"Lorsque vous ferez le compte, Monsieur le ministre..."
Par Marie Barbier le dimanche 8 mars 2009, 13:12 - Solidarité - Lien permanent
Sylviane Borie avait un ami : Ghani. "Avait" parce que ce musicien kabyle, en situation irrégulière en France, a été expulsé vers l'Algérie samedi matin et que Sylviane doute de le revoir un jour. Elle a donc saisi sa plume pour écrire à Eric Besson, ministre de l'Immigration. Une lettre dans laquelle elle ne demande pas la clémence, mais crie simplement sa colère et sa tristesse.
Ghani débarque en France le 11 septembre 2001. Comme de nombreux Kabyles, il fuit "les répressions et les morts jamais dénombrés d'un nouveau printemps berbère" explique Sylviane Borie. Il trouve rapidement du travail dans le BTP, non déclaré et continue à écrire ses chansons et à les jouer. Arrêté le 6 février à la porte de la Villette lors d'un simple contrôle de routine, il est placé en rétention au centre du Mesnil-Amelot. Sa demande d'asile politique est rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). A 14h30 vendredi, l'ambassade d'Algérie délivre le laissez-passer nécessaire à son expulsion. Son avion décollera samedi à huit heures. Il était venu en France pour "chanter en liberté", dit Sylviane.
Lettre à Monsieur Eric Besson
Monsieur le ministre,
Aujourd’hui un ami s’en va, un ami que je ne reverrai sans doute pas.
Lorsque vous ferez le compte, monsieur le ministre de ceux que vous aurez humiliés, renvoyés ; que vous vanterez votre triste bilan d’hommes, de femmes, d’enfants pourchassés, arrêtés, menottés, effrayés et estampillés "pas bon pour la France" ; quand vous débattrez sur les plateaux télés de la nécessité d’appliquer des lois que vous dites républicaines, j’entendrai la voix de mon ami chanter "Liberté, Liberté" et je me demanderai combien de temps encore nous devrons supporter que vous sépariez des familles, des amis, des amants, que vous décidiez qui nous devons aimer, inviter, accepter ou tout simplement côtoyer.
Car vous ne concevez la vie ici que méritée.
Enfin n’oubliez pas qu’en face de chaque chiffre de votre sinistre comptabilité il y a un nom un prénom une vie et si cela ne vous concernait pas, je saurai bien moi y trouver Abdelghani, un ami qui aujourd’hui est parti contre son gré.
Le vide qu’il va laisser, à nous qu’un défaut de papier n’a ni effrayé ni rebuté, JAMAIS, monsieur le ministre, vous ne pourrez le JUSTIFIER.
Paris le 7 mars 2009
Sylviane Borie
Commentaires
Superbe lettre !
Merci Sylviane d'exprimer aussi bien cette colère que nous sommes nombreux à ressentir.
J'espère que vous avez déposer votre courrier sur le blogue de ce triste sire qu'est monsieur Besson.
Son comportement vérifie l'adage qui dit que "ceux qui retournent leur veste sont les pires"...
Amitiés à vous et à Abdelghani si c'est possible de lui transmettre.
Jean
Très belle lettre en effet, et bien sentie.
Des gens comme Ghani s'efforcent de reconstruire une vie ici, en France, nouent des liens, donnent de leur personne... et on les jette comme des indésirables. Comme si des gens comme lui étaient une menace... On croit rêver !