"Arrêtez-moi sinon je récidive"
Par Marie Barbier le mercredi 8 avril 2009, 17:35 - Solidarité - Lien permanent
REPORTAGE. Certains sont venus avec des menottes. D’autres avec des pancartes. "Je suis délinquant car j’aide les sans-papiers. Arrêtez-moi sinon je récidive". Tous abordent fièrement l’autocollant : "Aidant, je suis prêt à être poursuivi". Ils étaient 1100 selon la police, le double selon les organisateurs, hier à Paris en milieu de journée, venus se constituer symboliquement prisonniers pour avoir aidé des sans-papiers.
Pour
remplir les quotas définis par le ministère de l’Immigration, qui a déjà prévu
d’arrêter d’ici 2011, 5500 "aidants", associatifs, syndicalistes et politiques
s’étaient donné rendez-vous devant les palais de justice de plusieurs villes de
France à l’appel d’une cinquantaine d’associations. "Si la solidarité devient
un délit, nous demandons à être poursuivis pour ce délit" disent-ils dans une
pétition déjà signée par plus de 10 000 personnes sur le site internet www.delinquants-solidaires.org.
Les déclarations d’Eric Besson sur France Inter le matin même sont dans toutes les têtes. Interrogé sur le fameux article L.622-1 du code des étrangers qui punit de 5 ans de prison l’aide au séjour, le ministre de l’Immigration n’a pas hésité à multiplier les contre-vérités, affirmant qu’il s’agissait d’un "mythe" et que "tous ceux qui aident de bonne foi un étranger en situation irrégulière doivent savoir qu'ils ne risquent rien".
Eric Besson hier sur France Inter :
Pas de quoi rassurer les manifestants qui sont les mieux placés pour savoir ce qu’il en retourne réellement. "Le climat est délétère depuis plusieurs mois, dénonce Laurent Giovannoni de la Cimade. Il y a même des contrôles de police à proximité immédiate des centres d’accueil". Henri Leclerc, de la Ligue des droits de l’homme en perd son sang froid : "Comment Monsieur Besson ose t-il dire qu’il n’y a rien ? Qu’on ne nous dise pas que ce délit n’existe que pour les passeurs, il existe pour tout le monde".
Pour prouver à Eric Besson qu’ils ne sont pas des mystificateurs, les militants déjà poursuivis pour avoir aidé un sans papiers défilent sur la tribune improvisée: André Barthelemy, 72 ans, président d’Agir ensemble pour les droits de l’homme, condamné récemment à 1500 euros d’amende pour s’être opposé à une expulsion dans un avion ou encore Pierre Lauret, l’un des trois philosophes poursuivis pour "entrave à la circulation d’un aéronef".
Le scientifique Albert Jacquard, la socialiste Martine Aubry, le communiste Pierre Laurent et le chanteur Cali sont venus apporter leur soutien à l’initiative. Dans le silence, défilent ensuite un nombre interminable de personnes, déclarant haut et fort : "J’ai aidé et j’aiderai encore des sans-papiers. Je demande à être poursuivi pour ce délit de solidarité".
Mauvaise nouvelle dans cette journée de lutte mobilisations, la commission des Lois de l'Assemblée nationale a rejeté hier la proposition de loi socialiste visant à dépénaliser l’aide aux clandestins. Reste la proposition de loi de groupe communiste au sénat, à laquelle s’est ajoutée hier une nouvelle proposition du groupe des radicaux de gauche visant également à modifier l’article L.622-1 afin qu’il ne soit plus une menace pour les humanitaires.
Article paru dans l'Humanité du 9 avril
Lire aussi :
Quand la loi punit la solidarité
"Il faut abroger l'article L.622-1"
Les bénévoles visés par des quotas d'arrestations