Ces enfants étrangers maltraités par la France
Par Marie Barbier le vendredi 6 février 2009, 07:00 - Enfants et jeunes majeurs - Lien permanent
Il y a ce bébé moldave de trois semaines
enfermé en centre de rétention sans endroit approprié ni eau chaude pour sa
toilette ; il y a Frida, Congolaise de 14 ans, qui a fui la prostitution
au Congo et a frôlé l'expulsion à cause de tests osseux qui la disaient
majeure ; il y a Ladji, nourisson malien brutalement sevré du jour au
lendemain parce sa mère est en garde à vue... Le rapport du Réseau éducation
sans frontières (RESF), remis mercredi 4 février au Comité des droits de
l'enfant de l'ONU, énumère les violations des droits des enfants étrangers
commis depuis 2005 par la France. Un inventaire à la Prévert. Version
trash.
Ces témoignages n'ont pas de "valeurs statistiques", précise RESF mais vocation à dire la "violence faites aux enfants et aux parents". "Les droits de l'enfant sont fréquemment bafoués dès lors qu'il s'agit de populations étrangères", dénonce le rapport pour qui "l'obligation de résultats chiffrés auxquels sont soumis les services préfectoraux et de police conduit à s'affranchir des règles de protection de l'enfance".
Ainsi, alors que l'enfermement des mineurs est interdit par les conventions internationales pour des affaires de droit au séjour, La France a enfermé, pour la seule année 2008, quelque 1050 enfants, dans les zones d'attente et les centres de rétention. En septembre 2005, une somalienne est enfermée avec son bébé de un mois sans qu'elle n'ait d'endroit où le laver dans le centre.
La liste est longue des familles brisées par la séparation de l'expulsion. Winnie, trois ans et demi, vivait seule avec sa maman. Lorsque celle-ci est arrêtée puis expulsée vers Madagascar, elle reste en France sans sa mère, avec un père qui ne peut s'occuper d'elle.
Si RESF reconnaît que les arrestations d'enfants à la sorties établissements scolaires se font plus rares depuis deux ans, il regrette qu'elles n'aient pas complètement disparu. En septembre 2007, Armen, 7 ans, quitte son école encadré de deux policiers en uniforme et en armes, au milieu des autres enfants et parents en pleine sortie des classes.
Autre problème : le processus de détermination de l'âge utilisé par la France qui impose des tests osseux à des jeunes étrangers. Lorsque ces derniers sont reconnus majeurs, ils deviennentt aussitôt expulsables.
Ces constats rejoignent ceux de la défenseure des enfants, qui remettait elle aussi son rapport au comité de l'ONU mercredi. "Un enfant n'a rien à faire en centre de rétention, confirmait hier Dominique Versini. C'est un lieu inadapté qui crée des souffrances psychiques, des troubles de la santé et du sommeil". Le gouvernement devra répondre à ces nombreuses critiques lors de son audition par le comité des droits de l'enfant de l'ONU en mai prochain.