Ils restent ici !
Par Marie Barbier le mardi 29 juin 2010, 08:30 - Travailleurs en lutte - Lien permanent
Ne restent plus que
les « queues de comète », comme les appelle joliment Francine Blanche.
« Samedi matin, nous avons appelé officiellement à la levée des piquets de
grève, précise la secrétaire confédérale CGT. Sauf pour quelques-uns, qui
attendent des réponses plus précises ». Parmi eux, celui du Kremlin-Bicêtre
(Val-de-Marne), où quatre-vingt sans-papiers licenciés bloquaient encore hier
matin leur entreprise de nettoyage.
Les autres sont rentrés chez eux, enfin. Après huit mois de grève, d’occupations, dans la pluie, la neige et le vent et d’évacuations musclées à coup de gaz lacrymogène, les 6700 grévistes ont réussi à faire reculer le gouvernement. Le 18 juin 2010 restera comme un tournant dans la lutte des travailleurs sans papiers : en concédant des « ajustements » pour leur régularisation, le ministère de l’Immigration a enfin reconnu leur droit à rester en France.
6769 dossiers doivent être déposés
Vient désormais le temps de « l’atterrissage », explique Francine Blanche.
Et celui de l’organisation. 6700 dossiers doivent être remplis et déposés en
quelques jours. Au ministère de l’Immigration aussi on se prépare :
responsables de préfectures et de directions départementales du travail étaient
reçus hier et aujourd’hui. Dès le dépôt de leur dossier, les grévistes
recevront une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de
travailler. En attendant, les listes des noms des grévistes ont été
communiquées aux ministères, qui ont reconnu leur « vocation à rester en
France ». Tout un symbole.
Il en aura fallu du chemin pour arriver à cette reconnaissance officielle. Près de quatre ans de lutte pour réussir à obtenir un texte clarifiant les critères de régularisation. « Ils triment sans trêve et sans papiers », titrait l’Humanité du 5 octobre 2006. Cent cinquante salariés de la blanchisserie Modelux à Chilly-Mazarin (Essonne) décidaient de se mettre en grève pour obtenir la régularisation de vingt-deux d’entre eux. « Jusqu’ici, les collectifs occupaient les parvis et les églises, c’est la première fois que des sans-papiers et leurs collègues se mettent en grève pour exiger des régularisations », explique alors Raymond Chauveau, de la CGT (lire ci-contre). En 2007, les sans papiers de Buffalo Grill, Metalcouleur et Fabio Lucci leur emboîtent le pas.
15 avril 2008 : lancement de la première vague
Le mouvement s’agrandit et s’organise. Le 15 avril 2008, la CGT et les
associations Droits devant !! et Femmes égalité lancent un mouvement inédit de
grèves et d’occupations qui touche tous les secteurs : restauration,
bâtiment, aide à la personne, nettoyage, etc. Partout, des travailleurs sans
papiers sortent de l’ombre. En se basant sur la loi Hortefeux de novembre 2007,
ils demandent leur régularisation par le travail. Mais les employeurs
rechignent à payer la taxe et à remplir les promesses d’embauche indispensables
au dépôt du dossier en préfecture. Après des mois d’occupation, 3000 grévistes
obtiennent leur carte de séjour « salariés ».
La première vague
s’achève, mais le mouvement, loin d’être fini, connaît un nouveau tournant. Le
12 octobre 2009, onze associations et syndicats lancent l’acte II du mouvement.
Les régularisations obtenues en 2008 dépendent trop de l’arbitraire
préfectoral. Les grévistes réclament une circulaire qui établisse des
« critères clairs ». Désormais, ce ne sont pas avec les employeurs que les
sans-papiers vont devoir négocier, mais directement avec le gouvernement. Dans
toute l’Ile-de-France, les piquets de grève se multiplient. Plus de 2000
entreprises sont touchées par le mouvement, auquel participent plus 6700
grévistes. Le 24 novembre 2009, le ministre de l’Immigration publie un guide de
bonnes pratiques à l’usage des préfectures. Insuffisant et flou, jugent les
grévistes. Le mouvement continue.
Soutien des organisations patronales
Le collectif des cinéastes pour les sans papiers réalise un court métrage, projeté dans plus de 400 salles en France. Outre le soutien des artistes, les sans-papiers peuvent compter sur celui, moins attendu, des organisations patronales. Le 8 mars, le mouvement patronal Ethic, la CGPME et le syndicat national des activités de déchets lancent un appel en faveur de l’ouverture d’une discussion tripartite. Refus du gouvernement qui, pour seule réponse, évacue le piquet symbolique de la rue du regard.
Montrant une détermination hors du commun, les travailleurs sans papiers décident alors l’ultime action : leur prise de la Bastille. Pendant deux semaines, le « piquet des piquets », comme ils l’appellent, tiendra devant l’Opéra national de Paris. Et l’évacuation des grévistes par les forces de l’ordre le 3 juin à l’aube n’y changera rien. Quelques heures plus tard, les lieux étaient de nouveaux occupés. Comme pour démontrer jusqu’au bout la véracité de leur slogan adopté voilà plus de deux ans : « On bosse ici, on vit ici, on reste ici ».
Article paru dans l'Humanité du 29 juin 2010
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Commentaires
Quel beau combat ! qui finit par une victoire. La guerre est loin d'être gagné mais c'est une belle demonstration de lutte, qui met de l'espoir plein les yeux. La lutte ça marche, il faut le dire et le redire encore.