La gale s'installe chez les Afghans de Paris
Par Marie Barbier le lundi 6 juillet 2009, 07:00 - Les Afghans du Canal - Lien permanent
Au petit matin, le square Villemin dans le 10e arrondissement de Paris ressemble davantage à un camp de réfugiés qu'à un espace vert. Les pelouses sont recouvertes de duvets bleus dans lesquels dorment des migrants, Afghans dans leur grande majorité. Le temps semble comme suspendu : certains se brossent les dents à la fontaine, d'autres émergent lentement, au milieu du terrain de basket. A la sortie du parc, en revanche, on s'agite. Dès 8 heures du matin, ils sont déjà plusieurs dizaines attroupés autour des bénévoles de Médecins sans frontières (MSF) qui organisait ce week-end une opération de traitement contre l'épidémie de gale.
Le regard fuyant, un peu honteux, un Afghan de 14 ans montre son bras à une bénévole qui lui délivre aussitôt un ticket. Les sillons sur sa peau ne trompent pas. La gale est une affection causée par un acarien qui creuse des galeries dans l'épiderme pour y déposer ses œufs, provoquant de vives démangeaisons, particulièrement la nuit. Contagieuse, la gale apprécie particulièrement le manque d'hygiène et la vie en communauté. Autant dire que les migrants du square Villemin sont une cible de choix pour les sarcoptes. « Les premières personnes qui en pâtissent sont les migrants eux mêmes, précise Jacky Roptin de MSF. Les enfants qui jouent dans le parc n'ont aucun risque de l'attraper. »
L'opération est rondement menée et mobilise quelque 50 bénévoles pendant deux jours. « Ca a mieux marché que prévu, constate Isabelle Ferry de MSF. On tablait sur 200 personnes traitées, ce sera plutôt 300. L'éradication est impossible vues leurs conditions de vie, mais on espère que ce traitement global baissera le nombre de cas et les soulagera pendant quelque temps. » Au square Villemin, chaque migrant est pris en charge et emmené au siège de l'ONG, réquisitionné pour l'occasion. Arrivés rue Saint-Sabin, sacs de couchage neufs et habits propres sont distribués. Après la douche et le traitement contre la maladie, chaque migrant est également vacciné contre le tétanos. Une maladie qu'ils sont susceptibles d'attraper facilement dans la terre du parc ou sur les grilles qu'ils escaladent chaque nuit.
« C'est agréable d'être dans un environnement amical, résume Mansour, Afghan de 22 ans. On a tout le temps peur que la police nous attrape. Pendant quelques heures, au moins, on est dans un endroit sûr, avec un médecin ». Étudiant en économie agricole à Kaboul, Mansour explique qu'il a fui son pays après avoir été menacé par les taliban pour avoir monté un syndicat étudiant. Depuis quelques semaines, il apprend le français et assure que, comme lui, ils sont nombreux à vouloir rester en France.
Malgré sa demande d'asile, Mansour dort dans le square Villemin, comme 200 à 300 de ses compatriotes. Certains sont de passage vers Calais, d'autres veulent rester en France, mais le règlement de Dublin qui les renvoie dans le premier pays d'Europe où leurs empreintes ont été prises, les met dans des situations kafkaïennes, jugées même aliénantes par les psychologues qui les suivent.
Depuis 2007, le centre d'accueil et de soins de MSF leur apporte un soutien psychologique indispensable. « Ils ne relèvent d'aucun dispositif, explique Jacky Roptin. Ces réfugiés sont épuisés psychiquement. Ce qui est aliénant pour eux, c'est le sentiment que tout est cloisonné. Ils errent dans des espaces de confinement comme le parc, où ils sont enfermés dehors. » Bref moment de répit et de convivialité pour les migrants, l'opération aura aussi permis de mieux cerner leur profil : dimanche midi, sur les 217 personnes traitées, 57 déclaraient avoir moins de 18 ans.
Article paru dans l'Humanité du 6 juillet
2009
Photos : Caroline Fernandez/MSF
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