Tempête sur le Côte d'Azur
Par Marie Barbier le mardi 9 juin 2009, 07:00 - Travailleurs en lutte - Lien permanent
Le Côte d'Azur n'a jamais aussi mal porté son nom. Sous des trombes d'eau hier, la CGT organisait un rassemblement de solidarité avec les deux salariés sans-papiers en grève depuis le 30 avril. Mohamed-Ali Touré et Djadji Diawara, Maliens sans-papiers, travaillent dans ce restaurant du 10e arrondissement depuis trois ans pour le premier, dix mois pour le second. Comme cuisinier-plongeur et barman-serveur. Déclarés 43h33 par mois, ils disent travailler 10 heures par jour, six jours sur sept, sans congés payés pour 1200 euros par mois.
Ce genre d'exploitation n'est pas inconnue de la CGT qui, depuis le lancement du mouvement des travailleurs sans-papiers en avril 2008, en a vu d'autres. Mais ce qui trouble le syndicat ici, ce sont les forts soupçons d'accointances entre l'employeur et les forces de l'ordre. Le côte d'Azur, propriété de Samir Hamdy depuis 25 ans, se situe en face d'une annexe de la préfecture de police. "Sans parler de collusion, on se pose des questions, constate Olivier Villeret de la CGT. Ce patron a pignon sur rue et fait ce qu'il veut".
Exemple parmi d'autres racontés par le syndicat : le 27 mai, Mohamed-Ali Touré est arrêté à son domicile (une chambre de six mètres carré louée 400 euros par mois à son employeur). Dans la voiture de police, les policiers téléphonent : "Le pigeon est avec nous". Dix minutes plus tard, l'employeur du Cote d'Azur fait irruption dans la chambre où dort la compagne de Mohamed-Ali, une ivoirienne enceinte de sept mois prénommée Mouchia et l'expulse manu-militari. Dès le lendemain Mouchia porte plainte. Samir Hamdy est arrêté quelques jours plus tard, puis relâché.
Au fond de son restaurant désert, Samir Hamdy nie tout en bloque : l'embauche de salariés sans-papiers ? "Je ne savais pas qu'ils n'avaient pas de papiers, c'est la CGT qui me l'a appris". Il louait une fortune une mansarde misérable ? "J'ai juste permis l'accès à une chambre l'après-midi pour qu'il se repose°». Quant à la femme enceinte mise à la porte, c'est un "coup monté" : "Ce n'est pas sa femme, c'est la CGT qui la mise là pour apitoyer la police". Depuis le jour où elle a été expulsée de son logement, Mouchia est hospitalisée et Mohamed-Ali, menacé d'expulsion, dort dans le métro. La CGT demande leur régularisation ainsi que celle de Djadji Diawara. Contactée, la préfecture de police n'a pas souhaité faire de commentaires.
Article paru dans l'Humanité du 9 juin 2009



