Le conflit s'enlise à Man BTP
Par Marie Barbier le jeudi 19 février 2009, 07:00 - Travailleurs en lutte - Lien permanent
REPORTAGE. "Qu'est ce qu'on veut ? Des papiers ! Pour qui ? Pour tous !" Pour la troisième fois depuis le début de leur grève, le 3 juillet dernier, les travailleurs sans-papiers de l'agence d'intérim Man BTP se sont rassemblés devant la fontaine Saint-Michel à Paris pour soutenir la délégation des porte-parole, élus, syndicats et associations reçue hier en préfecture. Les drapeaux roses de Solidaires flottent dans l'air, on danse et on chante pour se réchauffer :
Pour y croire aussi. Car le moment est historique : la délégation devait enfin connaître la décision finale du gouvernement quant au sort réservé aux 88 intérimaires en lutte depuis plus de huit mois (lire ici).
Déception après deux heures et demi de discussion : la rencontre ne s'est pas soldée par une décision finale, un prochain rendez-vous a été fixé début mars. "Le gouvernement traîne car il est tétanisé, dénonce Jean-Claude Amara de Droits devant. Il a une trouille bleue, en régularisant les Man BTP, d'ouvrir les vannes de la régularisation des intérimaires sans papiers." Pour Dante Bassino, du PCF 10e, "le gouvernement est gêné aux entournures. Il ne veut pas faire gagner une lutte, mais il aimerait bien aussi que ce piquet de grève disparaisse."
Car depuis plus de huit mois, les 88 sans-papiers de Man BTP ne passent pas inaperçus. Après l'occupation de l'agence pendant un mois, puis les tentes sur le trottoir jusqu'au 5 décembre, les 88 grévistes tiennent maintenant un piquet de grève en journée sur le boulevard magenta, dans la neige, le froid ou la pluie. "Ils sont impressionnants de détermination et de courage", lâche Dante Bassino. Un très large comité de soutien leur a apporté une aide morale et financière indispensable.
D'autant que jusqu'à présent, exceptées les trois cartes de séjour obtenues pour "Vie privée et familiale", aucune régularisation par le travail n'a été gagnée. Sur les 85 restants, 64, domiciliés à Paris, ont reçu une autorisation provisoire de séjour (APS) de 45 jours, sans autorisation de travailler. De quoi souffler un peu : "On n'a plus peur d'être contrôlé à la gare du Nord, explique Sy Djibi, leur porte-parole. Depuis le début du mouvement, quinze grévistes ont été arrêtés, certains même placés en centre de rétention." A chaque fois, la lutte a permis de les libérer.
Le problème est désormais de correspondre aux nombreux critères définis par le gouvernement : avoir travaillé 910 heures dans les 18 derniers mois et justifier cinq ans de présence sur le territoire. "On arrive à une cinquantaine de régularisés potentiels, comptabilise Jean-Claude Amara. Une quinzaine de dossiers devraient poser problème." La prochaine rencontre, prévue le 6 mars, doit régler ces différends. "Ce sera la dernière, promet Jean-Claude Amara. Si dans les dix jours qui viennent, on n'a pas de règlement, la tension pourrait remonter. A leurs risques et périls".
Photos et vidéo : Marie Barbier
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