Chama, 5 ans, victime de la chasse aux sans-papiers
Par Marie Barbier le lundi 31 août 2009, 07:00 - Enfants et jeunes majeurs - Lien permanent
A cinq ans (« et demi »), Chama ne sait pas ce que signifie sans-papiers. Timide et impressionné, il bredouille que c'est « la police » qui a emmené son papa. C'était mercredi dernier, Joao Abel Gabriel, angolais de 44 ans, est arrêté et placé au centre de rétention de Bobigny. Depuis six jours, Chama se retrouve tout seul. « Tu sais que ton papa n'a rien fait de mal, lui explique doucement Malika Chemmah du Réseau éducation sans frontières (RESF). C'est le gouvernement qui pense qu'il n'a pas les bons papiers ».
Joao Abel Gabriel quitte l'Angola en 2002. Il atterrit à
Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) où il vit depuis sept ans. En 2003, sa demande
d'asile est déboutée. « Il n'a pas fait d'autres demandes depuis, explique
Malika Chemmah. Il était mal informé, il n'a pas osé. » En 2003, son fils,
Chama Dieumerci, naît à Saint-Denis. Sa mère n'ayant plus donné de signes de
vie depuis 2006, c'est Joao qui élève seul le petit garçon. En 2008, le père et
le fils sont expulsés d'un immeuble insalubre dans le centre ville de
Saint-Denis. Depuis, ils sont dans une situation d'extrême précarité, logés au
jour le jour par le Samu social de Paris.
Depuis mercredi, c'est la petite amie de Joao Abel Gabriel qui s'occupe comme elle peut de Chama. Une lourde responsabilité pour cette jeune fille de 22 ans, qui s'est réfugiée chez sa mère à l'Ile-Saint-Denis. D'autant que jeudi, l'enfant doit faire sa rentrée des classes en CP à l'école Jean-Vilar. « Il a besoin de son père à un moment aussi important que la rentrée au CP, s'insurge Malika Chemmah. Tous les autres enfants seront accompagnés de leurs parents. Il est déjà séparé de sa mère, on le rend orphelin une nouvelle fois. C'est inhumain. En séparant ainsi un enfant de son père, son seul soutien affectif et financier, la France viole toutes les conventions internationales ».
Resf a écrit au préfet de Seine-Saint-Denis, Nacer Meddah, pour lui demander la libération immédiate de Joao Abel Gabriel et sa régularisation, à titre humanitaire. Vendredi, le juge des libertés a décidé de son maintien en rétention. Une nouvelle audience se tient ce matin devant la cour d'appel de Paris. S'il est maintenu en rétention, Joao Abel Gabriel pourrait être expulsé vers l'Angola. Dans ce cas, le petit Chama serait certainement placé à l'Aide social à l'enfance.
Article paru dans l'Humanité du 31 août 2009 Photo : Ciril Cincet
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Commentaires
Bonjour - nous avons reproduit votre article ici : http://www.dieumerci.fr
Merci.