Condamnés pour avoir exploité des sans-papiers
Par Marie Barbier le samedi 14 mars 2009, 07:00 - Travailleurs en lutte - Lien permanent
C'est une première depuis le début du mouvement des travailleurs sans-papiers en avril dernier : jeudi, comparaissaient devant la 15e chambre correctionnelle du Tribunal de Bobigny Roger et Charly Kakou, gérants de Sanir-PLMT, poursuivis, entre autre, pour emploi d'un étranger non muni d'une autorisation de travail.
Face à eux, treize anciens salariés se sont constitués partie civile et réclament chacun 10 000 euros de dommages et intérêts. Pendant plusieurs mois, ces maliens sans-papiers ont occupé leur entreprise de terrassement et démolition à Pavillons-sous-bois (Seine-Saint-Denis) pour exiger leur régularisation et protester contre leurs conditions de travail. Ils racontaient alors (lire ici) manipuler l'amiante à mains nues, travailler dix heures par jour sans paiement des heures supplémentaires, ni vacances. Zola au XXIe siècle...
Dans le rôle du patron-voyou, Roger Kakou, se pose là. A 77 ans, cet homme trapu et ventripotent, a un casier judiciaire qui en dit long sur le personnage : neuf condamnations pour non respect des règles de sécurité et autre travail clandestin. Il a mis en place un maillage de sociétés dont aucune ne dépasse neuf salariés. "A partir de 10 salariés, la représentation syndicale est obligatoire, je voulais pas être embêté" explique le gérant, qui pouvait ainsi multiplier les CDD en passant ses salariés d'une société à l'autre.
Devant la cour, Roger Kakou endosse l'habit du patron sauveur de ceux qu'ils appellent, avec un paternalisme dégoulinant, ses "garçons". Il employait des salariés sans papiers ? "Humainement, je ne pouvais pas rompre leur contrat". Il leur louait une fortune des studios insalubres en prélevant directement le loyer sur les salaires ? "Ca leur rendait service". Les lettres de licenciement non datées signées par les salariés ? Rien de bien méchant. Et son avocat de le qualifier de "brave homme" grâce à qui "quatorze personnes sont sortis de la clandestinité"...
L'histoire racontée par la partie civile est toute autre. Pour Maître Gayat, "Roger Kakou a maintenu ces hommes dans un état de clandestinité sans qu'ils n'aient droit ni à la sécurité sociale, ni à l'assurance vieillesse". Un préjudice qui n'aura finalement pas été reconnu par la cour qui a octroyé aux parties civiles 40 euros de frais de justice par salarié.
Quant aux messieurs Kakou, ils ont tous les deux été déclarés coupables : trois mois de prison avec sursis et une amende de 3000 euros pour le fils, Charly. Son père ne devrait pas aller en prison, puisqu'il a été condamné à seize mois d'emprisonnement avec une période de mise à l'épreuve de dix-huit mois. La procureure avait pourtant requis de la prison ferme dénonçant un "vrai mode de fonctionnement".
A la sortie du tribunal, salve d'applaudissement pour les anciens grévistes sans-papiers. Déçus de n'avoir pas été reconnus victimes d'un préjudice, ils réfléchissent déjà aux prud'hommes.
Article paru dans l'Humanité du 14 mars
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