Mémo, la mémoire des migrants
Par Marie Barbier le lundi 18 mai 2009, 07:00 - Livres, films, musiques... - Lien permanent
C’était il y a huit ans, en 2001. Freddy Holleville, alias Mémo, passe par hasard à Calais (Pas-de-Calais). Le camp de la Croix-Rouge de Sangatte, qui vient en aide aux réfugiés de passage, tourne à plein régime. Il sera fermé quelques mois plus tard. Le chanteur est frappé par le quotidien de ces migrants « qui traversent l’autoroute en courant ». Que fuient-ils ? Pourquoi une telle traque ?
En voyant un couple sur un banc, il pense aux amoureux de Georges Brassens. De retour chez lui, il compose la chanson le Banc, où il raconte avec délicatesse, de sa voix grave et chaude, l’histoire d’amour d’un couple de migrants sur fond d’accordéon. Il chante : « Ils étaient assis sur ce banc, si proches qu’ils ne faisaient plus qu’un/Comme camouflés dans le présent, passagers d’un temps clandestin. » C’est là tout le talent de Mémo : un air entraînant, plein de poésie, pour raconter une situation inhumaine. Huit ans plus tard, alors que les migrants de Calais reviennent sous les feux des projecteurs grâce au film de Philippe Lioret, Welcome, Mémo a décidé d’aller plus loin. Le chanteur, qui a sorti Depuis toi (1), son premier album, en octobre 2008, va reverser 5 euros sur chacun de ses disques achetés au collectif C’Sur, qui vient en aide aux réfugiés de Calais.
Pour comprendre, le chanteur est retourné à Calais, où il a rencontré bénévoles et migrants. Il en est revenu bouleversé et la tête pleine d’images. Un vieux clochard français adopté par les réfugiés afghans qui l’accueillent, le nourrissent, le logent. Une mosquée de fortune entourée de fleurs. Un grand-père égyptien, prof de maths, démoralisé de ne pouvoir rejoindre son Angleterre rêvée. Dans la « jungle », campement de fortune des Afghans promis à la destruction par le ministre de l’Immigration, Éric Besson, Mémo garde le souvenir d’un jeune Afghan qui avait enfilé son plus beau costume, s’était rasé et coiffé pour leur offrir le thé dans sa cabane de bric et de broc. « Ils ont la rage de vivre, dit-il. Ces gens n’ont rien, mais ils ont gardé une dignité… Et ils ont toujours le sourire. »
L’argent reversé aux bénévoles servira à financer le plus urgent : nourriture, vêtements… « Ça ne va pas révolutionner la situation, concède Mémo. Mais si on peut permettre au moins de parler d’eux,de faire connaître leur situation, c’est déjà ça. » Samedi, à la Fête de l’Humanité de Montpellier, Mémo a commencé une tournée autour de cette campagne. Une exposition présentant la situation des migrants dans le Calaisis le suivra dans ses concerts. Apogée de cette tournée : un concert qui pourrait se tenir à Calais à la fin de l’année.
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