La droite au chevet des sans-papiers
Par Marie Barbier le mardi 21 avril 2009, 18:01 - Rétention et zones d'attente - Lien permanent
ENQUÊTE. Le mystérieux Collectif Respect sera très prochainement chargé de l'aide aux étrangers dans les centres de rétention d'Outre-Mer.
Site internet en "réactualisation" depuis des semaines, rendez-vous annulés... Rencontrer des membres du Collectif Respect relève du parcours du combattant. Pour détendre l'atmosphère, le chargé de communication Didier Mouliom avait lancé : "Je ne suis pas de droite, je viens tous les ans à la fête de l'Huma". Rendez-vous est donc pris pour septembre prochain... En attendant, c'est avec Gaston Kelman, porte-parole du Collectif et par ailleurs auteur du best seller Je suis noir et je n'aime pas le manioc, que nous devions nous entretenir. Impossible de se retrouver au siège du collectif : l'écrivain ne sait pas où il se trouve. Le jour de l'entretien : interlocuteur et lieux sont changés. Finalement, ce sera Aliou Tapp, vice-président, dans un foyer de travailleurs africains. Le mystère s'épaissit...
"Un collectif fantôme"
Pas très rassurante, cette désorganisation quand on sait qu'à compter du 2 juin prochain, si le Conseil d'État n'annule pas la décision ministérielle, le Collectif Respect sera chargé de l'aide juridique aux étrangers retenus dans les centres de Guyane, Guadeloupe et Réunion. Ce mystérieux collectif, inconnu de tous, a remporté le lot numéro 5 de l'appel d'offres lancé par le ministère de l'Immigration. Mais sa présence suscite de fortes controverses. Ainsi, le Collectif migrants outre-mer (Mom) s'étonne "que la candidature de ce collectif fantôme ait été retenue alors qu'il n'a aucune action connue à destination des étrangers à son actif, ni manifestement aucune expertise dans ce secteur".
Les statuts du Collectif, déclaré en préfecture le 9 septembre 2002, ne nous éclairent pas davantage. Son objet ? "Réhabilitation du concept de respect sous toutes ses formes et lutte contre toutes les violences, physiques, morales ou autres". Tout un programme... Pas exactement dans le domaine de l'aide juridique aux étrangers. Son fondateur, Frédéric Bard, militant UMP, est depuis deux ans chargé de mission au ministère de l'Immigration. Joint par téléphone, il assure qu'il n'a plus aucun contact avec le collectif depuis ses nouvelles fonctions. C'est donc un pur hasard si, le 28 août 2008, six jours après la parution du décret gouvernemental ouvrant à la concurrence l'aide juridique dans les centres de rétention, le Collectif modifie ses statuts en préfecture. "Nouvel objet : informer les étrangers, les aider à exercer leurs droits."
"Le Pen mérite le respect"
"Qui reproche à la Cimade sa proximité avec la gauche, s'énerve Aliou Tapp quand on lui pose la question de sa proximité avec le gouvernement. Est-ce criminel d'être de droite ?" Ce juriste sénégalais de 42 ans, en France depuis douze ans, se dit du "parti des humains". Il est pour les tests ADN mais contre les quotas d'expulsions. Il parle de "partie faible" pour désigner les femmes et dit, de but en blanc : "Jean-Marie Le Pen mérite le respect". La politique d'enfermement des étrangers maintenus en rétention ? "Elle se justifie. Prétendre que toute personne, avec ou sans titre de séjour, a le droit d'entrer en France, ça signifie la disparition de la nation française".
Quant à éclaircir le mystère autour du collectif Respect, on n'y est pas encore... Le Collectif compte un nombre indéfini d'associations. Il est actuellement présidé par Jean Butshi, également président de la non moins mystérieuse "plateforme des associations congolaises" (Pacof). Pas de salarié, que des bénévoles. Leur activité ? "Depuis des années, nous fournissons gratuitement de l'aide juridique dans les foyers de travailleurs africains", explique le vice-président. Auront-ils les compétences juridiques pour aider les étrangers retenus ? Aliou Tapp assure que le collectif dispose d'une dizaine de juristes "bac + 5" prêts à intervenir dans les centres de l'Outre-Mer. D'ailleurs, le Collectif a récemment procédé à un "état des lieux par téléphone" (sic) de ces centres et a prévu de se rendre là-bas, très prochainement. Nous voilà rassurés, les sans-papiers d'Outre-Mer peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Le Collectif Respect veille.
Article paru dans l'humanité du 21 avril
Commentaires
Merci pour l'enquête... Ça semble mal parti en tout cas..
un très intéressant sujet a discuter on doit toujours faire des enquête de ce genre.