"Doit-on demander ses papiers à toute personne avant de lui parler ?"
Par Marie Barbier le lundi 2 février 2009, 07:00 - Solidarité - Lien permanent
"Madame, je vous écris pour vous alerter sur
certaines pratiques de la Police Aux Frontières." Magaly David, 24 ans,
"outrée", a saisi sa plume pour écrire à la ministre de l'intérieur, Michèle
Aliot-Marie. L'histoire remonte au 24 janvier, cette travailleuse sociale
parisienne se rend à Charleville-Mézières : "J'ai croisé sur le quai une
dame que j'ai connue dans le cadre de mes fonctions. Cette dame allait elle
aussi à Charleville chez des amis. Nous avons donc fait le trajet
ensemble".
Arrivées en gare de Charleville, les deux voyageuses voient se diriger vers elles des policiers en civil. La femme qui accompagne Magaly David n'a pas de carte de séjour, elle est interpellée. Le policier se tourne alors vers Magaly David : "Vous savez ce que vous encourez : aide au séjour illégal de personnes sans papiers". Direction le commissariat. Fouillée plusieurs fois, accompagnée aux toilettes, la jeune-femme attend deux heures avant qu'un officier de police judiciaire (OPJ) ne lui dise de partir. Elle sort du commissariat "gravement choquée" : "Qu'ai-je commis comme méfait ? J'ai discuté avec une dame que je connaissais dans un train !". Dans sa lettre ouverte, la travailleuse sociale interpelle la ministre : "Doit-on demander ses papiers à toute personne que l'on rencontre avant de lui parler ? Doit-on refuser de parler à toute personne sans titre de séjour sous peine d'être privée de liberté et menacée par un policier de se retrouver en prison ?". Et de conclure : "Aujourd'hui, j'ai été privée de liberté et de dignité (...) uniquement pour avoir parlé à une personne sans papiers, qu'en sera t-il demain ?".
Au commissariat de Charleville-Mézières, une source policière confirme que "Mme David a été interpellée en compagnie d'une ressortissante africaine" et qu'elle "aurait pu faire l'objet d'une procédure pour aide au séjour", mais l'OPJ n'a "pas jugé utile de la poursuivre".. Quid des fouilles et de l'accompagnement aux toilettes significatifs d'un placement en garde à vue ? Les forces de l'ordre démentent cette version des faits : "Elle est restée dans le hall du commissariat de manière non cœrcitive. A priori, nous ne sommes pas en tort". A priori... Magaly David a demandé une enquête sur ces agissements. Jusqu'à présent, elle n'a reçu aucune réponse à sa lettre à la ministre. A la direction générale de la police nationale, on reconnaissait hier qu'aucune procédure n'était en cours.
D'après Magaly David, la femme sans papiers qui l'accompagnait a été libérée elle aussi dans la journée : elle avait fait une "violente crise de nerfs" lorsque les policiers avaientt essayé de lui arracher son fils de deux ans et demi.