Au moment de l'embarquemement, la police aux frontières distribue un tract déclinant les peines encourrues en cas d'opposition à l'expulsion d'un clandestin... Ambiance. Effectivement, à bord de l'avion, les passagers découvrent un «°Africain, menotté, entouré de six policiers en civil. L'homme était très clame, très digne°» se souvient Pierre Lauret, l'un des philosophes. L'organisateur du colloque, assis à l'avant du porteur, est trop loin pour intervenir. Mais les trois autres philosophes s'interrogent. A des degrés divers, ce sont tous des militants de la cause des sans-papiers, donc pas du genre à rester tranquillement assis quand on expulse dans le même avion qu'eux... "On a simplement posé des questions. Ca a attiré l'attention des passagers, pratiquement tous des Africains, qui ont commencé à s'indigner, raconte Pierre Lauret. On n'a lancé aucun slogan. Le feu a pris tout seul, mais est vite retombé. Un quart d'heure après, tout le monde était assis".

C'est alors que le commandant de bord se rend à la place de Pierre Lauret et lui ordonne de débarquer. Après le refus de celui-ci, il est embarqué manu militari par une escorte de policiers en uniformes, qui le plaque à terre et le menotte. "J'ai été jeté dans une camionnette, le visage en sang, puis mis en garde à vue où je suis resté six heures". Libéré à 20 heures, il est inculpé d'opposition à une mesure de reconduite à la frontière et d'entrave à la circulation d'un aéronef et convoqué au tribunal de Bobigny pour une procédure de plaider-coupable le 4 mars.

Et ce n'est pas tout. Hier, au retour du vol de Kinshasa, les deux autres philosophes, Sophie Foch-Rémusat et Yves Cusset, ont été appréhendé par la police à leur descente d'avion et placés à leur tour en garde à vue. Ils ont été libéré le soir, après onze heures au poste. Sidéré, Pierre Lauret tenait surtout à dénoncer le rôle de la compagnie aérienne : "Tout cela signifie que l'équipage a informé la police de leur noms et de leur date de retour. Air France, en la personne du commandant de bord, les a livré pieds et mains liés".

Article paru dans L'Humanité le 23 décembre 2008