Alfa services, la lutte continue sur le trottoir
Par Marie Barbier le lundi 19 janvier 2009, 07:24 - Travailleurs en lutte - Lien permanent
La mauvaise nouvelle est tombée vendredi : les grévistes sans-papiers d'Alfa services au Bourget (Seine-Saint-Denis) ont reçu la notification du jugement du tribunal de Bobigny : ils ont vingt-quatre heures pour évacuer les locaux de l'entreprise qu'ils occupent pour demander leur régularisation. "Nous n'avons pas l'intention d'aller à l'affrontement avec les forces de l'ordre, indiquait hier leur porte-parole Abdoul N'Diaye. Il est fort probable que lundi matin, nous évacuions les locaux". La solution de repli envisagée serait de camper sur le trottoir en face de l'entreprise, comme l'ont fait les grévistes de Griallet à Montreuil.
Le 16 juin, trente salariés de l'entreprise de nettoyage Alfa Services se mettaient en grève pour demander l'amélioration de leurs conditions de travail, des augmentations de salaires et leur régularisation. Le 28 août un protocole d'accord négocié avec les services de l'inspection du travail, était signé. Mais cet accord est resté lettre morte car l'employeur refuse d'acquitter la taxe d'environ 900 euros exigée pour les dossiers de régularisation. Sept mois après le début de la grève, aucune carte de séjour n'a donc été obtenue.
Une situation inacceptable pour les soutiens politiques et syndicaux des grévistes, réunis jeudi dernier à la bourse du travail de Bobigny. "Ces salariés sont pris en otage par un patron voyou, dénonce Thierry Dumez, responsable de la CGT 93. L'État a un rôle à jouer pour que cet employeur respecte la loi". Le syndicat a demandé à l'Etat "de faire contrôler les embauches supplémentaires" réalisées par la PME depuis juin. D'après les grévistes, il s'agit encore de sans-papiers. La sénatrice communiste Éliane Assassi a dénoncé "une justice à deux vitesses" avec "un patron qui n'applique pas le droit, n'est pas poursuivi et obtient leur expulsion". Pour Daniel Golberg, "ce conflit est exemplaire, avec des sans-papiers qui ont toujours fait preuve de sang-froid et joué la carte de la négociation". Le député socialiste a convié les grévistes à une rencontre avec les députés de Seine-Saint-Denis à l'Assemblée nationale, le 21 janvier. En attendant, la notification du jugement d'expulsion est un coup dur : "Trop, c'est trop, nous avons assez souffert, dénonce Abdoul N'Diaye. Est-ce qu'il y a une justice dans ce pays ?"
Article paru dans l'Humanité du 19 janvier 2009