Cauchemar à Disneyland
Par Marie Barbier le samedi 16 mai 2009, 07:00 - Solidarité - Lien permanent
Elle ne comprend pas bien ce qui lui arrive. Et lit d'une voix fébrile son interminable mise en examen : "Aide au séjour irrégulier d'étranger en bande organisée, fait prévu et réprimé par l'article L 622-1 et L.622-5". Puis "Travail dissimulé et emploi d'étranger sans titre de travail en bande organisée". "Ca veut dire quoi ? demande Lætitia. Je risque quoi ?". Le code de l'entrée et du séjour des étrangers (Ceseda) prévoit cinq ans de prison et 30 000 euros d'amende pour aide au séjour irrégulier. Si ce délit est commis en bande organisée - comme ici - ces peines montent jusqu'à 75 000 euros d'amende et dix ans d'emprisonnement. "Je suis carrément perdue là°, soupire la jeune femme. J'ai juste hébergé mon copain dont j'attend un enfant."
Lætitia n'a pas vu Welcome. Elle n'a pas entendu non plus les déclarations du ministre Éric Besson qui répète en boucle depuis la sortie du film de Philippe Lioret que "personne, en 65 ans, n'a jamais été condamné pour avoir simplement hébergé, donné à manger, transporté en auto-stop, un étranger en situation irrégulière" et que le délit de solidarité est un "mythe". La mise en examen de cette jeune femme est pourtant belle et bien réelle...
Lundi matin à l'aube, Lætitia et Jamal (1) ont vu débarquer chez eux policiers et gendarmes. Elle, enceinte de trois mois, est mise en garde à vue durant 48 heures ; lui, poursuivi pour escroquerie, est placé en détention provisoire à la prison de Villepinte (Seine-Saint-Denis). Jamal a 20 ans, il est indien et sans-papiers. Arrivé en France il y a quatre ans alors qu'il était encore mineur, il vend des petites tours Eiffel en plastique et des boules à neige devant Disneyland. Lætitia, 22 ans, était caissière en CDD, au chômage depuis octobre, elle passe ses journées avec lui à la sortie du parc d'attraction où ils se sont rencontrés il y a sept mois. "Ils appellent ça bande organisée mais il fait ça pour vivre, il n'escroque personne". Problème, les policiers lui ont montré des photos où il lui donne de l'argent, preuve, selon eux, de son statut d'employeur. Elle jure qu'il lui donnait de quoi aller faire des courses au supermarché voisin. En attendant sa date de jugement, Lætitia est sous contrôle judiciaire.
(1) Les prénoms ont été modifiés.
Article paru dans l'Humanité du 15 mai
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Délinquants de la solidarité