« On savait que la lutte serait longue, peut-être six mois, mais un an… », soupire Soumaré. Arrivé en France il y a dix ans, ce Mauritanien de trente-cinq ans est embauché en CDI, avec de faux papiers, dans une entreprise de nettoyage. Impossible pour lui de profiter de l’article 40 de la loi Hortefeux qui permet la régularisation par le travail : « Je suis tout seul dans ma boîte, je ne peux pas me mettre en grève pour exiger une promesse d’embauche, explique-t-il. Mon patron me licencierait tout de suite. Ici beaucoup ont été licenciés. »

Dix-sept nationalités sont représentées parmi les 1 300 sans-papiers qui occupent la Bourse du travail. On compte quelques femmes, une centaine d’enfants, mais la grande majorité est constituée d’hommes seuls, travailleurs isolés dans leur entreprise. Après le début du mouvement de grèves et d’occupations, lancé par la CGT et Droits Devant ! !, le 15 avril 2008, ils décident d’investir la Bourse du travail, rue Charlot, près de la place de la République, pour mener une action collective qui puisse aboutir à leur régularisation. Mais un an après le début de leur action, les avancées sont minimes. Seulement une centaine ont obtenu des cartes de séjour.

Mardi dernier, pour la première fois, la Coordination des sans-papiers de Paris (CSP75) a été reçue au ministère de l’Immigration. Pour Cissoko, son porte-parole, la reconnaissance de la Coordination comme un interlocuteur valable est déjà une victoire. « Depuis un an, beaucoup d’entre nous ont été licenciés et remplacés par des sans-papiers au noir, dénonce Cissoko. On ne peut pas avoir de promesse d’embauche puisque nous sommes un ou deux par entreprise, donc la réponse doit être politique. » Une prochaine rencontre avec le cabinet d’Éric Besson est prévue à la mi-juin.

En attendant, les sans-papiers de la Bourse du travail restent très isolés. « Ils sont soutenus de très loin par les organisations politiques et associatives, regrette Vladimir Susanj, membre du comité Paris-Centre du Nouveau Parti anticapitaliste. Ce sont pourtant les travailleurs les plus précaires, les plus isolés dans de petites entreprises où il n’y a pas de représentation syndicale. Ils nous donnent une grande leçon de dignité et de combat. Ils demandent simplement à vivre dignement dans un pays qu’ils ont contribué à enrichir. » Et d’ajouter : « Nous sommes dans le foyer de la lutte organisée par et pour les sans-papiers pour leur régularisation. Il y a eu Saint-Bernard, Cachan, et aujourd’hui, il y a la Bourse du travail. »

A voir : jusqu’au 15 mai, l’exposition « Témoignages d’une lutte » présente les dessins et les photos de Laura Genz, Franck Vibert et Al Ollivier. Entrée libre à la Bourse du travail, 85, rue Charlot, Paris 3e.

Article paru dans l'Humanité du 2 mai 2009