Les travailleuses de Manet dans le flou
Par Marie Barbier le jeudi 18 décembre 2008, 12:51 - Sans-papières - Lien permanent
REPORTAGE. Le Byzance n’a jamais aussi mal porté son nom. C’est dans ce petit troquet du 11e arrondissement que les travailleuses sans papiers de l’entreprise Manet, accompagnées de quelques soutiens, se sont réfugiées hier après-midi. Pluie oblige. Il n’y a pas que la météo qui fait la gueule. L’ambiance est sinistre. Et pour cause : après sept longs mois de grève et d’occupation, jour et nuit, des locaux de leur entreprise de nettoyage, et l’obtention de papiers pour sept des huit grévistes, les voilà revenues à la case départ.
Dans le protocole de fin de conflit, négocié hier après-midi, leur employeur refuse en effet de les réembaucher à temps plein. Évoquant des "difficultés économiques liées à la crise", il propose six contrats à temps partiel et seulement deux à temps plein. « Il revient sur ses positions, puisqu’il s’était engagé à les reprendre à temps plein, explique Olivier Villeret, de la CGT. Maintenant il laisse entendre qu’il aurait signé sous la pression. Un patron qui embauche des sans-papiers depuis des années et nous parle de pression, c’est un peu gonflé !"
Avant la grève, les huit grévistes étaient officiellement à temps partiel et payées comme tels, mais travaillaient en réalité à temps plein, comme femmes de ménage dans les hôtels de luxe de la capitale. Payées à la chambre, elles pouvaient travailler jusqu’à 35 heures par semaine pour un salaire de misère : de 200 à 400 euros par mois. "On s’est battues sept mois pour avoir des papiers, et au final, c’est comme si ça servait à rien, s’emporte Awa Doumbia. Il dit qu’il n’a pas de fric ? Mais il a pris l’argent pendant des années sur notre dos. Et maintenant, il faudrait recommencer comme avant ? Il est temps que cela - finisse."
En grève depuis le 23 mai, ces femmes sont épuisées. "On en peut plus, soupire Fanta Sidibé. On est à bout. Sept mois sans travailler et sans revenu, c’est épuisant, physiquement et moralement." L’employeur le sait bien, qui joue la montre. Une énième conciliation est prévue au tribunal de Paris le 9 janvier. Si la situation est toujours bloquée, la CGT n’exclut pas d’aller jusqu’aux prud’hommes.
(Article paru dans L'Humanité le 18 décembre 2008)
Commentaires
je ne comprends pas! on ne dit rien sur les patrons?? QUE LEUR EST-IL ARRIVE DEPUIS AUX PATRONS DE CES HOTELS??