Dans le 12e arrondissement, l'agence Védiorbis est occupée par dix-sept grévistes depuis le 30 septembre. Quelques matelas installés au sous-sol font office de chambre à coucher. Ils travaillent dans la restauration, le bâtiment, le nettoyage. Tous depuis plusieurs années, alors que la législation limite à dix-mois les contrats intérimaires. "Les boites d'intérim ont clairement profité de leur situation de sans-papiers, dénonce Yannick Poulain. Le Prisme (le Medef de l'intérim, NDLR), doit exiger de ses adhérents l'ouverture des négociations. Nous sommes au point mort sur plusieurs sites."


Les grévistes, remontés à bloc, tiennent à dénoncer l'hypocrisie du système : "Il faut que les gens sachent, s'énerve Lamba, intérimaire chez Adecco depuis cinq ans. Aujourd'hui encore, les agences embauchent des sans-papiers. Certains y travaillent depuis quinze ans°! Moi je travaille depuis des années en France, je paie des impôts et je n'ai jamais touché le chômage. Quand je vais chez le médecin je paie en liquide, alors que je cotise à la sécu. Et après on dit que c'est le pays des droits de l'homme...". Ce Malien de 38 ans, en France depuis neuf ans, assure que des milliers de sans-papiers travaillent pour Adecco, mais «°ont trop peur de se mettre en grève". Sadji, intérimaire chez Triangle, confirme : "Un jour le patron m'a appelé. On est allé dans les toilettes, il m'a dit "Je sais que tu as des faux papiers, si tu peux prendre ceux de ton frère...". J'étais déclaré sous un nom et payé sous un autre." Pour l'instant, un seul d'entre eux a obtenu de l'employeur qu'il signe les certificats nécessaires pour déposer son dossier en préfecture.

Article paru dans l'Humanité du 28 janvier

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