«Ils demandent asile et protection à la France »
Par Marie Barbier le jeudi 20 août 2009, 07:00 - Les Afghans du Canal - Lien permanent
Depuis 2007, le centre d'écoute et de soins de Médecins sans frontières, à Paris, apporte un soutien psychologique aux demandeurs d'asile déboutés. Entretien avec sa coordinatrice, Laura Brav.
Quel est le parcours des Afghans qui se retrouvent dans le 10e
arrondissement de Paris ?
Nous suivons des demandeurs d'asile qui ont fui l'Afghanistan à cause des
violences dans leur village ou du recrutement forcé des taliban. Leur
trajectoire est°: Pakistan, Iran, Turquie, Grèce, Italie, France. Ils mettent
plus d'un an, parfois deux, pour faire ce trajet. Une fois en France, ils
demandent asile et protection mais presque tous se retrouvent sous le règlement
de Dublin (1) et n'ont droit ni à un hébergement ni à des papiers. Même quand
ils obtiennent une autorisation provisoire de séjour, certains continuent à
dormir dans la rue, faute d'hébergement. Pour des personnes déjà fragilisées
par une histoire lourde et un trajet douloureux, être maintenu à la rue
contribue à leur souffrance psychologique. Ne pas avoir de statut ni de papiers
est extrêmement violent pour eux. Ils ont l'impression qu'on ne veut pas d'eux
en France.
Que pensez-vous de l'évacuation du square Villemin ?
Nous n'avons pas de commentaires sur la décision d'interdire l'accès à ce parc.
Ce qui nous préoccupe, c'est que les demandeurs d'asile que nous suivons ne
veulent qu'une chose°: pouvoir se poser pour recommencer leur vie. Dormir dans
la rue empire leur souffrance psychologique, mais au moins, au square Villemin,
ils avaient trouvé un endroit où ils pouvaient se poser. Les évacuer
soudainement d'un endroit où ils se sentent à l'aise et où ils ont leurs
repères ne peut qu'augmenter le stress et l'inquiétude.
Vous portez par ailleurs un regard critique sur l'opération
anti-gale menée à Calais, par la préfecture...
Avec Médecins du monde et les associations locales, nous avions programmé une
opération contre la gale à Calais, comme celle que nous avions réalisée à
Paris. Une semaine avant notre opération, la préfecture a annoncé la
réquisition des douches et médecins pour faire sa propre intervention. On a été
pris de cours, puisqu'on avait engagé des frais. Mais du point de vue des
migrants, on ne pouvait que se féliciter de cette opération, même précipitée.
Toutefois, sur le long terme, ces interventions ponctuelles contre la gale ne
servent à rien si des mesures durables ne sont pas prises, comme un
renforcement des structures médicales et un accès à des points d'eau pour
éviter que l'épidémie ne revienne.
(1) Selon la convention de Dublin, la procédure d'asile est traité par le premier pays de l'union européenne traversé.
Lire aussi :
Polémique après l'évacuation du square Villemin
La gale s'installe chez les Afghans de Paris