Que s'est-il passé mardi ?

Vers 12h30, une quarantaine de membres de service d'ordre de la CGT entre dans l'annexe de la bourse du travail, rue Charlot (Paris 3e), pour déloger les sans-papiers qui l'occupent depuis plus d'un an. Ces syndicalistes sont « masqués pour se protéger de possibles violences », reconnaît Bernadette Citot, responsable de l'union départementale parisienne. Environ 150 sans-papiers étant partis manifester, une trentaine sont alors sur place. Famady Sylla, Guinéen de 57 ans, est de ceux là : « Ils ont gazé de la lacrymo partout. Certains portaient des lunettes de piscine pour se protéger. Moi, je suis tombé par terre et ils m'ont tapé. ». Selon la Coordination des sans-papiers de Paris (CSP75), les pompiers auraient transféré neuf personnes à l'hôpital, dont un enfant de trois ans. La CGT affirme, elle, qu'aucun gaz n'a été utilisé et qu'il n'y avait pas d'enfants dans le bâtiment. « Une dizaine de sans-papiers ont tout de suite quitté les lieux. Les autres se sont mis à balancer tout ce qui leur passait sous la main. Un camarade a été blessé à la tête. » Dans l'après-midi, les sans-papiers sont revenus, escortés par les forces de l'ordre, pour récupérer leurs affaires.

Pourquoi occupaient-ils la Bourse du Travail ?

Le 15 mai 2008, à l'initiative de la CGT et Droits devant, les travailleurs sans-papiers débutent un mouvement de grèves et d'occupations. Quinze jours plus tard, le 2 mai, plusieurs centaines de sans-papiers envahissent les locaux de la bourse du travail. Sous la bannière du CSP 75, les occupants exigent la régularisation des travailleurs isolés, qu'ils estiment écartés par le syndicat. « La majorité des sans-papiers sont seuls dans leur entreprise et la CGT refuse de nous défendre, dénonce Adama Diomande. La régularisation par le travail est un échec ». Pas l'avis de la centrale qui revendique 2000 cartes de séjour gagnées grâce au mouvement. Autre responsable de la situation : la préfecture, qui a conseillé aux sans-papiers venus déposer leur dossier d'aller voir directement avec la CGT. « Il y a beaucoup de manipulations, soupire Bernadette Citot. Le gouvernement et le patronat se régalent de cette situation. »

Pourquoi la situation était-elle bloquée ?

En quatorze mois d'occupation, 1300 sans-papiers seraient passés par la Bourse du Travail. Plusieurs centaines dorment sur place tous les soirs. Au début tolérée par les syndicats, cette cohabitation forcée devient rapidement invivable. En août, les occupants libèrent deux étages. Mais l'atmosphère reste extrêmement tendue et le dialogue s'interrompt. La CGT assure avoir « tout fait pour éviter d'en arriver là » : « après plus de 200 heures de réunions (...), la CSP 75 a refusé toutes les propositions qui leur ont été faites ». La coordination assure en revanche que le syndicat faisait de l'évacuation des lieux un préalable à tout dialogue. « La CGT nous a trahi », conclut Adama Diomande. Hier, France terre d'asile a appelé à trouver urgemment une « solution humaine » pour les ex-occupants de la Bourse.

Article publié dans l'Humanité du 26 juin 2009