La chasse aux sans-papiers ne connaît pas la crise
Par Marie Barbier le mardi 17 février 2009, 07:00 - Arrestations / Expulsions - Lien permanent
Une "histoire très moche". C'est ainsi que le Réseau éducation sans frontières (RESF) qualifie l'arrestation d'Ammar, près d'Angers (Maine et Loire). Ce Marocain vit en France avec sa femme et leurs deux fillettes : Amina, sept mois et Maria, trois ans et demi. C'est en déposant cette dernière à l'école, à la veille des vacances scolaires, qu'Ammar a été arrêté. Il est aujourd'hui enfermé, dans l'attente d'une possible expulsion.
Depuis quelques semaines, les "histoires très moches" se multiplient. Il y a Garba Sangaré, Malien de 50 ans, en France depuis dix-neuf ans, toujours en sursis après qu'Éric Besson a ajourné son expulsion (lire ici). A Paris, plusieurs pères de famille ont été sauvés in extremis de l'expulsion ces derniers jours, grâce à la forte mobilisation des professeurs et des élèves (lire ici).
Pour autant, les associations restent prudentes. Pas question, pour l'instant, de parler d'inflexion de la politique gouvernementale : l'ex-socialiste Éric Besson n'est ministre de l'Immigration que depuis le 15 janvier. "Les activités de la police ont un rythme cyclique, nuance Richard Moyon du RESF. Les périodes de calme relatif alternent avec l'accélération des arrestations". Trop tôt donc pour analyser la politique du nouveau ministre, d'autant que ce dernier brouille les pistes : "Éric Besson envoie des signaux contradictoires : d'un côté très inquiétants, comme celui sur la délation (une circulaire promet des papiers à ceux qui dénonceront leurs passeurs, lire ici), mais dans le même temps il assure, dans le Journal du dimanche, qu'il est contre les tests ADN. Comprenne qui pourra".
Même son de cloche à la Cimade (service œcuménique d'entraide), seule association présente à l'intérieur des centres de rétention. "En Ile-de-France, les centres fonctionnent toujours à plein régime. Ni plus, ni moins en ce moment", constate Caroline Larpin. Pourtant, l'association note des signes inquiétants, comme ces deux personnes en situation irrégulière arrêtées dans des Caisses d'assurance maladie. Une première. "Les fonctionnaires ont appelé la police, raconte Jérôme Martinez, responsable Ile-de-France de la Cimade. On ne sait pas s'il s'agit de consignes internes, mais ça peut devenir un vrai problème : les sans-papiers pourraient ne plus demander l'assurance médicale d'état à laquelle ils ont droit".
Dans les universités aussi, les associations sont sur le qui-vive. Le Réseau universités sans frontières a lancé une pétition pour que l'Université de Franche-Comté (UFC) cesse de contrôler les étudiants étrangers. Alors que la législation stipule que l'Université n'a pas à vérifier le titre de séjour pour une inscription, il figure dans les pièces obligatoires...
A Strasbourg, c'est devant la préfecture que les arrestations se multiplient. RESF en a compté quatre depuis le 19 janvier, dont une a débouché sur une reconduite à la frontière. Le réseau accuse les forces de l'ordre de profiter de la présence d'étrangers dans les files d'attente pour procéder à des interpellations. "Les chasseurs doivent ramener du gibier, ils vont le chercher où il se trouve" fulmine Richard Moyon.
Article paru dans l'Humanité du 17 février 2009