Quand Besson régularise les travailleurs en lutte
Par Marie Barbier le jeudi 12 février 2009, 07:00 - Travailleurs en lutte - Lien permanent
REPORTAGE. Après 272 jours de grève, les travailleurs sans papiers d'Alfa Services voient enfin le bout du tunnel. Le 16 juin, ils étaient trente de cette société de nettoyage du Bourget (Seine-Saint-Denis), soutenus par la CGT, à se mettre en grève pour demander leur régularisation et l'amélioration de leur condition de travail. Huit mois plus tard, c'est le ministre de l'immigration lui-même qui propose une sortie de crise : "J'ai décidé de faire délivrer à ces 22 personnes dont l'embauche était prévue par le protocole de fin de conflit une autorisation provisoire de séjour avec autorisation provisoire de travailler d'une durée de trois mois" écrit Éric Besson dans une lettre envoyée mardi au député socialiste Daniel Goldberg.
Hier, les parlementaires de gauche qui recevaient les grévistes à l'Assemblée nationale, saluaient une "première victoire" obtenu après des mois de lutte et une très forte mobilisation politique, associative et syndicale. "Même Jean-Christophe Lagarde, député maire (Nouveau centre, NDLR) de Drancy les a soutenu" rappelle Daniel Goldberg. Pour la sénatrice communiste Éliane Assassi, ce n'est "pas un hasard si cette décision vient après la circulaire sur la délation" : "Eric Besson tente de mettre de l'eau sur les braises".
Les grévistes d'Alfa services restent eux méfiants. "Seuls 22 sur 30 sont concernés, souligne Abdoul N'Diaye. On ne va pas laisser tomber les huit derniers, on continuera la lutte, peut être sous d'autres formes." Pour les 22 concernés, une course contre la montre commence°: les autorisation de séjour n'étant pas renouvelables, ils ont trois mois pour trouver un emploi qui leur permettra d'obtenir une carte de séjour. Une gageure en temps de crise... "Nous enverrons des CV aux grands groupes du BTP qui sous-traitaient avec Alfa service", annonce Daniel Goldberg.
Dans sa missive, Éric Besson demande aussi au préfet de Seine-Saint-Denis de "mettre en œuvre (...) toutes les procédures administratives et pénales susceptibles d'être engagées à l'encontre du responsable de l'entreprise Alfa services". Des poursuites que les parlementaires ont promis hier de suivre de près. "Il n'est pas normal, dénonce Daniel Goldberg, que les seuls qui aient été punis par la justice soient les sans-papiers". Début janvier, le Tribunal de Bobigny avait en effet ordonné l'expulsion des grévistes qui occupaient Alfa Services. Depuis, les trente salariés dorment dans des tentes, sur le trottoir.
Article paru dans l'Humanité du 12 février 2009
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