Dans Zapi 3, salle d'attente de la France
Par Marie Barbier le mercredi 13 mai 2009, 07:00 - Rétention et zones d'attente - Lien permanent
REPORTAGE. Il a fallu envoyer trois demandes officielles et attendre des semaines pour que l'autorisation nous soit enfin accordée de pénétrer dans la zone d'attente de l'aéroport de Roissy Charles de Gaulle. Le jour dit, le capitaine de la police aux frontières (PAF), qui nous sert de guide, précise très sérieusement : "L'endroit n'a pas été nettoyé pour votre visite". Ouf !
Dans son rapport annuel rendu public le 6 mai, l'Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé) dénonce l'"inhumanité" du traitement des étrangers dans cette zone d'attente de l'aéroport de Roissy, insistant particulièrement sur le sort des mineurs. L'association assure notamment que "le non-respect des droits fondamentaux se constate chaque jour" dans ce lieu d'enfermement où les étrangers sont "souvent perdus et épuisés". Ses intervenants sont "confrontés à des demandeurs d'asile dont les droits sont bafoués, à des personnes malades qui ne reçoivent pas les traitements adéquats, à des personnes ayant fait l'objet de violences policières, à des séparations de famille, à des mineurs isolés qui se retrouvent perdus au milieu d'adultes...".
A quelques centaines de mètres de Roissy, voici donc Zapi 3, un bâtiment d'un étage entouré de grillages qui permet le maintient aux frontières d'étrangers soupçonnés d'irrégularités lors de leur entrée sur le territoire français. Ouvert en janvier 2001, cette Zone d'attente pour personnes en instance est la plus importante de France. Une unité de 53 fonctionnaires de la Police aux frontières (PAF) est chargée de la surveillance des 164 étrangers qui peuvent y être retenus pour une durée maximum de 20 jours. Comme en témoigne la présence d'une aire de jeux et de chambres familiales, les enfants sont soumis à la même procédure que les adultes. Il n'est pas rare que ces mineurs arrivent seuls : en 2008, pas moins de 973 mineurs isolés sont passés par ce bâtiment. Seuls ceux de moins de treize ans ont un statut à part et bénéficient de l'aide d'un administrateur ad hoc.
Les personnes retenues ici ont une "totale liberté de circulation à l'intérieur de la zone d'attente" ne cesse de répéter le capitaine de la PAF : des cabines téléphoniques sont mises à leur disposition (la Croix rouge leur délivre une carte de 50 unités à leur arrivée), une cantine fournit trois repas par jour à heures fixes. Et l'officier d'assurer : "On est davantage dans le régime hôtelier". Sous entendu, que dans celui d'une prison. Pourtant les hauts murs d'enceinte rappellent que les personnes retenues ici le sont sous la contrainte et que Zapi 3 se rapproche davantage du système carcéral que de la chambre d'hôte. Les hommes se rasent sous surveillance. Dehors, les réfugiés fument sous l'œil des caméras de vidéosurveillance.
Ce qui frappe à l'intérieur du bâtiment en forme de H c'est le sentiment d'ennui, de désœuvrement mêlés à une inquiétude lancinante. Dans les couloirs, devant les douches, les gens errent en attendant que la France statue sur leur sort. Il émane de ce lieu une sorte de torpeur, brisée régulièrement par les appels sonores des hauts parleurs qui égrènent régulièrement les noms de personnes convoquées.
Au rez-de-chaussée, un cabinet médical accueille les migrants. Trois médecins et trois infirmières, détachés de l'hôpital Ballenger de Paris, se partagent les soins. "Une grande partie de notre travail tient dans l'écoute psychologique, explique l'infirmière Ilda Teboul Saal. Ce n'est pas du tout la même population que dans les centres de rétention administrative (CRA)". Ces derniers concentrent les étrangers arrêtés en France avant qu'ils ne soient expulsés. Les zones d'attente sont elles un concentré des soubresauts du monde°: suivant les guerres et les crises, débarquent à Zapi 3 Tchétchènes, Somaliens, Palestiniens, Irakiens...
Tous n'ont qu'un seul mot à la bouche "asylum", asile en anglais. Ainsi, Hachim, irakien de 35 ans, a l'oreille recouverte d'un pansement. Coupée, dit-il par l'Islam. Arrivé en France il y a quatre jours et maintenu depuis en rétention, il souhaite rejoindre Amsterdam. Komlanvi, Ivoirien de 34 ans, a fui son pays où il était menacé de mort parce qu'opposant politique, il a demandé l'asile à la France. L'Office de protection des apatrides et des réfugiés (Ofpra) a quelques jours pour statuer sur sa demande. Ironie du sort, à quelques mètres, les avions passent et repassent sur le tarmac de Roissy, comme un pied de nez permanent à tous ces réfugiés désespérément enfermés.
Article publié dans l'Humanité du 13 mai 2009
Commentaires
j'ai fait partie des gents qui ont passé par le Zapi 3 en 2002, j'avais a l'époque 17 ans seulement et j'étais seul et traité comme un adulte et la seule chose qui différencie le zapi d'un prison ces que dans ce dernier on étaient femmes, hommes et enfants dans le même bâtiment