"Robocops" en grève chez KFC
Par Marie Barbier le mardi 24 mars 2009, 07:00 - Travailleurs en lutte - Lien permanent
REPORTAGE. "Par solidarité avec les sans-papiers en grève, allez manger au Mc Do !". Devant le restaurant KFC (Kentucky Fried Chicken), des grévistes interpellent les clients, tentant de leur faire rebrousser chemin. Certains acceptent d'aller s'alimenter ailleurs et signent la pétition. Quelques touristes vont jusqu'à se prendre en photo devant les drapeaux rouges de la CGT.
Depuis hier matin, trente-trois salariés de l'entreprise de restauration rapide sont en grève pour exiger leur régularisation. "Certains d'entre nous travaillent ici depuis dix ans, dénonce Boubacar Doucouré, Malien de 34 ans et porte-parole des grévistes. Ils savent très bien que nous n'avons pas de papiers, ils profitent de cette situation". Depuis quatre mois, la CGT tente de négocier avec la direction pour que celle-ci régularise ses salariés comme la loi le lui permet depuis la circulaire Hortefeux de janvier 2008. Peine perdue : "Le patron refuse de s'engager et a même commencé à les licencier un par un, dénonce Raymond Chauveau, de la CGT. Pourtant ces gars rentrent dans les critères de régularisation fixés par le gouvernement".
Les grévistes, la majorité en France depuis des années, dénoncent aussi des conditions de travail pénibles. "Le poulet mariné dans la farine crée des problèmes pulmonaires, explique Elmiad Kerkour, marocain de 35 ans. Et comme nous n'avons pas de papiers, si on prend un arrêt maladie, on n'est pas payés. On doit être des robocops". Elmiad travaille le soir à KFC pour financer sa thèse en physique. Il assure que des dizaines d'autres salariés sans-papiers travaillent pour KFC, mais ont "peur" de se mettre en grève.
En attendant, ce sont les salariés, "avec-papiers" qui se sont arrêtés de travailler, par "solidarité". "C'est inadmissible, la direction avait promis d'agir et n'a rien fait", s'insurge Leila, 24 ans, qui assure qu'elle subira des "représailles" pour s'être mise en grève : "Ils vont nous en faire baver, dès qu'on reprendra le boulot". D'autres salariés n'ont pas eu ce courage et continue à servir des clients, qui feignent d'ignorer les chants des grévistes au son du tambour : "on bosse ici, on vit ici, on reste ici !".
Article paru dans l'Humanité du 24 mars








Commentaires
on est ensemble,nous vivrons et vaincrons ensemble et perirons dans la dignite