Aucun interprète

Témoin de l'évacuation du square mardi soir, Jean-Michel Centres, du Collectif des exilés du 10e ne décolère pas. « Ce que j'ai vu m'a semblé particulièrement indigne. Les CRS ne se sont pas contentés de faire sortir les Afghans du parc, ils les ont poussés comme un troupeau vers Louis Blanc où les attendaient des bus qui devaient les conduire vers la Boulangerie (un centre d'hébergement d'urgence du nord de Paris - NDLR). Mais il n'y avait aucun interprète, les afghans ne comprenaient rien. Ils ont cru qu'ils allaient être emmenés en centre de rétention. Ils étaient inquiets et en colère. L'un d'eux m'a dit : "on nous traite comme des vaches" ! »

La mairie de Paris assure que la situation était devenue ingérable, du fait de violences entre les migrants et contre des agents municipaux. Dans un communiqué, la ville considère que la fermeture « est rendue nécessaire par les difficultés croissantes des personnels de la Ville pour assurer dans des conditions acceptables la réouverture de cet espace au public, chaque matin » et rappelle sa demande « que l'État mette en place, comme il en a la responsabilité, les dispositifs adaptés pour assurer l'hébergement de ces personnes ».

Des justifications qui ne suffisent pas à apaiser la colère des associations. « Ce que Natacha Bouchart (maire UMP - NDLR) n'a pas osé faire à Calais, Bertrand Delanoë l'a fait à Paris », dénonce Jean-Michel Centres. Dans un communiqué, les Verts au Conseil de Paris « regrettent vivement cette décision prise en plein cœur de l'été et dans l'urgence, sans (...) qu'une solution pérenne et viable ne soit réellement proposée à ces réfugiés ». Le Mrap condamne une « opération honteuse » qui « ne peut conduire qu'à une dégradation de la situation ». France Terre d'asile réclame une réunion urgente «°des autorités publiques, départements, villes, État, et des principales associations concernées » pour « dégager les moyens nécessaires à un hébergement digne de ces populations ».

Bientôt sous les ponts

Au moment de l'évacuation du square, une vingtaine de mineurs s'apprêtaient à y dormir, dont le plus jeune avait à peine dix ans. Selon les conventions internationales, la France a pourtant l'obligation de protéger les enfants isolés sur son territoire, tout comme les réfugiés. Or, selon l'association France terre d'asile, quelque soixante-dix demandeurs d'asile dormaient dans le square Villemin ces derniers jours, faute de places suffisantes dans les centre d'accueil de demandeurs d'asile (CADA). Mardi soir, les services de l'État avait mis 80 places d'hébergement supplémentaires à leur disposition, un nombre visiblement très insuffisant au regard des 300 migrants actuellement à la rue. Les associations craignent que la fermeture du parc ne précarise encore plus ces exilés, désormais condamnés à dormir sous les ponts du canal Saint-Martin.

Article paru dans l'Humanité du 20 août 2009

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