Yazid Zarour, originaire de Petite Kabylie, est arrivé en France en 2002 avec une carte de séjour étudiant. Il est en situation irrégulière depuis la fin de ses études. N'a osé le dire à personne, assure Olivier. Ni à lui, à ses parents ou ses amis. Par honte. Sa demande de régularisation lui a été refusée. Pourtant son père possède une carte de résident en France depuis 1964... Le 3 février dernier, lorsque les forces de l'ordre débarquent chez Olivier pour embarquer Yazid c'est donc la stupeur générale. Trois jours plus tard, le tribunal administratif de Lyon annule l'arrêté préfectoral de reconduite à la frontière, considérant sa présence en France indispensable. Yazid obtient une autorisation de séjour jusqu'au 10 août, mais sans autorisation de travailler. "On croyait être tranquille, se souvient Olivier. Mais la préfecture a fait appel le 10 février." Contactée, la préfecture confirme l'appel mais ne souhaite pas s'exprimer sur une affaire qui "suit son cours".

A Echirolles, où habitent les deux hommes, cet appel du préfet scandalise. Dans une lettre ouverte Patrick Morel, le frère d'Olivier, s'interroge : "Comment justifier, autrement que par une « politique du chiffre", l'acharnement dont il est fait preuve à son égard pour l'expulser de France alors que son rôle et son utilité sociale sont criants". Un comité de soutien s'est constitué au lycée Marie Curie où travaille Olivier. La pétition a déjà été signée par 270 personnes. "C'est une double affaire, souligne François Auguste, vice-président de la région Rhône-Alpes qui soutient Yazid. Une nouvelle expulsion de sans-papiers, mais aussi une histoire de discrimination à l'égard d'un handicapé". La loi de 2005 énonce en effet le droit à la compensation des personnes handicapées en favorisant leur projet de vie. Ce qu'Olivier résume mieux que personne : "Quand on ne peut pas faire les choses soi-même, on devrait avoir le choix de la personne à qui on confie notre intimité".

Article paru dans l'Humanité du 11 juin 2009