Est-ce un hasard également si, deux mois après l’incendie, le 22 août 2008, Brice Hortefeux signe un décret qui lance la réforme de la rétention ? Sous prétexte d’ouvrir à la concurrence l’aide juridique aux étrangers retenus, le gouvernement entend bien priver de parole la dérangeante Cimade, seule association habilitée à intervenir dans les CRA et qui ne se prive pas de dénoncer la politique d’enfermement. « La réforme avait été annoncée six mois avant, mesure Laurent Giovannoni, de la Cimade. Mais il y a un basculement : après l’incendie, le dialogue a été complètement rompu avec le ministère. Des modifications majeures ont été introduites dans le texte sans que nous en soyons informés. » Le secrétaire général de l’association rappelle qu’un autre événement a son importance en cette fin juin 2008 : trois jours avant l’incendie, le Parlement européen adopte la « directive retour », un tournant très dur dans la politique migratoire. « Les deux phénomènes se sont certainement conjugués. » Quant à savoir pourquoi le gouvernement a pris la Cimade dans son collimateur, Laurent Giovannoni cite une chanson de Guy Béart : « Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté. » Et poursuit : « Cela faisait des mois qu’on tirait la sonnette d’alarme et le jour où la catastrophe arrive, on est désignés comme responsables d’avoir dit à l’avance qu’on allait droit dans le mur… »