Réunie en conseil exceptionnel ce week-end, l'association œcuménique a décidé de porter l'affaire devant la justice, prolongeant ainsi la bataille judiciaire qui oppose les associations de défense des étrangers au ministère de l'Immigration depuis la publication du décret réformant l'aide juridique dans les CRA, le 22 août 2008. En octobre dernier, le tribunal administratif de Paris avait annulé le premier appel d'offres lancé par Brice Hortefeux, contraignant le ministre à revoir sa copie. D'ici la fin de la semaine, la Cimade va de nouveau saisir le tribunal administratif d'un référé précontractuel qui pourrait suspendre, dans un délai d'un mois, ce nouvel appel d'offres. Parallèlement, dix associations ont fait appel au conseil d'État, qui avait déjà refusé, en février dernier, d'annuler le décret en question. C'est donc sur "le fond" qu'est désormais attendue, le 15 mai prochain, la décision de la haute juridiction.

Outre le combat juridique, la Cimade dénonce une cabale politique contre une association "indépendante et critique". Depuis vingt-cinq ans, ses salariés et bénévoles étaient les seuls habilités à pénétrer dans les CRA pour apporter aux sans-papiers enfermés un soutien indispensable. En défendant les droits des étrangers et en témoignant des conditions d'enfermement, la Cimade était devenue un "caillou dans la chaussure" du gouvernement. "Ce contrepoids gêne dans le contexte des politiques migratoires française et européenne, explique Laurent Giovannoni, secrétaire général de l'association. Tout ce qui vient faire obstacle à l'expulsion des étrangers doit être réduit, voire supprimé".

Et pour prouver l'incohérence de l'appel d'offres, la Cimade a rendu publiques les lettres de refus du ministère sur quatre lots pour lesquels elle avait sous-missionné. En effet, la Cimade s'est vue attribuée les notes les plus basses en ce qui concerne la "compréhension des enjeux". Étonnant pour une association présente en rétention depuis un quart de siècle... En revanche, le mystérieux Collectif Respect, proche du ministère de l'Immigration et de l'UMP, totalement inconnu des associations sur le terrain, se voit gratifié d'un 18.5 sur 25 pour l'Outre-mer, où "la majorité des expulsions sont faites". Pour le responsable du service des étrangers retenus, Damien Nantes, ces choix sont "une caricature de la réforme conduite aujourd'hui".