Il est un peu moins de 22 heures quand la voiture officielle revient des pistes où elle a cueilli Taoufik à la sortie de l'avion. Cris de ses copains, larmes de sa famille d'accueil, applaudissements des militants et flashs des photographes assaillent le jeune lycéen dès qu'il passe la porte. Visiblement très ému, Taoufik n'est pas au bout de ses surprises. La petite troupe prend ensuite la direction du salon d'honneur, réservé aux personnalités, cadeau de Marie-Hélène Amiable, députée communiste des Hauts-de-Seine, pour son retour. Devant tout ce luxe, Richard Moyon du Réseau éducation sans frontières (RESF) ironise: "Puisque le mot est à la mode, voici les excuses de la République française à Taoufik El Madroussi !".

Le jeune lycéen, élève au lycée Louis Girard de Malakoff (Hauts-de-Seine) avait été expulsé en août dernier. Victime de la double peine, il avait été placé en centre de rétention à l'issu de ses quatre mois de prison pour une soirée trop arrosée. La mobilisation de ses professeurs et de ses camarades de lycée n'avait pu empêcher son retour forcé vers le Maroc. Une expulsion exceptionnelle par sa violence et l'acharnement des autorités. Le 22 août, une première tentative échoue : les militants du RESF ont convaincu les passagers de ne pas l'accepter sur le vol. Le lendemain, un médecin constatera des traces de strangulation sur Taoufik. Quatre jours plus tard, c'est par avion privé qu'il sera conduit à Montpellier, puis en bateau jusqu'au Maroc. Pendant 48 heures ses proches n'ont aucune nouvelle de lui.

Dès lors, ses professeurs et amis, réunis dans un comité de soutien, déploient une énergie considérable pour exiger son retour: manifestation, pétition, site internet. Tout est bon pour sensibiliser l'opinion au cas de ce jeune majeur sans-papiers qui doit passer son bac professionnel à la fin de l'année. Les professeurs du lycée Louis Girard organisent des cours par correspondance et vont même lui rendre visite plusieurs fois au Maroc. Elise Brutley en est à son cinquième voyage et se dit soulagée que ce soit le dernier : "A chaque fois les au-revoir étaient vraiment très durs". Mais la professeure garde les pieds sur terre: "Dès mardi ce sont les épreuves de bac blanc il va falloir bosser". Taoufik en a conscience, après avoir remercié chaleureusement tout le monde, s'être dit "heureux, heureux, vraiment heureux", il a affirmé que la première chose qu'il ferait serait de réviser.

Seule ombre au tableau de cette soirée festive, à sa descente d'avion, deux lieutenants de police ont remis à Taoufik une convocation pour un prélèvement d'empreinte génétique. Un test ADN : voilà donc le seul cadeau auquel aura pensé Eric Besson pour souhaiter la bienvenue à un jeune qui vient de perdre sept mois de sa vie à cause de la politique d'immigration actuelle.

Article paru dans l'Humanité du 22 avril 2009

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