Les lycéens sans-papiers veulent que la loi change
Par Marie Barbier le jeudi 14 mai 2009, 07:00 - Enfants et jeunes majeurs - Lien permanent
REPORTAGE. Siabou Diagana ne rêve que d’une chose : travailler. Ce jeune malien de 20 ans ne devrait pourtant pas avoir de problème : il a obtenu son CAP de carreleur en juin dernier et il croule sous les promesses d’embauche. Mais Siabou, en France depuis ses 15 ans, n’a pas de papiers. Non seulement il risque l’expulsion à tout moment, mais travailler lui est aussi interdit. Cette année, en attendant la réponse de la préfecture, il passe un CAP peinture.
En janvier dernier, le Réseau éducation sans frontières (RESF) a lancé une campagne pour exiger un changement de loi qui permette la régularisation de ces jeunes majeurs sans-papiers. Une campagne parrainée par les chanteurs Cali et Clarika. Hier, des rassemblements festifs et revendicatifs étaient organisés à Lyon, Amiens, Montpellier ou encore Marseille. A Paris, ils étaient plusieurs centaines au métro Varennes.
Le lycée Jean Jaurès du 19e arrondissement de Paris où est scolarisé Siabou, était fortement mobilisé : une trentaine d’élèves avaient fait le déplacement. « Nous sommes un petit lycée professionnel qui compte 200 élèves, constate leur professeur d’anglais et de français Alex Adamopoulos. Depuis 2003, une vingtaine d’élèves sans-papiers se sont signalés à nous. Sans compter ceux qui n’osent pas. » S’il est impossible de connaitre le nombre exact de jeunes majeurs en situation irrégulière, ces chiffres donnent une idée de l’ampleur du phénomène. Sont concernés les jeunes arrivés en France après 13 ans. « Lorsqu’ils arrivent à leur majorité ils se retrouvent dans une situation dramatique, explique Pablo Krasnopolsky. C’est toujours la peur au ventre qu’ils vont de chez eux au lycée, et vice versa, les voyages scolaires ne sont pas pour eux. »
Plus que les expulsions qui restent assez rares, les associations dénoncent un entre-deux administratif qui rend le quotidien de ces jeunes invivable. « C’est une situation de ni-ni, explique Armelle Gardien de RESF. Ils ne sont ni expulsés, ni régularisés. Nous demandons la suspension immédiate des expulsions et un changement de loi. » Le réseau a écrit une lettre aux parlementaires pour obtenir leur soutien. Hier, une délégation de dix personnes, dont la sénatrice PCF Nicole Borvo, était reçue au ministère de l’Immigration par le chef de cabinet d’Eric Besson. « Les jeunes majeurs ont pu témoigner de leur vie au quotidien, raconte Armelle Gardien. Visiblement, le ministre a identifié le problème puisqu’on nous a annoncé la création d’un groupe de travail. » En attendant les conclusions de ces réfelxions prévues pour juillet, le ministère refuse de suspendre les expulsions de jeunes majeurs. Une mesure pourtant prise par Nicolas Sarkozy lorsqu’il était lui-même ministre.
Article paru dans l'Humanité du 14 mai 2009
Photos : Marie Barbier
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