Les intérimaires, dans "le fond de la poubelle"
Par Marie Barbier le mercredi 28 janvier 2009, 09:38 - Travailleurs en lutte - Lien permanent

REPORTAGE. "Dans l'intérim, on a vraiment touché le fond de la poubelle" soupire Yannick Poulain, secrétaire général de l'Union syndicale de l'intérim CGT. Les intérimaires sans-papiers ont rejoint le mouvement en juin, non sans difficulté : le gouvernement a d'abord farouchement refusé de les prendre en compte, estimant qu'il fallait être en CDI pour prétendre à la régularisation par le travail. Depuis la mi-décembre et la définition de nouveaux critères, les intérimaires peuvent enfin déposer leur dossier en préfecture. Un soulagement pour les sans-papiers qui occupent les agences parisiennes : Perfect Interim, Man BTP, Manpower...
Dans le 12e arrondissement, l'agence Védiorbis est occupée par dix-sept grévistes depuis le 30 septembre. Quelques matelas installés au sous-sol font office de chambre à coucher. Ils travaillent dans la restauration, le bâtiment, le nettoyage. Tous depuis plusieurs années, alors que la législation limite à dix-mois les contrats intérimaires. "Les boites d'intérim ont clairement profité de leur situation de sans-papiers, dénonce Yannick Poulain. Le Prisme (le Medef de l'intérim, NDLR), doit exiger de ses adhérents l'ouverture des négociations. Nous sommes au point mort sur plusieurs sites."

Les grévistes, remontés à bloc, tiennent à dénoncer l'hypocrisie du système : "Il faut que les gens sachent, s'énerve Lamba, intérimaire chez Adecco depuis cinq ans. Aujourd'hui encore, les agences embauchent des sans-papiers. Certains y travaillent depuis quinze ans°! Moi je travaille depuis des années en France, je paie des impôts et je n'ai jamais touché le chômage. Quand je vais chez le médecin je paie en liquide, alors que je cotise à la sécu. Et après on dit que c'est le pays des droits de l'homme...". Ce Malien de 38 ans, en France depuis neuf ans, assure que des milliers de sans-papiers travaillent pour Adecco, mais «°ont trop peur de se mettre en grève". Sadji, intérimaire chez Triangle, confirme : "Un jour le patron m'a appelé. On est allé dans les toilettes, il m'a dit "Je sais que tu as des faux papiers, si tu peux prendre ceux de ton frère...". J'étais déclaré sous un nom et payé sous un autre." Pour l'instant, un seul d'entre eux a obtenu de l'employeur qu'il signe les certificats nécessaires pour déposer son dossier en préfecture.
Article paru dans l'Humanité du 28 janvier
Lire aussi :
Nouvelles occupations dans l'intérim