Maîtres chiens sans papiers à la SNCF
Par Marie Barbier le jeudi 16 juillet 2009, 07:00 - Travailleurs en lutte - Lien permanent
Ils seraient « entre 150 et 200 » en région parisienne, d'après Sud Rail. Mais seuls 39 ont eu le courage de sortir du bois. Début octobre, ils prennent contact avec le syndicat et commencent une lutte collective pour leur régularisation. Ce que découvre les syndicalistes est stupéfiant : ces maîtres chiens, chargés d'assurer la sécurité dans plusieurs gares parisiennes (Saint-Lazare et des lignes C et D du RER), Ivoiriens dans leur très grande majorité, sont employés illégalement par un sous-traitant de la SNCF ; sous-payés, ils sont totalement exploités. « En août dernier, raconte Dominique Malvaud de Sud Rail, nous en avons vu plusieurs travailler de 19 heures à midi, 31 jours sur 31 pour 1300 euros par mois, avec lesquels ils doivent payer la muselière du chien et leur uniforme ».
Après huit mois de lutte, l'horizon s'éclaircit enfin pour ces travailleurs sans papiers. Le 8 juillet une rencontre entre le ministère de l'Immigration, la SNCF et la préfecture a conclut un accord qui devrait aboutir à la régularisation des maîtres-chiens.
Mais pour Sud Rail, le combat ne s'arrête pas là. Car cette lutte a mis à jour un véritable système d'exploitation. La SCNF sous-traite la sécurité de ses gares à la société Vigimark, qui elle-même sous-traite à d'autres sociétés, qualifiées de « négrières » par Sud PTT qui en a recensé huit. « Comment une entreprise publique comme la SNCF a pu en arriver là ? s'interroge Dominique Malvaud. Il y a quatre ans, la sécurité en soirée était assurée par des cheminots avec un statut. Ils ont été remplacés par des sans-papiers exploités. ». La question sera l'objet d'une rencontre avec le ministère début septembre.
Lundi, le ministre de l'Immigration, Éric Besson, a transmis le dossier à la justice. « Je voudrais, a t-il précisé, que sur le plan judiciaire l'enquête suive son cours parce que ça me paraît quand même d'une ampleur et d'une gravité exceptionnelles ». La SNCF a quant à elle déclaré qu'elle avait envoyé des courriers aux entreprises sous-traitantes «°en les mettant en demeure sous huit jours de se conformer à la législation sur le droit du travail ».
Article paru dans l'Humanité du 16 juillet 2009