A Paris, les sans-papiers déchirés
Par Marie Barbier le vendredi 21 août 2009, 08:00 - Travailleurs en lutte - Lien permanent
« Toujours là, jamais las ! » proclame une banderole accrochée boulevard du temple. On croyait le campement devant la Bourse du travail levé, il n'en est rien. Ils sont encore une soixantaine de sans-papiers, hommes, femmes et enfants à dormir sur le trottoir pour exiger leur régularisation.
1300 demandes déposées
Résumé des épisodes précédents. Le 2 mai 2008, la Coordination des sans-papiers de Paris (CSP 75) envahit la Bourse du travail rue Charlot, dans le 3e arrondissement. L'occupation dure treize mois avant que la CGT n'évacue les lieux par la force le 24 juin dernier, estimant l'occupation « stérile ». La Coordination décide alors de s'installer sur le trottoir boulevard du temple, à la merci des intempéries et des forces de l'ordre. La situation est d'autant plus précaire que les résultats se font attendre : seuls une centaine de cartes de séjours ont été gagnées sur 1300 demandes déposées. Mi-juillet, un accord est conclu avec la préfecture qui promet d'examiner avec « bienveillance » 300 dossiers en échange de la levée du campement. Le 17 juillet, la Coordination envahit un entrepôt de la Caisse primaire d'assurance maladie, rue Baudélique dans le 18e, rebaptisé « ministère de la régularisation de tous les sans-papiers ». Tous°? Pas tout à fait puisqu'une centaine refuse de suivre la Coordination dans cette nouvelle occupation et reste devant la Bourse.
Un mois après cette scission, les sans-papiers du
boulevard du Temple n'ont pas de mots assez durs pour expliquer les raisons de
la rupture. « Les délégués de la CSP ont fait des magouilles, dénonce
Magassa Baradji. Comment se fait-il que des Chinois, qui n'ont jamais mené la
lutte, font partie des 300 personnes convoquées en préfecture ? Aucun
d'entre nous, qui sommes là depuis le début, n'a reçu de convocation. Ca
s'appelle du trafic.°» Tous disent ici avoir «°acheté°» la carte de la
Coordination 43 euros et répondre aux critères de régularisation par le
travail. « On n'est pas du bétail, on va pas les suivre sans réfléchir,
alors qu'on n'est pas d'accord avec leurs méthodes, ajoute Mamadou Conté. Quand
ils nous ont dit qu'on ne faisait plus partie du collectif, ça nous a fait très
mal ».
« L'impression d'être manipulés »
Rue Baudélique, on préfère calmer les esprits. «°Ils nous ont rejoint après l'expulsion de la Bourse du travail, assure Anzouman Sissoko, porte-parole de la CSP75. Ils ne pouvaient pas être parmi les 300 dossiers prioritaires négociés avec la préfecture.°» Une affirmation qui surprend ceux qui ont suivi la lutte depuis ses débuts. Marilyne Poulain, de l'association Autre Monde assure au contraire qu'une grande majorité des sans-papiers du boulevard du temple sont bien des ex-occupants de la Bourse. « Ils remettent en question le fonctionnement démocratique de la CSP, explique-t-elle. Beaucoup ont eu l'impression d'être manipulés, de ne pas avoir accès aux infos... »
Les sans-papiers du boulevard du temple ne savent pas encore s'ils défileront demain pour l'anniversaire de l'occupation de l'église Saint-Bernard. Pour la première fois depuis longtemps, associations et partis politiques se sont entendus pour appeler à une manifestation unitaire, partant de la rue Baudélique. Dans l'espoir sans doute de relancer un mouvement affaibli par ces querelles internes.
Article paru dans l'Humanité du 21 août 2009

