Paradoxalement, ses ennuis commencent avec l'élection prud'homale du 3 décembre dernier. Bengaly reçoit une carte d'électeur. Il se rend à l'Union locale de la CGT du 12e arrondissement de Paris pour se renseigner sur ce vote. L'homme connaît bien le syndicat : sa femme, Fanta Sidibé est l'une des travailleuses de Manet en grève depuis le 23 mai pour leur régularisation. Bengaly souhaite lui aussi obtenir sa régularisation par le travail. "On a procédé comme à chaque fois, se souvient Monique Muller du syndicat. La loi demande une promesse d'embauche, il faut donc que le salarié avoue à son employeur qu'il est en situation irrégulière."

A partir de là, les versions différent. Roland Collet, PDG de SNGST nie catégoriquement avoir prévenu la police. Le responsable des ressources humaines de l'entreprise assure que des agents de la préfecture menaient une enquête depuis plusieurs mois sur ce salarié°: "Ils sont venus plusieurs fois, la première pour demander des renseignements, ensuite pour vérifier certaines choses dans son dossier".

L'intéressé affirme avoir été convoqué au siège, avenue Daumesnil, à 9 heures du matin, être resté dix minutes dans le bureau du DRH avant que celui-ci ne lui dise°: "Vous pouvez voir avec la police pour des informations complémentaires", en lui désignant les agents de la préfecture en civil attendant dans le hall de l'entreprise. Une version qui pourrait être confirmée par une source policière, selon laquelle il y a "forcément eu collaboration entre l'employeur et la police puisque le premier a signalé les faux documents à la préfecture". Autant d'élément qui suscitent d'ores et déjà des inquiétudes. "La répression s'organise, déplore Olivier Villeret, de la CGT. Ca ne peut pas être un hasard que la police ait demandé au patron de convoquer son employé pour l'arrêter". Bengaly Coulibaly est actuellement retenu au centre de rétention du Mesnil-Amelot où il fait l'objet d'un arrêté de reconduite à la frontière.

Article paru dans l'Humanité du 8 janvier