Quel est le parcours des Afghans qui se retrouvent dans le 10e arrondissement de Paris ?
Nous suivons des demandeurs d'asile qui ont fui l'Afghanistan à cause des violences dans leur village ou du recrutement forcé des taliban. Leur trajectoire est°: Pakistan, Iran, Turquie, Grèce, Italie, France. Ils mettent plus d'un an, parfois deux, pour faire ce trajet. Une fois en France, ils demandent asile et protection mais presque tous se retrouvent sous le règlement de Dublin (1) et n'ont droit ni à un hébergement ni à des papiers. Même quand ils obtiennent une autorisation provisoire de séjour, certains continuent à dormir dans la rue, faute d'hébergement. Pour des personnes déjà fragilisées par une histoire lourde et un trajet douloureux, être maintenu à la rue contribue à leur souffrance psychologique. Ne pas avoir de statut ni de papiers est extrêmement violent pour eux. Ils ont l'impression qu'on ne veut pas d'eux en France.

Que pensez-vous de l'évacuation du square Villemin ?
Nous n'avons pas de commentaires sur la décision d'interdire l'accès à ce parc. Ce qui nous préoccupe, c'est que les demandeurs d'asile que nous suivons ne veulent qu'une chose°: pouvoir se poser pour recommencer leur vie. Dormir dans la rue empire leur souffrance psychologique, mais au moins, au square Villemin, ils avaient trouvé un endroit où ils pouvaient se poser. Les évacuer soudainement d'un endroit où ils se sentent à l'aise et où ils ont leurs repères ne peut qu'augmenter le stress et l'inquiétude.

Vous portez par ailleurs un regard critique sur l'opération anti-gale menée à Calais, par la préfecture...
Avec Médecins du monde et les associations locales, nous avions programmé une opération contre la gale à Calais, comme celle que nous avions réalisée à Paris. Une semaine avant notre opération, la préfecture a annoncé la réquisition des douches et médecins pour faire sa propre intervention. On a été pris de cours, puisqu'on avait engagé des frais. Mais du point de vue des migrants, on ne pouvait que se féliciter de cette opération, même précipitée. Toutefois, sur le long terme, ces interventions ponctuelles contre la gale ne servent à rien si des mesures durables ne sont pas prises, comme un renforcement des structures médicales et un accès à des points d'eau pour éviter que l'épidémie ne revienne.

(1) Selon la convention de Dublin, la procédure d'asile est traité par le premier pays de l'union européenne traversé.

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