"Pour nous, c'est travailler plus pour gagner moins"
Par Marie Barbier le mardi 21 avril 2009, 11:14 - Travailleurs en lutte - Lien permanent
REPORTAGE. Le bâtiment est immense : 40 000 m2 de bureaux fraîchement construits, qui accueilleront bientôt les entreprises fuyant les prix exorbitants de la capitale. Un paquebot de verre en pleine zone industrielle de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) sur lequel œuvrent encore des dizaines d'ouvriers. Tout en bas, des hommes les interpellent : "Descendez, n'ayez pas peur !". Ce sont les travailleurs sans-papiers de l'entreprise Plus Net, en grève depuis six mois pour leur régularisation et l'amélioration de leurs conditions de travail. Ils sont venus dénoncer les promoteurs, comme Bouygues, qui emploient des sans-papiers sur leurs chantiers. "Évidemment, les gens de Bouygues assurent qu'en tant que maître d'ouvrage, ils n'étaient au courant de rien", soupire le député Jean-Pierre Brard, venu les soutenir.
Le 21 octobre 2008, 25 salariés de cette entreprise qui en compte quatre-vingt se mettent en grève. Rapidement, un premier problème se pose : la loi Hortefeux régularise les travailleurs à temps plein. Or ces salariés ont des contrats à temps partiel. "Ils sont déclarés 96 heures alors qu'ils travaillent 195 heures par mois", dénonce Richard Delumbee, de la CGT. Deuxième problème°: l'employeur refuse de s'acquitter de la taxe de 900 euros indispensable à la régularisation de ses employés. Depuis six mois, les demandes de négociations du syndicat sont toutes restées lettre morte. "Les grévistes ont même proposé de payer eux-même cette taxe, raconte Jean-Pierre Brard, le patron n'a pas voulu. Il a besoin d'esclaves. S'ils ont des papiers, ils deviennent des hommes libres."
Être un homme libre, Arouna Traoré en rêve. A 32 ans, ce Malien, arrivé en France en 2003, travaille depuis cinq ans pour Plus Net. Une entreprise de nettoyage ? Le jeune-homme sourit : "On nettoie au marteau piqueur !". Pour un salaire de 550 euros par mois, ces hommes font tout : démolition, construction, nettoyage, etc... Arouna égrène avec fierté la liste des chantiers sur lesquels il a travaillé : l'hôpital du Val-de-Grâce, qui a soigné Jacques Chirac, le restaurant Fouquet's où Nicolas Sarkozy aime à festoyer, etc. "Nous sommes des sans-papiers, lâche t-il. Pour nous, c'est travailler plus pour gagner moins. On cotise, on paie des impôts, mais on n'a pas le droit à la sécu, ni au chômage."
Tous comptent sur le rendez-vous prévu aujourd'hui à la Direction départementale du travail, entre employeur et salariés, pour faire avancer les négociations.



