« Je suis très heureux de vous accueillir dans notre cathédrale, annonce le vicaire général Daniel Pizivin, vous qu'on appelle sans-papiers au risque d'oublier que vous êtes des hommes et des femmes dans toute votre dignité°». Et de lire un message adressé par l'évêque, Mgr Pascal Delannoy : « Depuis août 2002, la cathédrale de St-Denis est devenue le symbole de la fraternité et de l'espérance, mais aussi des combats à mener jour après jour. (...) Je suis en communion de pensée et de prière avec chacun d'entre vous et tout particulièrement avec ceux qui vivent dans l'incertitude du lendemain ».

Sept ans après l'occupation, ceux qui l'ont vécu s'en souviennent comme d'un tournant dans la lutte des sans-papiers. « La coordination avait organisé l'occupation pour régler les dossiers d'une cinquantaine de sans-papiers algériens, se souvient Jean-Claude Cluzel de la coordination 93 de lutte pour les sans-papiers. Mais les médias ont passé ça en boucle et des milliers de sans-papiers qui croyaient au miracle sont arrivés de partout en France. C'était ahurissant ! Il y avait des file d'attente jusqu'à la porte de Paris. » La coordination 93 évalue à 5000 le nombre de sans-papiers qui passent alors par la basilique Saint-Denis°; quelques centaines obtiendront leur régularisation. C'est le cas de Mohamed Mayouf, algérien de 39 ans, qui a dormi vingt nuit sur le parvis de la basilique. Aujourd'hui fleuriste dyonisien, il se souvient surtout des manifestations quotidiennes des royalistes, outrés que des sans-papiers s'approchent de la nécropole des rois de France...

« La grande victoire de 2002 ça a été de sortir les sans-papiers de l'invisibilité, analyse Agnès Cluzel. Les gens ne pouvaient plus faire semblant qu'ils n'existaient pas. » Le père Bernard Berger, à l'époque curé de la basilique, évoque lui aussi une «°mise en orbite du mouvement ». « L'homme est universel, accueillir l'autre est indispensable, ajoute le prêtre aujourd'hui à la retraite. J'ai un rêve : arriver à ce qu'on ne parle plus de nation, mais d'universalité. »

Sept ans après cette occupation historique, la lutte des sans-papiers est plus que jamais d'actualité. « Leur situation s'est aggravée, regrette Jean-Claude Cluzel. Les lois sont de plus en plus sévères et permettent uniquement la régularisation par le travail, avec une carte salarié très précaire. » Pourtant, alors que les temps sont plus durs que jamais, le mouvement des sans-papiers peine à trouver une unité. Ainsi, samedi prochain, pour la commémoration de l'occupation de l'église Saint-Bernard, deux manifestations parallèles sont d'ores et déjà prévues.

Article paru dans l'Humanité du 17 août