Les Oubliés de Saint-Paul se rappellent au bon souvenir du préfet
Par Marie Barbier le mercredi 24 décembre 2008, 07:00 - Lien permanent

REPORTAGE. "On est là pour faire porte voix, comme d’habitude. Ca attire les télés". Josiane Balasko, devant l’église Saint-Paul de Nanterre (Hauts de Seine), martèle son message face aux caméras : « Nous demandons au préfet la régularisation de ces 58 hommes, femmes et enfants. Il est normal qu’ils puissent vivre normalement dans notre pays ». Hier matin, des personnalités du monde artistiques et politiques ont apporté leur soutien au collectif des Oubliés de Saint-Paul, qui exigent depuis huit longs mois leur régularisation.
Tout
commence le 28 avril 2008 : à l’appel du comité des sans-papiers des Hauts
de Seine (CSP 92), 458 sans-papiers investissent les locaux paroissiaux de
Saint-Paul. Après des mois de lutte, le compte n’y est pas : soixante sont
convoqués en préfecture et trente seulement obtiennent leur régularisation. A
la fin du mois de juillet, le mouvement se termine dans le flou. Mais 58
irréductibles se constituent alors en collectif : les Oubliés de
Saint-Paul. Et continuent l’occupation. Fin novembre, le préfet demande
l’évacuation, promettant l’examen des dossiers en contre partie. Un campement
de fortune est alors installé devant l’église. « On n’a fait tout ce qu’on
nous a demandé, mais le préfet demande une évacuation totale du parvis, dénonce
Kébé Adama, porte parole du collectif. On n’en peut plus. Depuis le 29
novembre, nous sommes dehors, dans le froid glacial. La situation est grave, on
ne sait plus quoi faire.»
Aux cotés
des associations et des soutiens, les partis politiques de gauche sont presque
au complet : PCF, Verts, PS et LCR-NPA. « C’est une situation humaine
désastreuse, s’inquiète Brigitte Gonthier-Maurin, sénatrice communiste qui
tient à rappeler que « derrière le drame il y a une politique »,
notamment celle de « la présidence française de l'Union Européenne (qui)
s'achève sur un triste bilan du point de vue des droits de l'homme, avec le
pacte d’immigration et d’asile, et donc l'immigration choisie ».
A la mi-journée, le rassemblement s’est transformé en manifestation. Une centaine de personnes se sont dirigées vers la préfecture, où une délégation (dont Josiane Balasko et Olivier Besancenot) a été reçue. Après une heure quinze de discussions, Richard Moyon, du Réseau éducation sans frontières, saluait quelques avancées : « Le préfet a proposé de délivrer des convocations pour tout le monde aux alentours du 15 janvier et s’est engagé à ce que tous les dossiers soient examinés avec bienveillance - mais pas sur la régularisation. En contre partie, le collectif doit évacuer les abords de l’église d’ici la mi-janvier ». Les 35 sans papiers actuellement à la rue seraient alors relogés. Les Oubliés de Saint-Paul devaient se réunir hier afin de décider collectivement quelles réponses donner à ces propositions.
(Article paru dans L'Humanité du 24
décembre)
Reportage photo : Pierre Trovel