Deux bénévoles de Calais vont poursuivre Eric Besson pour diffamation
Par Marie Barbier le vendredi 10 avril 2009, 10:12 - Solidarité - Lien permanent
Jean-Claude Lenoir et Charles Frammezelle, dit "Moustache", deux bénévoles qui viennent en aide aux migrants de Calais, nous ont confirmé hier qu'ils s'apprêtaient à porter plainte contre Éric Besson pour diffamation. Interrogé sur le "délit de solidarité" contre lequel une campagne associative et politique est actuellement menée, le ministre de l'Immigration avait déclaré mercredi matin sur France Inter : "Deux bénévoles humanitaires ont été condamnés avec dispense de peine en 65 ans pour être entrés dans la chaîne des passeurs : en clair, ils avaient transporté des fonds, pris de l'argent à des étrangers en situation irrégulière qu'ils avaient apporté à des passeurs".
Ces propos
visent directement les deux derniers condamnés sur la base de l'article
L.622-1 : Jean-Claude Lenoir, vice-président de l'association Salam, et
Charles Frammezelle, bénévole au collectif C Sur, poursuivis en 2003 pour "aide
au séjour irrégulier en bande organisée" et dispensés de peine. Mais pour
Jean-Claude Lenoir, la réalité est bien loin des accusations du ministre :
"A plusieurs reprises, je me suis porté caution à La Poste pour que des
migrants puissent retirer de petites sommes. Jamais on ne m'a dit que c'était
interdit." Cet argent aurait-il pu atterrir dans la poche de passeurs ?
"Ces migrants étaient demandeurs d'asile et ne cherchaient pas à passer en
Angleterre, répond l'enseignant de 57 ans. Ils sont d'ailleurs restés en
France. L'un travaille dans un restaurant à Paris, l'autre pour l'association
France Terre d'asile." Jean-Claude Lenoir, furieux, dénonce une
"désinformation" de la part d'un ministre qui "manipule l'opinion".
Même son de cloche chez
Moustache, éducateur de 49 ans, qui nous a annoncé qu'il se rendrait, dès ce
matin au commissariat pour porter plainte contre le ministre. "Je n'admets pas
ce qu'il dit, on n'a rien fait de mal. On a juste donné de l'argent à des
réfugiés, jamais à des passeurs". Le bénévole s'étonne surtout que le ministre
ne lui ait rien dit lors de son passage à Calais, en janvier dernier. "Son
administration m'a demandé de lui faire visiter la 'jungle' (les bois autour de
Calais où campent les migrants, NDLR). J'y ai emmené tout le monde, il aurait
pu me parler de visu...".
Article paru dans l'Humanité du 10 avril 2009
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