En quatre parties, Cette France-là dresse un réquisitoire minutieux. Le livre s'ouvre par quatre-vingt portraits de sans-papiers ayant fait l'objet d'une mesure d'éloignement, celle-ci n'ayant pas toujours été appliquée. Une deuxième partie s'efforce, dans de courts chapitres, de décrire les grands pans de la politique d'immigration actuelle°: l'hospitalité selon Nicolas Sarkozy, les objectifs du ministre, les évaluations de la police, l'aménagement des zones d'attente, le "délit de solidarité", etc.

Pour mettre en exergue le renforcement de l'autorité préfectorale, une nouveauté de la présidence Sarkozy, l'ouvrage dresse ensuite les portraits de vingt et un préfets. Tel Pierre de Bousquet de Florian, préfet des Hauts-de-Seine entre juillet 2007 et janvier 2009. Convoqué par Brice Hortefeux en septembre 2007 pour des performances laissant à désirer, cet ancien chef de la DST (services secrets) trouve la solution : dans une lettre interne, il demande à ses services de procéder à l'arrestation systématique des personnes en situation irrégulière qui se présenteront au guichet... Autre fonctionnaire zélé, Michel Gaudin, préfet de police de Paris, qui a mis en place un "tableau de bord stratégique" avec graphique hebdomadaire du nombre de reconduits à la frontières. Nicolas Sarkozy appelle cela "la culture du résultat"...

Enfin, une dernière partie s'interroge sur la cohérence de la politique migratoire française. A noter également, les annexes qui comprennent des documents rarement publiés, telle cette lettre du préfet de l'Oise condamnant les "opérations de parrainages" et menaçant leurs auteurs de poursuites judiciaires...Très dense, ce véritable document constitue une mine d'informations pour qui s'intéresse au sujet. Sobre, son écriture ne vise pas à créer l'émotion ou l'indignation mais à informer et analyser une politique qui se fait au nom de tous les citoyens. L'objectif des auteurs est clair : "inviter élus et électeurs à se demander si la politique menée par les premiers au nom des seconds mérite d'être soutenue, au risque d'en assumer la responsabilité historique".

Article paru dans l'Humanité du 3 avril

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