Les familles, premières victimes de l'immigration choisie
Par Marie Barbier le vendredi 27 mars 2009, 07:00 - Lien permanent
Elle n'arrive pas à retenir ses larmes. Mais tient à raconter son histoire. Naomie Camara est le symbole de ces immigrés "subis" honnis par Nicolas Sarkozy : en France depuis plus de dix ans, elle est mariée, a quatre enfants nés à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) mais toujours pas de papiers. La jeune femme devrait pourtant bénéficier d'un titre de séjour "Vie privée et familiale". Mais ces derniers se raréfient depuis que Nicolas Sarkozy a fait de l'immigration choisie son credo en matière de politique migratoire. Objectif annoncé ? Porter l'immigration économique à 50 % du flux total d'entrées sur le territoire. Au détriment du droit à vivre en famille.
Conséquence directe de ce rééquilibrage, des personnes comme Naomie vivent dans une extrême précarité. "Nous sommes dans une situation dramatique, raconte-t-elle en pleurs. Mon employeur m'a licenciée quand il a découvert que je n'avais pas de papiers. Mes enfants sont scolarisés ici, je parle bien français, pourquoi ne me donnent-ils pas une carte pour raisons familiales ?". Originaire de Guinée Conakry, Naomie vit à Epinay-sur-Seine, en Seine-Saint-Denis. Un département où la population étrangère nombreuse (un habitant sur cinq est immigré) subit de plein fouet les lois répressives sur l'immigration. "Il y a eu un retard à l'allumage, souligne Jean-Michel Delarbre du Réseau éducation sans frontière (RESF) 93. Mais depuis quelques mois, la logique est la même qu'ailleurs : contrôles d'identité, interpellations et expulsions." Là aussi, les familles sont en première ligne : en février dernier, Pierre Lapointe, un père de famille de Drancy était "reconduit" en Haïti, laissant en France une compagne et une petite-fille... Un cas loin d'être isolé, selon RESF.
Comme sur le reste du territoire français, la logique de l'immigration choisie tourne à plein régime en Seine-Saint-Denis. "A la préfecture, certains fonctionnaires n'hésitent plus à déclarer ouvertement qu'ils ne délivrent plus de titre de séjour vie privée et familiale", s'indigne le militant qui regrette que les familles soient réorientées vers la carte de séjour "salarié", plus précaire, surtout en ces temps de crise économique.
Autres catégories dans le collimateur du gouvernement°: les jeunes majeurs et les couples mixtes, objets de toutes les suspicions. "Il arrive que les policiers entrent chez les gens la nuit pour vérifier qu'ils dorment dans le même lit, raconte Annabelle Hartane, du Collectif des Amoureux au ban public. Depuis le début de l'année, plus de vingt couples ont fait appel à nous sur le département."
Les associations de soutiens aux étrangers rappellent que l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, ratifié par la France, garantit pourtant que le "droit au respect de sa vie privée et familiale" et qu'il ne peut y avoir "ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit".
Article paru dans l'humanité du 27 mars
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