Guet-apens au Crédit lyonnais
Par Marie Barbier le vendredi 14 août 2009, 07:00 - Arrestations / Expulsions - Lien permanent
« Plus, plus, un petit peu plus » chante le slogan du LCL (ancien Crédit lyonnais). Mamadou en sait quelque chose. Car en plus de ses services financiers, la banque n'hésite pas à offrir à ses clients sans-papiers un petit séjour en rétention...
Jeudi 7 août, ce Malien de 33 ans est convoqué par son conseiller pour retirer en agence sa nouvelle carte bancaire. Client du LCL depuis huit ans, Mamadou n'a aucune raison de se méfier quand on lui demande finalement de revenir le lendemain. Le vendredi, on le fait patienter dans un bureau durant quelques minutes, le temps, lui dit-on, d'aller chercher sa carte. Mais quelques minutes après ce n'est plus le conseiller du LCL, mais des policiers qui pénètrent dans le bureau pour l'arrêter. Aucun doute n'est possible, c'est bien un salarié de cette agence située en face de la gare RER d'Aulnay sous bois qui a dénoncer Mamadou directement aux forces de l'ordre. Cette sinistre comédie ayant duré deux jours, il est même fort probable que la banque et les forces de l'ordre se soient consultées pour organiser ce redoutable guet-apens.
C'était sans compter sur les lois françaises qui protègent de ce type d'interpellations. Après son arrestation, Mamadou est emmené au local de rétention administrative de Bobigny (Seine-Saint-Denis). Mercredi, comme l'exige la procédure, il passe devant le juge des libertés et de la détention qui le libère immédiatement pour « interpellation déloyale ». La petite plaisanterie lui aura quand même coûté cinq jours d'enfermement.
Le Crédit lyonnais n'en est pas à son coup d'essai. En septembre 2008, Mme M., venue pour une demande de crédit à l'agence de la Place d'Italie s'était retrouvée emmenée au commissariat du 13e. Le Crédit lyonnais n'ayant pas répondu à nos appels, nous ne saurons pas si les salariés délateurs sont récompensés par des bonus lorsqu'ils livrent ainsi en pâture des sans-papiers aux forces de l'ordre.
Article paru dans l'Humanité du 14 août 2009