campe ainsi sur ses positions. Un échec, cette première réunion ? Pas selon Bruno Piriou, ravi, au contraire, de ces débats. « Les Roms et les riverains ne se rencontrent jamais, donc ça fantasme : « ils salissent tout, ce ne sont presque pas des êtres humains, etc ». Ce soir on a gagné en considération humaine, les habitants de Moulin Galant ont rencontré des êtres humains et regardez, ça se cause ! ».

Deuxième objectif pour le conseiller général : trouver une solution pour que les Roms puissent quitter le campement insalubre dans lequel ils vivent depuis quatre ans. « Dans une ville où Serge Dassault peut dépenser des millions pour acheter des voix, on peut leur trouver un terrain » ironise l’élu, adversaire de l’avionneur richissime aux municipales de 2008. L’élection avait été annulée, tout comme la suivante et les Corbeil-essonnois attendent toujours la date d’un prochain vote.

Avec sa barbe poivre et sel et son verbe haut, Robert Nagy ne passe pas inaperçu au milieu de la place du Moulin Galant. « Vous savez pourquoi la mairie veut pas nous donner de poubelles ? demande t-il, sur le ton de la devinette. Comme ça, après, ils peuvent venir et dire : « Regardez la misère, regardez la saleté ». Tout cela n’est qu’un jeu. » La ville de Corbeil a saisi la justice pour obtenir l’expulsion du camp. Le jugement doit être rendu à la fin du mois.

Reportage photo : Guillaume Clément
Article publié dans l'Humanité du 2 septembre


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