Sorti de huit mois de détention provisoire le 10 juin dernier, Moïse refuse de rencontrer des journalistes avant la fin de l'instruction. "Il se repose, c'est moi qui gère" tranche sa femme, du ton de celle qui vient de récupérer son homme et entend bien le protéger. Fichu noir sur la tête, sourire franc, cette Française de 31 ans est du genre grande gueule et forte tête. "Mère kanak et père basque, du sang chaud toujours en combat", lâche Anaïs Mehault dans un éclat de rire. Son combat à elle ce sont ses sept enfants, quatre garçons et trois filles - l'aîné à douze ans et la petite dernière dix mois - tous du même père : Moïse Diakité, avec qui elle partage sa vie depuis dix-sept ans.

Lui quitte le Mali à 17 ans pour des "raisons économiques". Son parcours en France, depuis 1991, en dit long sur le durcissement des politiques migratoires. Jusqu'en 1997, il vit en situation irrégulière, sans être interpellé une seule fois. La préfecture lui accorde ensuite, au compte-gouttes, récépissés et cartes de séjour. En 2004, le couple se retrouve à la rue. Ils dérivent de chambres poussiéreuses en hôtels insalubres, avant d'atterrir dans un squat à Gennevilliers (Hauts-de-Seine). Sans hébergement, Moïse se retrouve sans-papiers, puis sans travail. En situation de grande précarité, les parents voient leurs enfants placés par les services sociaux pendant deux ans. Moïse multiplie les peines de prison de trois à six mois pour séjour irrégulier, outrage à agent ou usage de cannabis. Entre 2004 et l'été 2008, il est placé cinq fois en centre de rétention. Toujours relâché, il n'est pas pour autant régularisé.

Anaïs est formelle : "Mon mari n'a rien fait, ce n'est pas un criminel ». Elle étaye ses arguments : sachant qu'il sortirait libre, Moïse n'avait aucun intérêt à se rebeller ; elle est alors enceinte de sept mois et il n'aurait pas risqué de perdre sa famille. Bref, "l'histoire ne tient pas debout". Ce n'est pas l'avis du juge d'instruction qui le met en examen pour "destruction de biens par incendie" et "violences à agent". Le juge des libertés le place sous contrôle judiciaire. "Le 8 août, il n'a pas pu se rendre à son contrôle puisqu'il devait garder les enfants pendant que j'accouchais", raconte Anaïs. Le couperet tombe : manquement au contrôle judiciaire. Recherché, Moïse est arrêté le 15 octobre et mis en détention provisoire à Fleury-Mérogis ; il ne ressortira que huit mois plus tard.

Entre temps, une brève dans Le canard enchaîné a amélioré la situation de sa famille. Sur intervention de la mairie de Paris, Anaïs et ses sept enfants emménagent en mars dans un logement social de Choisy-le-roi (Val-de-Marne). Ils survivent avec 700 euros d'aides par mois. Depuis le 10 juin, la famille profite d'être de nouveau réunie. Pour combien de temps ? "Il risque dix ans, souffle Anaïs. On vit avec ça sur la tête."

Lire aussi :
Au procès de l'incendie de Vincennes, la justice part en fumée
Procès du CRA de Vincennes : les avocats claquent la porte
Procès de Vincennes, la défense demande la récusation
Début chaotique du procès de l'incendie de Vincennes
Incendie de Vincennes : un an de mystères et de scandales